Réforme des retraites : condamnés pour dépôt d’ordures

À Guingamp, trois syndicalistes de la CGT ont été condamné.es pour leur mobilisation pendant la réforme des retraites. Dans cette petite sous-préfecture des Côtes-d’Armor, cette répression syndicale inédite inquiète.

Lilian Godard  • 12 janvier 2024
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Réforme des retraites : condamnés pour dépôt d’ordures
Vendredi 12 janvier, une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant le tribunal pour soutenir les trois militant.es CGT.
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C’était deux semaines après le passage en force de la réforme des retraites par l’usage du 49.3, le mardi 28 mars 2023 à Guingamp. 2 000 personnes s’étaient réunies dans le centre-ville, sur la place du Vally, pour manifester leur colère contre une loi qu’ils considéraient « injuste » et son adoption « autoritaire ». Parmi les manifestant.es, Thierry Pérennes, militant CGT local, sentait « de l’exaspération, les gens étaient dépité.es de voir s’approcher la fin du mouvement social et la promulgation de la loi ».

Lors de cette manifestation, l’intersyndicale « était débordée par le nombre et la rage des personnes présentes », se souvient le syndicaliste. Il précise : « On a connu une accumulation de colères : contre la réforme, contre le passage en force du gouvernement, mais aussi localement, contre la forte pauvreté à Guingamp, contre la décision du préfet de rejeter le parcours initial de notre manifestation. »

Sur le même sujet : « Quand le pouvoir est en minorité, il fait usage de pratiques répressives »

« Une action symbolique »

Révolté, Gilles l’était. Quand une partie du cortège a souhaité déposer des poubelles devant la sous-préfecture, ce syndicaliste de la CGT a suivi : « On voulait signifier notre colère par une action symbolique. » Mais un cordon de gendarmes s’est posté face aux manifestant.es pour les bloquer. « Alors, on a décidé de les poser devant. Puis, certaines personnes les ont jetées sur les gendarmes ».

De ce fait, trois membres de la CGT, dont Gilles, ont été poursuivi.es pour avoir « volontairement commis des violences n’ayant entraîné aucune incapacité de travail sur les militaires de la gendarmerie ». Leur procès s’est déroulé ce vendredi 12 janvier au tribunal de Guingamp. Verdict final : une peine de 200 € d’amende et trois mois avec sursis.

Avant, c’était bonne ambiance, on pouvait venir avec les enfants, on discutait avec les gendarmes.

Gilles

Les militants, à commencer par les syndicalistes, ont été la cible privilégiée de la répression durant ces longues semaines de mobilisation. La CGT communique le nombre de 1 000 militant.es poursuivi.es après la réforme des retraites. Et selon Thierry Pérennes, « le pouvoir sévit pour nous intimider après un mouvement social intense. Il vise plus particulièrement notre syndicat parce que localement c’est notre groupe qui mène la plupart des mobilisations. »

Une nouvelle poigne autoritaire

À Guingamp, la donne a changé et inquiète. Thierry Pérennes explique : « Avant, déclarer une manifestation n’était pas obligatoire ici, on faisait le tour de la ville sans problème. Mais une nouvelle direction de la gendarmerie locale est arrivée il y a deux ans. Elle a imposé de nouvelles règles. » Gilles se remémore : « Avant, c’était bonne ambiance, on pouvait venir avec les enfants, on discutait avec les gendarmes. » Cette nouvelle poigne autoritaire est allée jusqu’à humilier un syndicaliste sous curatelle. Lors d’une garde à vue, « il avait demandé un examen médical. Les gendarmes l’ont menotté et surveillé jusqu’à l’hôpital », indique Gilles.

Ce vendredi, quelques mois après les manifestations dans les rues de Guingamp, et malgré la répression, une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant le tribunal pour soutenir les trois militant.es CGT. Les luttes se poursuivent. Et s’agrègent les unes aux autres. Une manifestation est prévue à Lannion pour s’opposer à la loi immigration dimanche 14 janvier.

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