Free : au bout du fil, la souffrance

Le site de Free dans les Hauts-de-Seine collectionne les irrégularités et sombre dans une ambiance délétère. Depuis que sa gestion a été confiée à un sous-traitant, les salariés craignent désormais d’être conduits vers la faillite.

Erwan Manac'h  • 7 avril 2021 abonné·es
Free : au bout du fil, la souffrance
© J-C.&D. Pratt / Photononstop / Photononstop via AFP

Des rapports sociaux « épuisants », « une grande défiance réciproque », « des équipes désorientées », prises dans le « cercle vicieux » des relations délétères : l’expert indépendant du cabinet Technologia, mandaté par les représentants du personnel l’an dernier, n’a pas de mots assez durs pour qualifier la vie quotidienne entre les murs du centre d’appels de la marque Free, dans les Hauts-de-Seine. Il n’est pourtant pas le premier à s’y inviter. Avant lui, quatre expertises, des kilomètres de courriers de l’inspection du travail, des droits d’alerte en cascade, quelques procès et plusieurs enquêtes journalistiques (1) ne sont jamais parvenus à faire évoluer la situation.

Les vagues de licenciements se poursuivent également, malgré une première condamnation, en octobre 2020, par la cour d’appel de Versailles. La direction du centre y a écopé d’une amende pour avoir fait fondre les effectifs de moitié en trois ans, entre 2015 et 2018, sans la moindre négociation avec les représentants du personnel (2). Or, depuis le mois de septembre 2020, plusieurs vagues de licenciements disciplinaires et de démissions non remplacées ont encore fait chuter de 16 % les effectifs, sans plan social. La situation est telle que les salariés craignent désormais pour l’avenir du site et vivent avec la désagréable impression d’être traités comme les moutons noirs de la « famille Free ».

Il faut remonter à octobre 2014 pour comprendre la mécanique qui a fait sombrer ce centre d’appels installé deux ans plus tôt dans une « zone franche urbaine » de Colombes (Hauts-de-Seine). Tout bascule après une distribution de tracts des syndicats SUD et CGT. « Jusqu’à apaisement de la situation sociale […], il n’y aura plus le moindre recrutement sur le site de Mobipel. Nous ne pouvons continuer à investir sur un centre qui s’avère désormais sensible et où la menace pèse chaque jour », écrit Angélique Gérard, directrice des relations abonnés du groupe Iliad (l’opérateur Free), le 14 octobre 2014, dans un e-mail interne. La courbe des effectifs suit alors une chute vertigineuse, notamment du fait d’un impressionnant contingent de licenciements pour faute grave(3), sans la moindre constance dans l’échelle des sanctions, alors que certains comportements

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