« Dans l’école où je garde des enfants, j’enfouis la peur et j’essaie d’être utile »

Aujourd’hui #LesDéconfinés, Louise, 25 ans, professeure en école maternelle à Paris. Volontaire pour garder les enfants de soignants, elle souligne l’engagement profond de ses collègues pour l’intérêt général. Un dévouement pas assez reconnu par les pouvoirs publics.

Hugo Boursier  • 2 avril 2020
Partager :
« Dans l’école où je garde des enfants, j’enfouis la peur et j’essaie d’être utile »
© Photo d'illustration : Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Alors malgré les dangers, j’irai « quoi qu’il en coûte » !

Définition de « mission » dans le Larousse : « But élevé, devoir inhérent à une fonction, une profession, à une activité et au rôle social qu’on lui attribue. » Voilà mon « but élevé », c’est ça ! Je suis jeune, en bonne santé et enseigner est une vocation. J’ai une mission de service public, un rôle à jouer dans la société en ce moment de crise : celui de garder les enfants du personnel soignant. Donc on met la peur de côté et on offre à ces enfants un moment de répit, une bulle protégée à l’école où ils peuvent continuer à apprendre, à jouer, à communiquer…

#Lesdéconfiné·es, une série de témoignages sur le travail et les nouvelles solidarités pendant le confinement. Nous cherchons des témoignages de personnes qui ne vivent pas leur confinement comme tout le monde. Si vous êtes obligés de sortir pour travailler ou si vous devez sortir pour créer de nouvelles solidarités (association, voisinage), racontez-nous votre expérience et envoyez-nous un mail.
Si je n’y vais pas, qui le fera ? J’ai énormément de collègues qui ont des enfants et c’est normal qu’elles ne veuillent prendre aucun risque. Mon rapport aux risques est donc le même : j’enfouis la peur et j’essaie d’être utile à mon petit niveau. Dans l’école où je garde des enfants, nous avons reçu le matériel de protection nécessaire (gants et masques), mais ce n’est pas le cas partout malheureusement…

J’observe un dévouement admirable de mes collègues et surtout des directrices avec qui je travaille. Ce sont elles qui gèrent l’organisation de l’accueil des enfants, les plannings de roulement, etc. La directrice de mon école est là tous les jours pour accueillir les parents, elle ouvre les portes de l’école, fidèle au poste ! Contrairement à ce qu’a annoncé la porte-parole du gouvernement, les profs TRAVAILLENT ! Nous ne sommes pas en vacances : soit on est volontaire dans les écoles, soit on télétravaille.

Je suis, de jour en jour, atterrée par l’incompétence, le mépris et le manque d’humanité de ceux qui nous gouvernent.

Les professeurs sont au mieux oubliés, au pire méprisés par le gouvernement, dont je n’attends aucun soutien. Titularisée depuis 4 ans à mon poste, j’ai déjà pu constater le décalage entre la hiérarchie et le terrain. Bref, quand j’ai besoin d’aide dans mon travail, je me tourne vers mes collègues et les syndicats, jamais vers cette hiérarchie lointaine et indisponible. La résistance des profs ne craquera pas et ne fait que se renforcer face à ces élites qui ne veulent pas nous entendre. Sur le terrain, on s’organise sans attendre les ordres et contre-ordres d’une hiérarchie visiblement dépassée par les événements.

Lire aussi > Doter les élèves des outils informatiques nécessaires !

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël

Actuellement en détention provisoire, Ali s’est vu retirer son statut de réfugié en février 2025. Une procédure faisant suite à une note blanche de la DGSI transmise à l’Ofpra, et qui aurait été alimentée par les autorités israéliennes.
Par Pauline Migevant
« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »
Entretien 1 avril 2026

« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »

Jamais la propagande d’une organisation terroriste n’avait réussi à recruter aussi rapidement au sein de la jeunesse française. Xavier Renault, psychologue clinicien et expert judiciaire, se penche sur l’attrait exercé par l’État islamique.
Par Céline Martelet
Viols, tortures, séquestrations : l’autre face du djihad enfin révélée
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Viols, tortures, séquestrations : l’autre face du djihad enfin révélée

À l’instar de Peter Chérif, condamné à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans l’attentat contre Charlie Hebdo, plusieurs figures du terrorisme français ont violé, agressé, humilié des femmes. La justice commence à s’emparer de ces affaires.
Par Céline Martelet
Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui