Dis-moi si tu censures, je te dirai quel opposant tu es

Il y a fort à parier que le budget 2025 n’obtiendra pas de majorité au Parlement. Et que s’ensuivra une nouvelle motion de censure. Dans ce moment politique, il n’y a guère que la gauche qui tient sur ses deux jambes.

Pierre Jacquemain  • 9 octobre 2024
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Dis-moi si tu censures, je te dirai quel opposant tu es
Gabriel Attal et Gerald Darmanin lors de la déclaration de politique générale du premier ministre français Michel Barnier, à l'Assemblée nationale, le 1er octobre 2024.
© ALAIN JOCARD / AFP

« Monsieur Attal, je serai très attentif à vos propositions d’économies supplémentaires pour faire face au déficit que j’ai trouvé en arrivant », avait cruellement lancé le premier ministre, Michel Barnier, à son prédécesseur lors du discours de politique général, le 1er octobre. Depuis, c’est un véritable concours du plus-à-droite-que-moi-tu-meurs auquel se livrent désormais les deux faux alliés de la nouvelle minorité relative, constituée des parlementaires macronistes et des Républicains.

Barnier avait déjà annoncé 60 milliards d’économies sur le budget 2025 répartis entre 20 milliards de recettes via impôts sur les plus fortunés, et 40 milliards économisés via nos dépenses. Et alors que cette proposition représente déjà près de 10 % du budget annuel de l’État, Gabriel Attal et Gérald Darmanin ressortent les vieilles recettes pour convaincre l’actuel locataire de ne pas augmenter l’impôt des plus riches.

Sur le même sujet : Devant l’Assemblée, Michel Barnier continue le macronisme avec la confiance du RN

S’il fallait vous convaincre que Gabriel Attal – qu’on dit venir de la gauche – n’a jamais été de gauche, voilà une preuve supplémentaire. C’est dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy en 2007 que le député des Hauts-de-Seine a trouvé l’inspiration : fin définitive des 35 heures, réforme du statut des fonctionnaires, suppression d’un jour férié, réforme de l’assurance chômage. Voilà pour les généreuses propositions d’Attal.

Les Républicains en rêvaient, les macronistes l’imposent.

Pour Darmanin, les Français ne travaillent pas assez et il encourage à tout faire pour qu’ils « travaillent plus ». Comme un air de déjà entendu : « travailler plus pour gagner plus ». Du Sarkozy dans le texte. Il propose aussi de mettre en place un deuxième jour de carence pour les arrêts maladie dans la fonction publique. Les Républicains en rêvaient, Laurent Wauquiez en tête – avec son pacte législatif –, les macronistes l’imposent.

Chez les députés LR, on goûte peu les propositions de Michel Barnier sur les hausses d’impôts des ménages et des entreprises les plus fortunés. Et chez les députés macronistes, on goûte peu les propositions d’Attal et de Darmanin. Plus personne ne sait où il habite. Tout semble n’être que posture. Et chacun entend jouer sa partition pour l’après. Mais quel après ? À quoi peut-il ressembler ? Nul n’en sait rien. 

Sur le même sujet : Impôts : malgré l’échec du ruissellement, les macronistes figés dans la pensée unique

Il y a fort à parier que le budget 2025 n’obtiendra pas de majorité au Parlement. Et que s’ensuivra une nouvelle motion de censure. Qui prendra la responsabilité de s’être opposé (ou abstenu) au budget 2025 – jusque dans les rangs de cette minorité relative comme on vient de le voir – et qui prendra la responsabilité de laisser ce gouvernement œuvrer en ne votant pas la censure ? Darmanin et Attal prendront-ils le risque de faire tomber Barnier comme ils en laissent planer le doute ? Esbroufe !

Les macronistes feront ce qu’ils ont toujours su faire : mener les politiques de droite.

En réalité, dans ce moment précis du vote du budget – qui détermine qui est dans l’opposition et qui est dans la majorité –, il n’y a bien que la gauche qui tient sur ses deux jambes. Le reste n’est qu’opposition en carton-pâte. Les macronistes feront ce qu’ils ont toujours su faire : mener les politiques de droite et accompagner la vertigineuse cure d’austérité ici proposée.

Quant au Rassemblement national, qui ne veut pas ajouter du désordre au chaos en s’associant aux voix de la gauche pour censurer le gouvernement – et comme pour mieux se crédibiliser croit-il –, il se rend complice d’une politique qui, en rabotant les dépenses sur les services publics, affectera les plus fragiles, ces catégories populaires qu’il prétend défendre.

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Parti pris

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