Et maintenant, la grève générale !

Après la décision du Conseil constitutionnel de valider la réforme des retraites, la bataille politique continue. Seule une France à l’arrêt, vraiment et longtemps s’il le faut, pourrait influer le cours de l’histoire.

Pierre Jacquemain  • 14 avril 2023
Partager :
Et maintenant, la grève générale !
Un gendarme devant le Conseil constitutionnel, barricadé avant de rendre son avis sur la réforme des retraites, le 14 avril 2023 à Paris.
© Ian LANGSDON / AFP.

La décision est tombée. Le Conseil constitutionnel vient de valider la quasi-totalité de la réforme d’Emmanuel Macron, donc de confirmer le caractère constitutionnel d’un texte qui reporte l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Des heures, des jours, des semaines, des mois de mobilisations et de grèves n’y auront rien changé.

C’était le piège. Tout le monde avait les yeux rivés sur une décision juridique, de la plus haute juridiction française. Une décision qui aurait pu tout aussi bien provoquer des liesses de joies dans les rues de France tout comme elle aurait pu – et c’est ce qu’elle a fait – accompagner l’entêtement d’un pouvoir isolé contre son peuple – renforçant plus encore l’image d’une élite déconnectée des réalités et des aspirations de l’écrasante majorité des Français.

L’annonce d’une possible promulgation imminente pourrait remettre le feu aux poudres.

La place centrale qu’a prise le Conseil constitutionnel dans la bataille des retraites, alors qu’une douzième journée de mobilisation se faisait jour hier, était sans doute la principale erreur. Ce soir, l’échéance était à double tranchant. Tout le monde s’en remettait à cette décision – médias, politiques, syndicats –, oubliant parfois que les raisons de l’opposition à la réforme n’étaient pas d’ordre juridiques mais politiques.

Sur le même sujet : Après la colère sociale, le risque du ressentiment

Il ne s’agit donc pour personne, ce soir, de contester la décision de Laurent Fabius, le président du Conseil constitutionnel et de ses huit autres collègues. Il s’agit d’ouvrir une nouvelle page de la mobilisation sociale. Une mobilisation qui dépendra du maintien ou non de l’unité syndicale – dont l’expression les jours prochains sera évidemment scrutée de près. Ce soir, elle affiche à nouveau son unité dans un communiqué et appelle à une « mobilisation exceptionnelle » le 1er mai.

Il y a une autre mauvaise nouvelle ce soir : le rejet par le Conseil constitutionnel de l’organisation d’un référendum d’initiative partagée (RIP) – demande déposée par la gauche. Une gauche qui ne perd pas espoir d’obtenir son RIP, puisqu’une nouvelle demande a été déposée auprès des Sages, qui devront se prononcer dans les prochaines semaines.

Que va-t-il se passer à présent ? L’exécutif veut aller vite pour mieux tourner la page. Il pourrait décider de promulguer la loi dans les 48 heures – il a jusqu’à deux semaines selon la loi. Ce serait une provocation. Irresponsable ! Déjà, après l’usage du 49-3, le durcissement de la mobilisation n’avait pas tardé. Cette fois, l’annonce de la « fin du cheminement démocratique » avec une possible promulgation imminente pourrait remettre le feu aux poudres.

Sur le même sujet : La faute du Conseil constitutionnel

Avec le rejet massif, par les Français.es, du contenu de cette réforme et la fracture démocratique qui s’intensifie chaque jour toujours plus, le gouvernement prendrait un risque majeur à rester sourd devant la colère qui s’exprime partout. La colère est légitime. Ce soir, elle l’est plus encore. Sans doute va-t-elle s’exprimer librement, spontanément, ce soir, demain et les autres jours – par-delà les appels de l’intersyndicale.

La gauche doit être en capacité de parler d’une seule voix.

La gauche doit être au rendez-vous de ce moment inédit. Elle ne peut laisser à Marine Le Pen les fruits du ressentiment. La gauche sociale, politique, intellectuelle doit être en capacité de parler d’une seule voix : elle doit ouvrir la voie d’une perspective immédiate. En l’état, seule la grève générale, la France à l’arrêt, vraiment et longtemps s’il le faut, pourrait influer le cours de l’histoire.

« Ni vainqueur, ni vaincu », assure ce soir la Première ministre Élisabeth Borne sur Twitter pour apaiser les esprits. Elle n’a pas tort. Parce que la bataille est loin d’être terminée…

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Canicule : quand médias et politiques rejouent les pires répliques des films catastrophe
Réchauffement climatique 30 juin 2026

Canicule : quand médias et politiques rejouent les pires répliques des films catastrophe

La séquence médiatique autour de l’épisode majeur de canicule de juin a dépassé la fiction des films catastrophe. Politiques, journalistes et chroniqueurs ont excellé dans le pire, du déni au mépris des scientifiques.
Par Céline Martelet et Juliette Heinzlef
L’élan Intersections
Parti pris 30 juin 2026

L’élan Intersections

Politis organisait ce week-end du 28 et 29 juin son premier Festival Intersections, avec l’objectif de donner toute leur place aux femmes, aux minorités, aux personnes invisibilisées et à celles et ceux que l’extrême droite déteste et préfère réduire au silence. Une première édition confirmant qu’il existe un désir de penser, de débattre et d’agir collectivement.
Par Pierre Jacquemain et Monique Hendrickx
Corse : journée des dupes à l’Assemblée
Parti pris 26 juin 2026

Corse : journée des dupes à l’Assemblée

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il s’agissait, nous dit-on, de trancher sur une seule question : autonomie ou pas autonome ? Cette manière de présenter le problème est un leurre.
Par Roger Martelli
Mort de Nahel Merzouk : abattre la chimère
Parti pris 24 juin 2026

Mort de Nahel Merzouk : abattre la chimère

Dire que rien n’a changé depuis la mort le 27 juin 2023 du jeune homme de 17 ans, abattu par un policier à Nanterre, serait inexact. Car la situation s’est aggravée et des noms se sont ajoutés à une liste déjà trop longue.
Par Kamélia Ouaïssa