Human Rights Watch pointe l’ambiguïté d’Emmanuel Macron

Dans son rapport annuel, l’ONG salue les résistances aux populismes dans le monde, et dans ce cadre la campagne du candidat d’En marche. Mais son directeur exécutif, Kenneth Roth, relève le bilan « mitigé » du Président.

Malika Butzbach  • 18 janvier 2018
Partager :
Human Rights Watch pointe l’ambiguïté d’Emmanuel Macron
Photo : Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch.
© Lionel BONAVENTURE / AFP

Ce fut l’année de Donald Trump, l’année où Marine Le Pen a récolté 10 638 475 voix au deuxième tour de l’élection présidentielle. Pourtant, Human Rights Watch (HRW) souligne dans son rapport que 2017 fut, aussi, l’année des résistances à ces populismes. Dans son rapport annuel, l’organisation non gouvernementale dresse la situation des droits de l’homme dans 90 pays. Si l’inquiétude persiste, notamment pour les Rohingyas qui font la couverture du livre de 643 pages, Kenneth Roth, directeur exécutif de l’ONG, met l’accent sur un aspect positif. « L’année écoulée a montré combien il était important de réagir contre la menace posée par les démagogues et leurs politiques violant les droits humains », déclare-t-il.

Des résistances qui freinent les populismes

Lors de la conférence de presse, le 18 janvier, le directeur exécutif d’HRW se souvient du début de l’année précédente : « Trump arrivait à la Maison Blanche, on avait l’impression que la montée du populisme dans le monde était inévitable. Un an après, j’en arrive au constat que des résistances diverses se sont formées contre ce populisme et qu’elles ont freiné cette montée. » Pour l’exemple, il cite l’échec de Trump à abroger l’Obamacare.

Mais, selon Kenneth Roth, l’exemple le plus frappant dans l’opposition aux populismes fut la campagne d’Emmanuel Macron, « un vrai tournant ». « Au Pays-Bas et en Autriche, les candidats de la droite et du centre ont concurrencé les populistes d’extrême droite en utilisant leurs arguments afin de séduire les électeurs. Cela a légitimé ces discours. »_ Mais le candidat d’En marche aurait adopté la stratégie contraire, « en soutenant les principes démocratiques et en s’opposant fermement à la campagne haineuse du Front national ».

« Les droits de l’homme en option »

Pour autant, le défi d’Emmanuel Macron est dorénavant de gouverner en adéquation avec ces principes. Et, sur cette question, Human Rights Watch a un avis plutôt mitigé sur la politique du « en même temps ». Le Président adopte en effet des positions fermes contre Orban en Hongrie ou Maduro au Venezuela, tout en se montrant discret lorsqu’il rencontre Abdel Fattah al-Sissi – qui a écrasé la dissidence populaire égyptienne – ou le leader chinois Xi Jinping sans aborder la question des droits de l’homme. « Il semble plus disposé à défendre les droits humains quand les intérêts commerciaux français ne sont pas en jeu », estime M. Roth.

De nombreuses questions des journalistes français ont porté sur la politique migratoire à Paris, quelques jours après sa visite à Calais, où Human Rights Watch avait dénoncé dans un rapport les mauvais traitements sur les personnes exilées effectués par les policiers. _« Le Président a eu un message clair pour les forces de l’ordre, les appelant à être exemplaires, en s’adressant directement à eux pour dire qu’aucun abus envers les migrants ne serait toléré. C’est un point plutôt positif », estime Kenneth Roth. Mais, il note que, dans le même temps, le président français cherche à durcir la loi envers les migrants et fustige la circulaire sur le recensement des migrants dans l’hébergement d’urgence. _« C’est malheureux, cette ambiguïté », soupire le directeur exécutif d’HRW.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« On sait pourquoi on se bat » : à Strasbourg, la maire écolo Jeanne Barseghian veut retourner le match
Reportage 20 mars 2026 abonné·es

« On sait pourquoi on se bat » : à Strasbourg, la maire écolo Jeanne Barseghian veut retourner le match

Face au retour en force de l’ancienne étoile rocardienne Catherine Trautmann, et à la radicalisation de la droite, la maire verte croit à la force de l’union.
Par Lucas Sarafian
Emmanuel Grégoire : « On ne renonce pas à ses idées en votant utile »
Entretien 20 mars 2026 abonné·es

Emmanuel Grégoire : « On ne renonce pas à ses idées en votant utile »

Auprès de Politis, le candidat du Parti socialiste et des Écologistes à Paris revient, pour sa dernière interview à la presse avant la réserve électorale, sur son choix de ne pas s’unir avec la France insoumise face à Rachida Dati.
Par Alix Garcia et Hugo Boursier
Raphaël Glucksmann : beaucoup de bruit pour 0,3 % des élus de gauche aux municipales
Politique 20 mars 2026

Raphaël Glucksmann : beaucoup de bruit pour 0,3 % des élus de gauche aux municipales

Depuis les résultats du premier tour des municipales, le patron de Place publique écume plateaux télé et réseaux sociaux pour imposer son récit : aucune alliance avec LFI. Il est, en revanche, bien plus discret sur les (faibles) résultats des représentants de son parti.
Par Pierre Jequier-Zalc et Basile Roth
« L’abstention, lorsqu’elle est assumée, devient un acte politique »
Analyse 20 mars 2026 abonné·es

« L’abstention, lorsqu’elle est assumée, devient un acte politique »

Longtemps perçue comme un désengagement, l’abstention cache parfois un choix réfléchi et revendiqué, motivé par une défiance et un réel manque de représentation. Ce rapport au vote interroge alors la responsabilité des politiques.
Par Kamélia Ouaïssa