L’exil de l’autre côté du lac

Fuyant l’est du Congo, miné depuis vingt ans par les violences, des réfugiés tentent de s’inventer une nouvelle vie en Ouganda.

Maïa Courtois  • 23 janvier 2019 abonné·es
L’exil de l’autre côté du lac
photo : Alphonsine et Valens vivent depuis six ans avec leur trois enfants au campement de Rwamwanja. Anciens cultivateurs en RDC, ils possèdent un élevage de 340 poules.
© Maïa Courtois

Adeline époussette la terre à ses pieds, une gerbe de paille à la main, un long tissu beige noué autour de la taille. Elle se relève. « Les gens cherchent un endroit où il y a la paix. Là-bas, il y a beaucoup de souffrance. Là-bas, on tue même les innocents. » La jeune femme de 23 ans montre vaguement de la main la rive du lac : « Je suis arrivée ici il y a trois mois. En bateau, un peu plus loin sur la côte. »

À lire aussi >> Joseph Kabila verrouille la démocratie congolaise

Elle est née de l’autre côté du lac Albert. Le bleu de l’eau devient plus sombre et plus effacé à mesure que le regard se porte vers la ligne d’horizon. Au loin, les montagnes de la République démocratique du Congo (RDC). Sebagoro, le village de pêcheurs où vit désormais Adeline, avec ses cahutes et ses minuscules poissons répandus sur le sol, fait face aux montagnes grises. Elles semblent irréelles. Le lac frontière, où commercent quotidiennement des pêcheurs des deux rives, sépare son pays en guerre de cet État en paix qu’est l’Ouganda.

Ils sont entre dix et vingt exilés par jour à arriver de RDC à Sebagoro. Lors du dernier pic, début 2018, ils pouvaient être « 300 ou 500 », se souviennent les volontaires du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) installés sur le parvis du centre de réception. Les barques viennent accoster là, sur le banc de sable, au bout de trois, quatre heures ou plus de traversée – « ça dépend du moteur ». L’armée ougandaise repère les pirogues depuis son poste sur la rive et alerte le HCR pour assurer les procédures de débarquement : vérifications de sécurité, examen sanitaire centré sur Ebola, dont l’épidémie s’étend en RDC. « Certains ont aussi la malaria ou d’autres maladies dues aux forêts du Congo », explique

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

« L’avenir de l’Iran doit être décidé par les Iraniennes et les Iraniens eux-mêmes »
Entretien 21 janvier 2026 abonné·es

« L’avenir de l’Iran doit être décidé par les Iraniennes et les Iraniens eux-mêmes »

Fondé en 1981, le Conseil national de la résistance iranienne se présente comme un « parlement en exil » et une alternative politique de transition. Afchine Alavi revient sur son histoire, sa stratégie de front uni et les perspectives d’un avenir iranien débarrassé à la fois des mollahs et de la monarchie.
Par William Jean
En Iran, le peuple veut choisir librement son destin
Décryptage 21 janvier 2026 abonné·es

En Iran, le peuple veut choisir librement son destin

Dans la rue depuis le 28 décembre malgré une répression meurtrière, les Iraniennes et les Iraniens, d’abord mobilisés contre les conséquences de l’hyperinflation, poursuivent aujourd’hui un combat contre un régime devenu symbole de coercition, à la croisée de crises multiples.
Par Isabelle Avran
Oleksandra Matviichuk : « Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe »
Entretien 19 janvier 2026 abonné·es

Oleksandra Matviichuk : « Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe »

Depuis Kyiv, la capitale ukrainienne, l’avocate et militante ukrainienne pour les droits de l’homme raconte un pays qui s’apprête à entrer dans sa cinquième année de guerre. Elle dénonce un système international obsolète, incapable de punir le crime d’agression commis par les dirigeants russes.
Par Hugo Lautissier
Derrière la ferveur des supporters, l’origine décoloniale de la CAN
Sport 16 janvier 2026 abonné·es

Derrière la ferveur des supporters, l’origine décoloniale de la CAN

Compétition cruciale pour tout un continent et sa diaspora, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) porte en elle – et c’est moins connu – une dimension politique liée à l’histoire des décolonisations.
Par Kamélia Ouaïssa