Exploitation minière : 20 milliards sous les mers

Peu connue du grand public, l’exploitation minière des fonds marins est l’une des grandes batailles écologiques actuelles. En passe d’être gagnée ?

Zoé Neboit  • 19 juillet 2023 abonné·es
Exploitation minière : 20 milliards sous les mers
© Noaa

Il n’y a pas si longtemps dans l’histoire de l’humanité, la surface des océans était une frontière. La limite nous séparant d’un monde aussi inconnu qu’inquiétant, au-dessus duquel marins et passagers n’embarquaient pas sans une prière. Mais, en 2023, même les abysses cèdent à la vaste anthropisation du monde. Exploitations offshore, câbles sous-marins, submersibles touristiques, etc. L’économie bleue est en train d’exploser « à tous les niveaux », constate sans détour Joachim Claudet, directeur de recherche et conseiller pour l’océan du CNRS. Si vite que le droit international ne suit pas.

La France est pour l’heure le seul pays au monde à demander l’interdiction de toute activité minière.

C’est précisément ce qui est en train de se passer avec l’exploitation minière des fonds marins, souvent désignée par sa dénomination anglophone, le deep sea mining. Jusqu’ici, un vide juridique et le statut de « patrimoine commun de l’humanité » accordé à ces fonds en haute mer rendaient cette pratique d’extraction de facto interdite. Mais c’est précisément ce vide qui pourrait donner lieu, dès cette année, à une exploitation des nodules polymétalliques, ces cailloux noirs riches en métaux – cobalt, manganèse, nickel et cuivre – qui tapissent les profondeurs, essentiellement du Pacifique Sud.

Consensus scientifique

La connaissance encore partielle du milieu ne permet pas de prévoir d’avance l’ensemble des conséquences de cette activité sur l’environnement, le climat et la biodiversité. Mais un consensus scientifique quasi inédit s’accorde sur une hypothèse : l’exploitation minière des fonds marins pourrait avoir des impacts catastrophiques et irréversibles. « Je crois même que ce consensus scientifique est plus partagé que celui sur le réchauffement climatique », avance Joachim Claudet.

Christian Tamburini ( à gauche), à bord de la mission "APERO" du CNRS dans l'Atlantique Nord, le 6 juillet 2023.

Christian Tamburini, océanologue microbien au CNRS et chercheur à l’Institut méditerranéen d’océanologie, travaille sur les fonds marins depuis vingt ans. Depuis le bateau Pourquoi pas ?, sur lequel il s’est embarqué pour la campagne de recherche « APERO » visant à étudier le stockage de carbone par l’océan dans l’Atlantique Nord, il partage ses inquiétudes. « Dans les milieux extrêmes comme les fonds marins, le temps est plus lent. Cela veut dire que la biodiversité met plus de temps à accomplir ses cycles, elle est plus fragile. » Si l’on estime que ces milieux restent moins connus par la science que la surface de la lune, il est déjà possible d’imaginer l’étendue des impacts humains. « Des collègues allemands ont fait une étude sur une première petite expérience, en 1989, de collecte de nodules. Trente ans après, la perturbation était encore visible au niveau local. »

https://twitter.com/APERO_cruise/status/1666849012631187468?s=20 La campagne "APERO" documente ses missions sur les réseaux sociaux

Ce consensus scientifique est plus partagé que celui sur le réchauffement climatique.

Joachim Claudet

Mais une activité minière n’impacterait pas uniquement l’écosystème local. « Il y a une interconnectivité globale dans l’océan. Vous voyez les fumées des incendies au Canada qui

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