« Alliances terrestres », un film d’archives de la lutte contre l’A69

La réalisatrice Isabelle Haelvoët s’est plongée pendant un an dans la lutte contre l’A69 pour en filmer l’essence : la solidarité militante.

Vanina Delmas  • 27 février 2025 abonné·es
« Alliances terrestres », un film d’archives de la lutte contre l’A69
Mobilisation contre l'A69, en juin 2024, à Puylaurens.
© Maxime Sirvins

Vu du ciel, tout semble paisible, silencieux. Pourtant, au sol, le bruit de la lutte fait rage. Depuis quatre ans, la mobilisation contre le projet d'autoroute A69, entre Castres et Toulouse, oscille entre espoir de victoire et effroi face au rouleau compresseur des acteurs économiques et institutionnels. Une bataille pour préserver le territoire qui a créé un véritable écosystème de solidarités entre militant·es, paysan·nes, scientifiques, citoyen·nes, avec des racines profondément ancrées dans l'histoire politique des luttes écoféministes et de la subsistance.

C'est ce qu'Isabelle Haelvoët a voulu montrer dans son documentaire Alliances terrestres. Les premières images aériennes du film donnent le vertige. On y voit les paysages, déjà abîmés par des parcelles agricoles trop rectilignes et sans arbres, et par un ruban de bitume sur lequel roulent déjà des voitures. Et la terre à nue, amputée de sa verdure, là où le chantier a commencé. Mais aussi des manifestant·es, coloré·es, marchant avec détermination dans la campagne encore préservée ou symboliquement allongé·es dans des fosses, pour crier « Non à l'autoroute, projet écocide ! » ou « Des moutons, pas du goudron ».

Monteuse vidéo et intermittente du spectacle pendant plusieurs années à Paris, Isabelle Haelvoët n'est pas une militante écolo de longue date mais qui a cheminé grâce aux rencontres dans des luttes locales. Installée dans le Tarn, à 20 km du tracé de la potentielle future autoroute, elle s'est retrouvée confrontée à une première lutte contre le projet d'entrepôt logistique géant Terra 2 sur le parc d'activités des Portes du Tarn et a commencé à filmer toutes les étapes d'un projet définitivement abandonné en 2023.

Elle créé alors son site et sa chaîne YouTube "Lagrainede" en 2021, pour filmer les luttes locales contre les grands projets inutiles et imposés (GPII) d'un point de vue sociologique, en donnant la parole aux citoyen.nes. Par ces réseaux, elle rencontre le collectif Stop carrières de Montcabrier, et découvre le gigantesque projet routier qui se cache derrière.

C'était la première fois que je voyais des arbres tomber, arrachés comme ça. C'était d'une violence inouïe…

I. Haelvoët

« Trois carrières qui serviraient à la construction de l'A69 devaient voir le jour dans des petits villages mais elles n'étaient pas du tout mentionnées dans le projet initial. Elles ont finalement été abandonnées, et le collectif citoyen originel est devenu le collectif La Voie est Libre pour poursuivre la lutte plus globale contre l'autoroute. J'ai continué à les filmer, mais au départ, c'était un sujet essentiellement connu au niveau local », raconte-t-elle. Puis, en mars 2023, les travaux commencent et les premiers arbres tombent.

Luttes semblables

La lutte bascule et prend une dimension nationale avec les actions de Thomas Brail qui se perche dans les arbres de Vendine, puis des autres grimpeurs, les fameux « écureuils ». « C'était la première fois que je voyais des arbres tomber, arrachés comme ça. C'était d'une violence inouïe… Et en même temps, je voyais les gens s'organiser au sol pour protéger et ravitailler les écureuils. C'était incroyable ! J'ai commencé à le penser comme un documentaire et non comme un film de lutte. »

Les images, tournées par la réalisatrice ou par les militant·es, sont de précieuses archives de la lutte contre l'A69 : des scènes de liesse collective lors des grands rassemblements portés par les Soulèvements de la Terre, mais aussi

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