La jeunesse se lève contre le vieux monde

Face aux attaques identitaires et virilistes des « anti-woke », une nouvelle génération mène le combat.

Olivier Doubre  • 15 mars 2023 abonné·es
La jeunesse se lève contre le vieux monde
Manifestation contre la réforme des retraites, à Paris, le 9 mars 2023.
© Maxime Sirvins

Les minorités, combien de divisions ? Sans doute est-ce la question que posent les nouveaux réactionnaires de tout poil ou plus simplement nos « nouveaux fascistes », empruntant là le mot de Staline sur le Vatican.

C’est que, depuis quelques décennies, les « droites dures » ont, à tout le moins, réussi « à imposer leurs thèmes et leur vocabulaire dans l’espace public », parvenant à conquérir une certaine « hégémonie culturelle et intellectuelle ». Tout en adaptant leur lexique à l’époque pour le rendre présentable, et mieux exprimer leur haine des différences, des corps différents, des genres différents, des minorités, des femmes, des modes de vie différents des leurs.

Car les « réacs 2.0 » d’aujourd’hui se veulent « inventifs, cool et sympathiques ». Et voyez comme ils le sont, à considérer une partie de leur idiome : « virilisme conquérant », « préférence nationale et familiale », « Europe blanche », « identité nationale en butte au “grand remplacement” migratoire ».

Toutefois, ils continuent de faire peu de mystère de leur désir de violence : « Nous déclarons la guerre à tout ce qui rend ­l’Europe malade et risque de la tuer, […] à la fausse idéologie des soixante-huitards. Nous haïssons avec passion votre xénophilie hypocrite. […] Nous voulons être de vrais hommes et de vraies femmes. »

Outre l’adjectif « vrai » pour signifier un essentialisme de comptoir, on notera la haine de Mai 68, qui, avec 1936, fut sans doute le moment où, comme disait Deleuze dans son Abécédaire, « ils n’ont jamais eu aussi peur ».

Les « Tracts » de Gallimard, qui ont inauguré les nombreuses collections bon marché disponibles aujourd’hui chez tous les éditeurs, sont autant de petits essais, coups de gueule, interventions qui autorisent une vive liberté de ton. Sans mâcher ses mots. Et François Cusset, historien des idées à l’université Paris-Nanterre, ne tempère pas, à juste titre, sa présentation de la « haine de l’émancipation » et « l’hystérie identitaire » de ces idiots utiles du capital.

Une jeune génération dont le rapport immédiat au monde est désormais sa perception de la différence et de sa propre identité problématique.

Mais on aurait tort de lire son texte comme une énième dénonciation ou mise en garde contre ces droites extrêmes qui ont pris pied en Occident et pullulent sur une bonne partie du globe, de l’Inde aux Philippines, de la Russie au Moyen-Orient ou aux États du Golfe. Là où l’exploitation est indissociable du racisme, du sexisme et des discriminations.

François Cusset s’intéresse ici, au contraire, à la jeunesse du monde qui, « face à une adversité ravivée », se lève aujourd’hui

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 6 minutes

Pour aller plus loin…

Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment
Essai 25 mars 2026 abonné·es

Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment

Le sociologue Alexis Spire interroge la défiance croissante des gouvernés vis-à-vis de l’État et des politiques de protection sociale, soumises aux attaques des politiques néolibérales.
Par Olivier Doubre
Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »
Entretien 24 mars 2026 abonné·es

Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »

De la vague verte des municipales de 2020 il ne reste que l’écume. Le second tour des municipales a été une douche froide pour Les Écologistes avec la perte des plus grandes villes, sauf Lyon, et peu de conquêtes. La secrétaire nationale du parti confie sa déception et fustige les divisions de la gauche, sans remettre en cause l’idée d’une primaire de la gauche hors LFI pour 2027. 
Par Vanina Delmas et Lucas Sarafian
Ada Colau : « En France comme en Espagne, les gauches doivent se mettre d’accord coûte que coûte »
Entretien 16 mars 2026 abonné·es

Ada Colau : « En France comme en Espagne, les gauches doivent se mettre d’accord coûte que coûte »

Après huit ans à la tête d’une équipe municipale qui a transformé Barcelone (2015-2023), l’ex-maire revient sur son héritage politique et appelle les gauches espagnole et française à construire des alliances larges pour stopper l’extrême droite et proposer un projet politique de justice sociale et de paix.
Par Pablo Castaño
« La commune est l’endroit par excellence de l’exercice du pouvoir démocratique »
Idées 11 mars 2026 abonné·es

« La commune est l’endroit par excellence de l’exercice du pouvoir démocratique »

Développé par des théoriciens proches de l’anarchisme, le communalisme est une forme d’organisation politique où les citoyens exercent directement le pouvoir à l’échelle des communes. Killian Martin revient sur les origines du concept repris par La France insoumise.
Par Alix Garcia