Titres de séjour : le chaos organisé du plan Nuñez

© Serge d'Ignazio
Présenté comme une réponse à « l’asphyxie » des préfectures, le plan du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez relève surtout d’un rafistolage cynique d’une crise que l’État entretient depuis des années. Avec 930 000 dossiers en attente, l’administration maintient délibérément des centaines de milliers de personnes étrangères dans une insécurité juridique permanente, les exposant à la perte d’emploi, de logement ou de droits sociaux.
Et la seule réponse serait d’embaucher 500 vacataires précaires, corvéables et sous-formés, pour écouler un stock devenu politiquement embarrassant. Ce choix révèle une stratégie assumée : organiser la pénurie pour durcir, de fait, les conditions de séjour. Car, derrière les lenteurs administratives, il y a une politique de tri et de dissuasion. La « dématérialisation » vantée par le ministère ne fait qu’ajouter un obstacle supplémentaire, excluant les plus vulnérables au nom d’une modernisation de façade, alors même que la plateforme Anef (Administration numérique pour les étrangers en France) accumule les dysfonctionnements.
En refusant d’investir massivement pour un service public accessible et humain, le gouvernement entérine une gestion brutale et déshumanisée de l’immigration. Loin d’être un simple problème technique, l’engorgement des préfectures devient ainsi un outil politique : produire de l’irrégularité pour mieux la réprimer.
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