Existe-t-il une justice de classe ?

Salles d’audience et population carcérale témoignent d’une forte concentration devant les tribunaux de justiciables défavorisés.

Olivier Doubre  • 25 janvier 2017
Partager :
Existe-t-il une justice de classe ?
© Assa Traore : photo Julien Pitinome/NurPhoto ; Christine Lagarde : photo Martin Bureau/AFP

Lundi 26 janvier, étaient rendues publiques deux décisions de justice : la relaxe à Dax de Jon Palais, militant contre l’évasion fiscale et « faucheur » de 14 chaises dans une agence BNP, attaqué par cette banque, et la condamnation en appel de Claude Guéant à deux ans de prison, dont un ferme, pour avoir touché des primes en liquide non déclarées comme directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Les juges ont même, ici, durci la condamnation en première instance, qui était de deux ans avec sursis. Deux verdicts qui sembleraient démentir notre interrogation sur l’existence d’une justice « de classe », ou du moins une tendance appuyée de pratiques judiciaires à deux vitesses, plutôt clémentes avec les puissants, rigoureuses avec les moins favorisés.

Il n’en demeure pas moins que le public habitué des salles d’audience et les études sur la population carcérale témoignent d’une très forte concentration devant les tribunaux de justiciables appartenant aux catégories les plus défavorisées. Alors que « la France traverse la période la plus répressive de son histoire récente en temps de paix », avec un nombre record de détenus et plus encore de personnes sous main de justice, comme le souligne dans son dernier essai l’anthropologue et sociologue Didier Fassin, il s’agit ici d’interroger les pratiques des juges, mais aussi la sociologie de la magistrature et sa formation, en tant que facteurs potentiels influant sur ses décisions. Sans oublier le contexte de ce _« moment punitif » actuel, où « l’intolérance sélective de la société » trouve pour réponse un certain « populisme pénal »

À retrouver dans ce dossier :

• Justice : Puissant ou misérable…

• Didier Fassin : « La justice, accusée de laxisme, n’a jamais été aussi sévère »

• Comment sont formés les magistrats ?

Société Police / Justice
Publié dans le dossier
Existe-t-il une justice de classe ?
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Paris, « une agriculture basée sur l’exportation détruit les agriculteurs »
Manifestation 9 janvier 2026

À Paris, « une agriculture basée sur l’exportation détruit les agriculteurs »

En dépit du vote d’une majorité d’États européens en faveur du Mercosur, la Confédération paysanne, les Soulèvements de la terre, la CGT, Solidaires et Cancer Colère ont voulu dénoncer l’hypocrisie d’Emmanuel Macron et sa vision productiviste de l’agriculture.
Par Maxime Sirvins
Entre l’État et le monde agricole, une confiance brisée
Analyse 9 janvier 2026 abonné·es

Entre l’État et le monde agricole, une confiance brisée

Depuis deux ans, les colères agricoles s’expriment dans la rue, dans les fermes et dans les médias. Tiraillé de toutes parts, le secteur oscille entre pessimisme, désarroi et défiance envers un État qui ne comprend plus cette population en manque de reconnaissance.
Par Vanina Delmas
En Lozère, du boulot… mais pas de papiers
Reportage 9 janvier 2026 abonné·es

En Lozère, du boulot… mais pas de papiers

Entre attentes interminables, refus répétés et condition de vie indécentes, des dizaines de sans-papiers sont laissés sur le carreau par la politique préfectorale de Lozère. Dans un département en plein besoin de main-d’œuvre, associations et habitants dénoncent un système devenu inhumain et incohérent.
Par Agnès Polloni
Pédopsychiatrie : à Nantes, huit lits pour se remettre debout
Reportage 7 janvier 2026 abonné·es

Pédopsychiatrie : à Nantes, huit lits pour se remettre debout

Alors que la Loire-Atlantique reste particulièrement sous-dotée en lits de pédopsychiatrie, le CHU de la ville a ouvert en septembre 2025 l’unité Philae, qui accueille sur quelques jours des adolescents et des jeunes adultes en situation de crise psychique.
Par Elsa Gambin