Crise des migrants : Quand l’Europe pactise avec des États infréquentables

Bien décidée à endiguer la crise des réfugiés, l’Union européenne renforce sa politique d’externalisation. Ce processus, amorcé depuis une dizaine d’années et visant à délocaliser les contrôles migratoires aux frontières de pays tiers, tend aujourd’hui à se banaliser. Quitte à négocier avec des États peu recommandables.

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 21 novembre 2016 abonné·es
Crise des migrants : Quand l’Europe pactise avec des États infréquentables
© Photo illustration : ARIS MESSINIS/AFPnPhoto texte (dans l'ordre d'apparition) : ARIS MESSINIS/AFP - ANDREAS SOLARO/AFP - ANDREAS SOLARO/AFP

La nécessité de créer une politique migratoire européenne peut-elle se soustraire aux engagements des États membres en matière de droits de l’homme ? Après s'être entendue avec la Turquie, et plus récemment avec l'Afghanistan, l'Union européenne tente d'obtenir de nouveaux partenariats pour réduire l'afflux des réfugiés avant le printemps prochain. Par le biais de mesures incitatives, d'accords commerciaux, d'investissements ou d'aides au développement, celle-ci pactise avec de nombreux pays d'origine ou de transit, déléguant les contrôles aux frontières extérieures à des pays tiers, parfois considérés comme des dictatures. Tout ça, dans l'intention d'entraver les routes migratoires.

Un engagement conçu, selon un communiqué de la Commission européenne, pour « sauver des vies en mer Méditerranée, augmenter les taux de retour, et permettre aux migrants et aux réfugiés de rester près de chez eux et d’éviter que des personnes entreprennent des voyages périlleux ». Mais le plan d'action pour l'immigration présenté par l'Union européenne inquiète de nombreuses ONG (plus de 100 !) qui dénoncent « une politique étrangère au service d'un seul et unique objectif, à savoir endiguer la migration », au risque de compromettre « encore leur crédibilité et leur autorité en matière de défense des droits humains ».

Détenus au centre de rétention de Vincennes, deux Soudanais ont été menacés d'expulsion. Baker A., du Kordofan du sud (un État du Soudan) et Ibrahim C., du Darfour, ont été interpellés suite au démantèlement de la « jungle » de Calais et ont reçu leur obligation de quitter le territoire français (OQTF), délivrée par la préfecture du Pas-de-Calais. Si l'un d'entre eux a pu être libéré dimanche 20 novembre, le second est toujours menacé d'expulsion. Dans leur pays, pourtant, la situation des droits humains est considérée comme « alarmante » par Amnesty International (AI) : le Président du Soudan, Omar El-Béchir, est notamment accusé de crime contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI).

Responsable du programme Personnes déracinées au sein d'Amnesty International France, Jean-François Dubost s’est personnellement dit « très inquiet » face à une telle mesure :

Nous attendons toujours un démenti du ministère de l’Intérieur qui nous avait certifié que la France ne

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

En Iran, au milieu des bombes, une école de jeunes filles réduite en poussière
Monde 2 mars 2026 abonné·es

En Iran, au milieu des bombes, une école de jeunes filles réduite en poussière

Une frappe contre une école primaire dans le sud de l’Iran aurait fait plus de 168 morts au premier jour des bombardements. Téhéran accuse les États-Unis et Israël d’un « crime qui ne restera pas impuni ».
Par Maxime Sirvins
Iran, Israël, États-Unis… Deux minutes pour comprendre la situation internationale
Décryptage vidéo 2 mars 2026

Iran, Israël, États-Unis… Deux minutes pour comprendre la situation internationale

Depuis le 28 février et les nouvelles attaques lancées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, l’actualité internationale s’intensifie. Politis vous propose un décryptage vidéo pour tout comprendre.
Par William Jean
« La population iranienne est aujourd’hui prise en otage entre deux monstres »
Entretien 2 mars 2026 abonné·es

« La population iranienne est aujourd’hui prise en otage entre deux monstres »

Somayeh Rostampour est chercheuse en sociologie à l’Université de Lille et membre du collectif féministe et anticapitaliste Roja. Face à la campagne de bombardements lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, elle livre une analyse de la perspective des mouvements sociaux progressistes et féministes.
Par William Jean
De Genève aux geôles de Téhéran : le nucléaire iranien, seul levier diplomatique
Analyse 26 février 2026 abonné·es

De Genève aux geôles de Téhéran : le nucléaire iranien, seul levier diplomatique

Alors que le troisième cycle de négociations entre Washington et Téhéran a eu lieu ce 26 février à Genève, le fleuron de la flotte américaine met le cap sur le détroit d’Ormuz. Entre calculs électoraux américains et menaces d’escalade iranienne, le sort du programme nucléaire iranien importe plus pour les États-Unis que les souffrances du peuple iranien.
Par William Jean