Pour l’après, l’union des gauches « au cas par cas »

Écologistes, socialistes, communistes et insoumis n’adoptent pas la même stratégie face à Sébastien Lecornu. Et si tous prévoient sa chute, ils ne semblent pas prêts à négocier un accord aussi naturellement qu’en 2024.

Lucas Sarafian  • 17 septembre 2025 abonné·es
Pour l’après, l’union des gauches « au cas par cas »
© Arthur N. Orchard / Hans Lucas /AFP

Événement très rare. Un socialiste, un ex-insoumis, une écologiste, un communiste et un insoumis à la même tribune ? Un miracle. Et pourtant. Sur la grande scène de l’Agora à la Fête de l’Humanité, ce 13 septembre, le patron du Parti socialiste (PS) Olivier Faure, le député de la Somme François Ruffin, la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier, le chef de file des députés communistes Stéphane Peu et le vice-président insoumis de la commission des Affaires Hadrien Clouet étaient officiellement invités à phosphorer sur la crise sociale et démocratique.

Qu'est-ce qui fait que l’unité qu’on a connue il y a un an ne puisse pas se réaliser aujourd’hui ?

S. Peu

Mais, rapidement, la question de l’union de la gauche s’est imposée. « Qu’est-ce qui, depuis juin dernier, a changé dans la politique de Macron et dans l’espérance sociale du peuple, et qui fait que l’unité qu’on a connue il y a un an ne puisse pas se réaliser aujourd’hui ? Arrêtons de fabriquer des faux procès », a lancé Stéphane Peu en invoquant le 12 février 1934, ce jour où, sous la pression populaire, socialistes et communistes ont battu le pavé ensemble pour répondre à la manifestation antiparlementaire des ligues d’extrême droite du 6 février 1934.

Cet épisode historique a-t-il inspiré les insoumis et les socialistes, en guerre de tranchées depuis des mois ? Pas vraiment. Car, sans surprise, ils n’ont pas hésité une seconde à afficher leurs désaccords. Et le premier concerne la marche à suivre face à Sébastien Lecornu. D’un côté, les insoumis ne veulent pas bouger de leur couloir de nage. Eux ne pensent qu’à la destitution d’Emmanuel Macron.

« Je crois la victoire inéluctable pour peu qu’on n’aille pas, en route, s’égarer sur des chemins de traverse qui ne mènent nulle part, des raccourcis qui n’existent pas. Seule existe l’action qui renversera de fond en comble ces pouvoirs qui sont arrivés au terme de ce qu’ils pouvaient être », a développé Jean-Luc Mélenchon lors de la fête annuelle et très politique du quotidien communiste.

"On n'a pas la censure compulsive"

La motion de destitution insoumise, signée par 104 députés, trouve de plus en plus d’alliés au sein de la gauche. Et notamment du côté des Écologistes. « Je ne me réveille pas tous les matins depuis sept ans en me disant : “Destitution, destitution !” Mais, à un moment, la question se pose », a admis Marine Tondelier. De l’autre côté, ceux qui ne veulent pas provoquer une présidentielle anticipée. Le PS rêve plutôt de peser sur le prochain budget. Pour les roses, c’est en ouvrant la porte à des discussions que la gauche pourrait obtenir des victoires concrètes.

On ne va pas se lancer dans une discussion de boutiquiers avec des gens qui nous plantent.

J. Kienzlen

« On n’a pas la censure compulsive, affirme Patrick Kanner, patron des sénateurs PS. Si Lecornu a plus de marge de manœuvre que les autres, on peut se dire qu’on va entamer un dialogue utile plutôt qu’un dialogue infertile, contrairement à certaines formations politiques comme La France insoumise (LFI) ou le Rassemblement national. Eux ne veulent pas gérer le pays, ils veulent une présidentielle. » « Si on parle directement d’une censure, on force le premier ministre à chercher une majorité avec l’extrême droite », expliquait il y a quelques jours un député socialiste.

Si Olivier Faure n’est pas à Matignon, les socialistes demandent une réorientation de la politique

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