Police, justice : le nouveau visage de « l’écologie à la française »

TRIBUNE. « Allez-vous laisser le gouvernement continuer à réprimer en votre nom des activistes écologistes ? » C’est l’interpellation lancée dans cette tribune par Extinction Rebellion, Dernière Rénovation et une cinquantaine d’organisations et personnalités.

Collectif  • 13 décembre 2023
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Police, justice : le nouveau visage de « l’écologie à la française »
Action de Dernière Rénovation sur le périphérique, à Boulogne, en novembre 2022.
© Dernière rénovation

Puisque la COP 28 ne sera que pour la forme, nous sommes dans une urgence absolue – une trajectoire à +3 degrés – et sans aucune mesure politique sérieuse mise en place à l’échelle du globe. L’accord de Paris, issu de la COP 21, était censé garantir la survie humaine sur une Terre habitable. Il n’a pas été respecté. Sept ans après sa signature, António Guterres, Secrétaire Général de l’ONU tente d’alerter de l’aggravation : « L’ère du réchauffement climatique est terminée : place à l’ère de l’ébullition mondiale. […] Cela ne doit pas entraîner le désespoir, mais l’action. »

En France, de quelle action écologiste parle-t-on ? Il y a quatre ans, le gouvernement avait suscité l’expression démocratique d’un plan d’action climatique, la Convention citoyenne pour le climat : ce n’a été que pour mieux la trahir. L’État, lui, a été condamné par l’Union européenne et par ses propres tribunaux pour son inaction climatique, sa responsabilité dans la pollution de l’air et dans la contamination généralisée par les pesticides.

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Pourtant il y a un secteur où, en 2023, ce gouvernement a demandé aux services de l’État d’agir : la répression de citoyen.nes qui réclament des actions proportionnées au péril imminent indiqué par les scientifiques. Un nouvel ennemi public a été désigné : ce ne sera ni l’extrême droite, ni l’urgence écologique, mais « les écoterroristes ». Au-delà de la rhétorique infamante et juridiquement fallacieuse du ministre de l’Intérieur, tout est mis en place pour casser cette opposition.

Une stratégie consciente d’intimidations répressives, physiques et financières contre le militantisme écologiste.

Il n’y a pas eu de conférence de presse pour l’annoncer, mais une stratégie consciente d’intimidations répressives, physiques et financières a été mise en place contre le militantisme écologiste en 2023 en France. Sur le volet législatif, d’abord. Une loi venue de l’extrême droite est votée en janvier pour accentuer la pénalisation de modes d’action connus (blocages de routes, d’universités, interruption d’événements sportifs). Côté financements, un amendement adopté le 13 octobre par la Commission des finances vient entraver les organisations condamnées pour des faits de désobéissance civile. Les lois antiterroristes sont utilisées pour justifier des interdictions de manifester sur des sujets d’écologie comme pour la paix en Palestine ou pour des retraites décentes.

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La sous-direction antiterroriste, elle, est détournée de son rôle pour poursuivre des militant.es ayant causé la fermeture pendant trois jours d’une des usines les plus polluantes du pays, propriété d’une entreprise ayant par ailleurs été reconnue coupable avoir financé en connaissance de cause le terrorisme islamiste en Syrie.

Les forces de l’ordre sont employées à contresens : à Sainte-Soline la gendarmerie mène dos au mur un affrontement brutal suite au choix baroque d’un dispositif en fortin, qui va à l’encontre de sa doctrine habituelle. Les agent.es de police outrepassent la réglementation sur l’utilisation d’armes « non létales » qui blessent et mutilent, depuis des années, notamment dans les quartiers et contre les gilets jaunes. On change les règles, notamment pour autoriser le tir de LBD à bout portant.

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Cette dérive s’étend jusqu’au rôle des magistrat.es, notamment des procureurs, qui se doivent pourtant de contrôler la proportionnalité des poursuites au regard des faits. Plus d’une cinquantaine de perquisitions contre des écologistes ont été menées au cours de l’année, plus souvent pour la forme (parfois brutale) que pour réellement trouver des preuves. De même, des garde-à-vous sont prolongés au-delà de 24 heures de manière presque routinière, pour des faits de faible gravité – du barbouillage de biens avec une peinture aisément lavable, par exemple – quand la privation de liberté est censément une mesure exceptionnelle.

