Seule option : le NFP à Matignon

Emmanuel Macron nous refait le coup du « en même temps de gauche et de droite », en réunissant les républicains de tous bords – sauf LFI et RN – pour un « gouvernement d’intéret général ». Une esbroufe. La seule option légitime est la nomination du NFP au gouvernement en négociant avec le bloc central un accord de non-censure.

Pierre Jacquemain  • 11 décembre 2024
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Seule option : le NFP à Matignon
Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée depuis le palais présidentiel de l'Élysée, le jour de la démission du premier ministre Michel Barnier, le 5 décembre 2024
© Ludovic MARIN / AFP

Risquons-nous à quelques prophéties. Parce que, quand vous lirez ce parti pris, il y a fort à parier que la France se sera dotée, ou s’apprêtera à se doter d’un nouveau gouvernement. Sera-t-il de droite ? Assurément ! Sera-t-il placé sous le regard extrêmement vigilant de l’extrême droite ? Cela ne fait aucun doute.

C’est faire grand cadeau à l’hôte de l’Élysée que de se prêter aux injonctions macroniennes.

Emmanuel Macron a voulu faire croire qu’il était en capacité de rassembler les républicains de tous bords – excluant LFI et le RN en mettant dangereusement un trait d’égalité entre les deux organisations – pour travailler les bases d’un accord programmatique et constituer un gouvernement « d’intérêt général ». Esbroufe ! Comme si les précédents gouvernements ne travaillaient pas pour l’intérêt général. Comme si les précédents gouvernements n’avaient agi que pour les intérêts particuliers. Cela va de soi.

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Mais voilà qu’il tente à nouveau l’impossible en nous refaisant le coup du en même temps de gauche et de droite. Mettre autour de la table des socialistes, des républicains, des centristes, des communistes, des macronistes et des écologistes. Une mascarade pour les insoumis. Et ils ont bien raison. Que sont allés faire les autres membres de la coalition du Nouveau Front populaire dans cette galère ? C’est faire grand cadeau à l’hôte de l’Élysée que de se prêter aux injonctions macroniennes, alors que le travail aurait dû s’élaborer, dès les premières heures qui ont suivi la chute du gouvernement Barnier, depuis le Palais-Bourbon à l’initiative du NFP.

Emmanuel Macron promet des compromis. C’est la compromission assurée.

La photo de famille tant espérée par Emmanuel Macron fera date. Et fera mal. Comment ne pas avoir vu l’entourloupe ? Emmanuel Macron ne nommera jamais un premier ministre de gauche. Jamais il ne renoncera à poursuivre sa politique. Encore moins à défaire ce qu’il a fait, qu’il s’agisse de la réforme des retraites ou plus largement de sa politique de l’offre, en faveur des entreprises. Des politiques qui ont coûté si cher aux finances publiques, sans contreparties, ni sociales ni environnementales. Emmanuel Macron promet des compromis. C’est la compromission assurée.

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Certains à gauche ont pensé que répondre à l’invitation d’Emmanuel Macron pour chercher les bases d’un compromis avec le « bloc central » contribuerait à lutter contre l’extrême droite. C’est une grave erreur que d’y avoir cru. D’abord parce qu’il n’est pas sûr que lutter contre l’extrême droite fasse partie de l’ADN du bloc central et de leurs alliés des LR. Ils nous ont même plutôt prouvé le contraire. Mais surtout parce que construire une alliance des contraires est sans doute la meilleure manière de confier le pouvoir, à court ou moyen termes, à Marine Le Pen et ses amis.

Le NFP est la seule alternative. Et il convient de le conforter plutôt que de chercher à le fracturer, comme y travaille le président avec son gouvernement « d’intérêt général ». En réalité, il n’y a que deux options viables pour les semaines et les mois à venir. La première, la plus légitime sur le plan institutionnel, c’est la nomination du NFP au gouvernement en négociant avec le bloc central un accord de non-censure. C’est l’option de stabilité – et qui marginaliserait le RN.

La nomination d’un macroniste ou assimilé à Matignon, c’est la garantie d’une nouvelle censure.

La seconde, c’est la nomination d’un macroniste ou assimilé à Matignon. C’est la garantie d’une nouvelle censure. Et probablement d’une présidentielle anticipée. Prophétie assumée, c’est sans doute le scénario le plus probable. La gauche saura-t-elle s’organiser en trente jours comme le prévoit la Constitution ? Rien n’est moins sûr. Il y a donc urgence à faire bloc autour de la première option. Contre une coalition avec la droite. Et pour un gouvernement NFP !

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