Cannes : un palmarès à la hauteur du bon millésime 2026

Le président Park Chan-wook et son jury ont décerné la palme d’or à Fjord de Christian Mungiu, un film qui ne transige pas avec la complexité du monde.

Christophe Kantcheff  • 23 mai 2026
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Cannes : un palmarès à la hauteur du bon millésime 2026
Une deuxième palme d'or pour le cinéaste roumain Cristian Mungiu
© Photo : Olivier CHASSIGNOLE / AFP

La 79e édition du festival de Cannes s’achève sur une bonne note, avec un palmarès témoignant d’un jury au goût (quasi) sûr et une belle palme d’or. Seule véritable ombre au tableau : James Gray repart à nouveau bredouille, la malédiction cannoise se poursuit pour le réalisateur new-yorkais…

Palme d’or

  • Fjord, de Cristian Mungiu

D’un côté, une famille venue de Roumanie, dont les parents, très pieux et aux conceptions traditionnelles, sont soupçonnés de battre leurs enfants envers lesquels, pourtant, ils sont aimants. De l’autre, la société progressiste norvégienne, où les services de protection de l’enfance ont un pouvoir considérable qui peut prendre des formes violentes, avec des relents racistes. Le film met en scène intelligemment ce conflit entre une famille et une société, représentant deux idéologies radicalement opposées, chacune estimant être du côté du bien. Cristian Mungiu, qui avait déjà obtenu une palme d’or il y a près de 20 ans pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, est exigeant avec son spectateur dont les idées humanistes, qui pourront être prises en défaut, sera amené à penser contre lui-même. C’est une belle palme d’or pour une œuvre conséquente.

(Photo : Le Pacte.)

Grand prix

Une impressionnante réinvention de La Femme infidèle de Claude Chabrol pour dépeindre la société russe complice de la guerre criminelle menée par Poutine contre l’Ukraine.

Minotaure
(Photo : Anna Matveeva.)

Prix de la mise en scène

  • Fatherland, de Pawel Pawlikowski
  • La Bola Negra, de Javier Calvo et Javier Ambrossi

Comment, avec un monument de la littérature –Thomas Mann, accompagnée de sa fille Erika, de retour dans une Allemagne en ruines en 1949 –, ne pas faire un film écrasant, mais une œuvre dramatique et tenue : Pawel Pawlikowski montre brillamment que c’est possible.

En revanche, avec leur évocation à plusieurs couches temporelles de la guerre d’Espagne, les deux cinéastes espagnols multiplient les effets, les chocs visuels, la spectacularisation de sentiments. Un prix de la mise en scène surchargée.

Prix du jury

En Bulgarie, aux confins de la frontière turque, une archéologue, la cinquantaine, revient là où elle a des souvenirs de jeunesse et où désormais la mafia règne. Le troisième long métrage de la cinéaste allemande fait triompher une superbe héroïne incarnée par une talentueuse actrice non professionnelle, Yana Radeva : cela valait bien le prix du jury.

L'aventure rêvée Grisebach
(Photo : Haut et court.)

Prix du scénario

Au moins, le deuxième long métrage du cinéaste est au palmarès, mais pour un prix un peu en-deçà de cette œuvre magistrale dressant le portrait d’un collaborateur ordinaire sous l’Occupation.

Notre salut Emmanuel Marre
(Photo : Kidam Films.)

Prix d’interprétation féminine

  • Tao Okamato et Virginie Effira, pour leurs rôles dans Soudain, de Ryūsuke Hamaguchi.

Prix amplement mérité. Sur scène, les deux comédiennes ont rendu un formidable hommage à leur réalisateur qui les a transportées dans une utopie existentielle, sociale et cinématographique.

Soudain Ryūsuke Hamaguchi
(Photo : Julien Panié.)

Prix d’interprétation masculine

  • Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, pour leur interprétation dans Coward, de Lukas Dhont.

Deux jeunes comédiens valeureux dans un film factice évoquant un amour homosexuel sur fond de guerre de 1914. Dommage pour les comédiens (Javier Bardem, Swann Arlaud, Rami Malek…) qui figuraient dans de grands films.

(Photo : Aline Boyen – The Reunion.)

Caméra d’or

  • Ben’Imana, de Marie-Clémentine Dusabejambo.

Excellent choix pour cette caméra d’or, qui récompense un premier long métrage toutes sections confondues (en l’occurrence, le film était présenté à Un Certain regard). Ben’Imana raconte, à travers le regard des femmes, la difficile réconciliation entre Tutsis et Hutus, 18 ans après le génocide de 1994 au Rwanda, via l’organisation de la justice populaire.

(Photo : Mostafa El Kashef.)

Cette 79e édition du festival de Cannes s’achève, et avec elle cette chronique quotidienne. Merci de l’avoir suivie. Je tiens aussi à remercier mon collègue Guillaume Deleurence, pour sa contribution à la mise en ligne et son soutien.

Tous les articles concernant le millésime 2026 sont à retrouver ici.

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Cinéma
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