La politique délibérée de répression envers l’ennemi écologiste doit vous alarmer.

Fin 2023, le gouvernement, perdu dans une inconséquence climatique, est fragilisé par les victoires du camp écologiste. Notre-Dame-des-Landes vit toujours, TotalEnergies constate que son projet EACOP patine, de nombreux projets autoroutiers et autres bétonisations sont revus. Une cinquantaine de projets de mégabassines ont été annulés par la justice. Partout le vent tourne : procès après procès, recours après recours, les militant.es de tous types obtiennent des avancées. Le gouvernement, lui, s’est radicalisé et tente d’utiliser la police et une partie de la justice pour faire cesser une contestation légitime.

L’histoire de nos droits est une histoire de luttes : le droit de vote « universel » n’a pas été donné, il a été gagné, et contre les lois d’alors. Tout comme l’abolition de l’esclavage ou la sécurité sociale. Et ces luttes continuent, sous des formes que tout le monde n’est pas tenu d’approuver en bloc. Mais la politique délibérée de répression envers l’ennemi écologiste doit vous alarmer. Elle est faite en votre nom par un gouvernement qui ne fait pas que tenter de dissoudre des organisations ou d’effrayer des manifestant.es. De par son inaction climatique, il choisit de dissoudre l’avenir.

Qui trouvera-t-il pour lui résister ? À vous de le dire : vous seul.e savez comment agir, il est temps de faire entendre votre voix.


Premiers signataires

Organisations

  • Extinction Rebellion France
  • Dernière Rénovation
  • Scientifiques en Rebellion
  • Bassines non merci
  • Groupe national de surveillance des arbres
  • Fondation Copernic
  • Fédération SUD-Rail
  • Jeunes écologistes
  • Alternatiba Paris
  • Révolution écologique pour le vivant
  • Youth for Climate Ile-de-France
  • La Déroute des routes
  • La Voie est libre
  • Saccage 2024
  • RABAJoie
  • Terres de luttes
  • Pollinis
  • Ecotalk
  • Allumeuses.bzz
  • Återställ Våtmarker (Suède)
  • Ultima Generazione (Italie)

Personnalités

  • Adrien Roux, directeur national de l’Alliance citoyenne
  • Thomas Brail, militant arboriste-grimpeur
  • Nils Enderlin, juriste en droit européen
  • Marie Pierre Vieu, coprésidente de la fondation Copernic
  • Julien Troccaz, secrétaire fédéral SUD-Rail
  • Annah Bikouloulou, secrétaire nationale des Jeunes écologistes
  • Aymeric Caron, député de Paris, président de REV
  • Clément Sénéchal, auteur et militant
  • Eduardo Makaroff, musicien
  • Nala Amirah, avocate, fondatrice de Green Welfare Indonésie
  • Noel Mamère, écologiste, ancien député
  • Alessandro Pignocchi, auteur de bande dessinée et chercheur
  • Mathilde Caillard, activiste écologiste
  • Bruno Solo, acteur
  • Azelma Sigaux, porte-parole de REV
  • Aurore Falaize, coordinatrice REV pour les Yvelines
  • Lubja Bowman, collaboratrice parlementaires
  • Pierre Khalfa, économiste, ancien membre du CESE
  • Ritchy Thibault, cofondateur de Peuple Révolté et des Insurgés
  • Albin Wagener, enseignant chercheur à l’ICAM
  • Emily Loizeau, auteure, compositrice, interprète
  • Lucie Lucas, comédienne
  • Chloé Sagaspé, conseillère de Paris Les Ecologistes
  • Gabriel Amard, député LFI du Rhône
  • Claudine Cordani, directrice du journal Les Cent Plumes
  • Maëlle Chassard, dirigeante d’entreprise
  • Clément Gonzales, enseignant
  • Jean-François Coulomme, député LFI de Savoie
  • Clément Pairot, auteur, spécialiste de la mobilisation citoyenne
  • William Aucant, conseiller régional des Pays de la Loire, ancien membre de la Convention citoyenne pour le climat
  • Hadi Rassi, comédien et militant écologiste
  • Gaetan Gabriele, créateur de contenus

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Publié dans
Tribunes

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