Quand la France libérera-t-elle Georges Ibrahim Abdallah ?

La libération de l’activiste libanais, emprisonné depuis 1984 pour complicité d’assassinat, est suspendue à une décision de Manuel Valls et bloquée par le parquet. Son dossier piétine depuis 1999.

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Vingt-huit ans après son entrée en prison, Georges Ibrahim Abdallah est devenu l'un des plus anciens prisonniers politiques au monde. Ce Libanais de 61 ans a été condamné le 28 février 1987 à la réclusion à perpétuité pour complicité dans l’assassinat de deux diplomates israélien et américain en France en 1982.

Georges Ibrahim Abdallah en 1986 au tribunal de Lyon, derrière son avocat Jacques Vergès. - AFPÀ l’époque, aucune charge ne permet d’inculper l’ancien membre du Front populaire de libération de la Palestine pour ces meurtres. Mais le militant marxiste est identifié comme le chef de la Fraction armée révolutionnaire libanaise, qui revendique les homicides. Deux ans après les faits, Georges Ibrahim Abdallah était interpellé à Lyon avec un vrai-faux passeport et une perquisition permet de retrouver un pistolet qui aurait servi pour les assassinats. 

Le ministère de l’Intérieur refuse de délivrer un arrêté d’expulsion

Depuis sa prison de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), Georges Ibrahim Abdallah est aujourd’hui suspendu à une décision du ministère de l’Intérieur. Après 7 demandes infructueuses, il a obtenu en novembre 2012 un avis favorable à sa libration. Mais cette remise en liberté est conditionnée à son expulsion vers le Liban. Son sort est donc entre les mains du ministre de l’Intérieur.

Or, la place Beauvau tarde à émettre le titre d’expulsion, forçant le tribunal d’application des peines (TAP) à « ajourner » sa décision. Après un premier report de deux mois, le TAP a donc dû à nouveau décider, le 14 janvier, d’un délai supplémentaire. Il devait finalement se prononcer lundi 28 janvier. Pendant ce temps, le parquet s’acharne à tenter de faire invalider la libération d’Abdallah, en multipliant les appels. Le TAP n'a ainsi pas pu trancher ce lundi 28 janvier.

L’imbroglio juridico-administratif est total et les soutiens de l’ancien activiste s'impatientent. Abdallah est libérable depuis 1999, lorsque sa période de sûreté prenait fin. Il avait obtenu une première libération conditionnelle en 2003, finalement retoquée en appel en janvier 2004. Depuis, son dossier piétine.

«  Cette injustice a assez duré   »

Devant l’enchevêtrement des procédures judiciaires, la colère est vive. Au Liban, à Ramallah et partout en France, de nombreux rassemblements ont été organisés depuis deux semaines pour dénoncer une « vengeance politique » de la France contre ce militant pro-palestinien. Avec une tension certaine autour des centres culturels français au Liban, l’affaire – résolument politique - grossit. 

Deir Kifa, Liban, le 19 janvier 2013 : des manifestants demandent la liberation de Mr Abdallah devant la base française de la Finul (ONU). - AFP / MAHMOUD ZAYYAT

Le 16 janvier, le premier ministre libanais, Najib Mikat, réclamait à François Hollande la remise en liberté de Georges Ibrahim Adballah : « Ce report n’est pas justifié et constitue une atteinte à ses droits civiques », affirmait-il.  

«   Cette injustice a assez duré   ; elle a même dépassé les limites du raisonnable. Plus rien ne justifie son incarcération, affirmait aussi Yves Bonnet, directeur de la DST au moment de l’arrestation de Georges Ibrahim Abdallah, dans une interview au journal La Dépêche et à France 24, en janvier 2012. «  La France garde cet homme derrière les barreaux alors qu'elle a libéré Maurice Papon, ajoutait-il. Georges Ibrahim Abdallah est plus mal traité qu'un serial killer alors qu'il a commis des actes politiques.  » 

La pression d’Israël et des États-Unis

Abdallah a été jugé dans un climat de haute tension, avec les États-Unis comme partie civile, juste après une vague d’attentats sanglants, en 1985 et 1986. Attentats revendiqués par un groupe, le CSPPA, qui demandait notamment la libération de l’activiste libanais, sans être pourtant lié à ce dernier.

Le détenu présenté comme « exemplaire » enregistre donc de nombreux soutiens, des Indigènes de la République au Parti communiste en passant par l’Association France Palestine solidarité. « Manuel Valls ne doit pas décider de libérer Abdallah, la justice vient de le faire, en toute indépendance. Il doit simplement permettre (…) l’exécution de cette décision », écrivent le journaliste Daniel Schneidermann et l’écrivaine Chloé Delaume, nièce du détenu, dans une tribune parue jeudi 24 janvier dans Libération .  

En face, le blocage est entretenu par la pression des États-Unis et d’Israël. «  Nous avons des inquiétudes légitimes quant au danger qu'un M. Abdallah libre représenterait pour la communauté internationale » , a notamment déclaré la porte-parole du département d'État américain, Victoria Nuland, le 11 janvier. 

Car Georges Ibrahim Abdallah n’a jamais voulu « se repentir de ses actes » devant les tribunaux qui examinaient ses demandes de libération conditionnelle et, selon le parquet, il n’a jamais commencé à indemniser les parties civiles. Son destin est surtout devenu un enjeu géopolitique au Proche-Orient, car le Hezbollah brandit sa cause. La libération de l’ancien activiste serait donc interprétée comme un signe d’apaisement envoyé au Hezbollah, au grand dam d’Israël.

En attendant la signature du précieux arrêté d’expulsion, des rassemblements de soutien sont prévus ce week-end dans toute la France. 

Sur le web :

-Un prisonnier politique expiatoire (monde-diplomatique.fr) 

-Le collectif de soutien à Georges Ibrahim Abdallah


Photo : AFP / ANA AREVALO

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