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Par Sébastien Fontenelle - 17 janvier 2012

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Un certain Patrick Jarreau nous rappelle aujourd’hui dans Le Monde, après que la France s’est vu retirer son AAA, que « M. Hollande » a récemment indiqué « que s’il est élu » en mai prochain, « les premiers mois » de son quinquennat « seront consacrés au redressement » et au « rétablissement des comptes publics ».

Tout de suite après : Patrick Jarreau ajoute que ce redressement et ce rétablissement sont ce « à quoi M.Sarkozy s’emploie depuis qu’il a fait passer la réforme des retraites (...) et accepté les plans de rigueur d’août et de novembre 2011 ».

Par ces mots, Patrick Jarreau nous adresse un double message.

D’une part : Patrick Jarreau nous signifie que la politique menée par M. Hollande, relativement aux comptes publics, ne différerait au fond que très peu, si M. Hollande était élu en 2012, de la politique menée par M. Sarkozy depuis que M. Sarkozy a été élu en 2007 - puisque l’un et l’autre ont comme préoccupation première d’oeuvrer au redressement et au rétablissement de ces comptes.

Et cela est, au demeurant, parfaitement exact - puisqu’en effet, tout indique que M. Hollande fera, s’il est élu (et de même que font toujours les gens de son parti quand les gens de son parti arrivent aux affaires), comme la droite (et peut-être pis qu’elle, à la Jospin).

D’autre part - et c’est le plus important : Patrick Jarreau nous notifie que la réforme des retraites était nécessaire au redressement des comptes publics, cependant que les plans de rigueur d’août et novembre 2011 étaient quant à eux indispensables à leur rétablissement.

Au reste - et pour le cas, sans doute, où nous n’aurions pas complètement compris que nous avions tout lieu de nous féliciter de cette réforme et de ces plans (et qu’il ne messiérait donc point que nous remerciions M. Sarkozy d’avoir fait passer l’une, puis accepté les autres) : Patrick Jarreau, poursuivant une démonstration qui devrait durablement marquer l’histoire du journalisme émancipé, nous répète que « le président » Sarkozy, en réformant (tôt) les « retraites » et en avalisant (plus récemment) l’instauration de « la TVA sociale », a fait la preuve qu’il avait compris qu’à trop éviter « la rigueur », il aurait « mené le pays dans le fossé » [4].

Adoncques, c’est assez nettement énoncé (suivant le modèle qui peut aussi faire dire que l’esclavage, c’est la liberté) : la réforme (des retraites), c’est le redressement (des comptes publics).

La rigueur, c’est le rétablissement.

S’en déduit, tu l’auras compris, que la mauvaise volonté dont nous faisons preuve quand nous protestons contre la réforme des retraites ou quand nous suggérons que la rigueur n’est pas nécessairement la fatalité que disent MM. Hollande et Sarkozy [5] témoigne qu’en vérité nous ne souhaitons rien tant que de nous précipiter dans le fossé, tristes sot(te)s bolchevisé(e)s que nous sommes.

Et d’ailleurs - et pour mieux soigner cette pulsion : Le Monde nous suggère aussi, dans son édition d’aujourd’hui, et par le biais d’un article sis non loin (du tout) de celui de Patrick Jarreau, de méditer (à la fin de nous en inspirer) la médication (un rien amère, mais tellement performante) qui « a permis aux Danois de retrouver le AAA ».

Ce procédé - cela vaut ici d’être rappelé - n’a rien de neuf : c’est (au contraire) de (très) longue date, que la presse dominante nous vend, comme autant de panacées, et en garantissant à chaque fois qu’ils nous soigneront de nos pathologies collectivistes, des élixirs scandinaves dont (toujours) elle néglige de mentionner les effets secondaires.

C’est ainsi, par exemple, que la réforme des retraites, dans sa déclinaison finnoise, nous fut naguère présentée par Le Monde comme un modèle du genre - nonobstant qu’elle induisait (bien sûr) de travailler (beaucoup) plus pour gagner (beaucoup) moins.

Et cette fois-ci, donc : Le Monde nous fait visiter le « programme d’assainissement » [6] qui a sorti le Danemark de l’ornière où l’avait jeté sa dépenserie.

L’application de ce programme était, il va de soi, nécessaire et urgente, explique Le Monde, car les Danoi(se)se vivaient (comme font ces jours-ci les Françai(se)s) « à crédit », plombé(e)s par « la dette publique ».

Et certes, il fut, sur les pauvres, d’un assez triste effet : « Le nombre de chômeurs passa de 220.000 à 360.000 (...) tandis que 60.000 familles perdaient leur logement, (...) de nombreux programmes sociaux furent réduits », et « les mesures de soutien aux chômeurs (...) furent freinées ».

Ce fut en somme, pour celles et ceux qui n’avaient rien, l’enfer...

...Durant que les nanti(e)s, de leur côté, s’en sortaient plutôt mieux : merci de vous en soucier, mon brave, mais, non, nous n’avons pas du tout perdu notre masure, ni renoncé à nos dividendes - pourquoi ?

Surtout, cette « cure de patates », comme on l’appela joliment à Copenhague, « conduisit aussi », raconte Le Monde, « à l’introduction, en 1992, d’une sorte de “TVA sociale“ », assez comparable à celle que nous prépare aujourd’hui M. Sarkozy, où « la TVA passa de 22% à 25% ».

Puis enfin - et pour mieux hâter la guérison du pays : « Lorsque la gauche arriva au pouvoir, en 1993 », elle « entama une vague de privatisations et de dérégulations » (qui le sortirent (enfin) de la gangue soviétoïde de l’antique « modèle danois »).

Moyennant quoi : il s’est récemment trouvé, dans l’indigénat local, quelques jaloux « de droite » pour pronostiquer « qu’en cas de victoire de la gauche » aux élections de 2011, « le Danemark risquait de perdre son triple A ».

Mais, s’extasie Le Monde : « Il n’en a rien été. »

Puisqu’en effet : « la gauche » avait su de bonne heure procéder aux impérieuses dérégulations et privatisations qui, s’ajoutant à la non moins inévitable TVA sociale que la droite (merci M. Sarkozy) avait eu l’exquis goût d’instaurer, ont finalement permis aux Danois de retrouver l’AAA.

Tu comprends ce qu’on te dit, M. Hollande ?

Ou s’il faut qu’on répète ?

Notes

[1] Ne ris pas, je te prie : c’est vraiment ce que Patrick Jarreau écrit - et Le Monde nous précise, pour si qu’on aurait cru que c’était une blague, que ces considérations font un papier d’« analyse ».

[2] Et qu’une possible solution, pour les redressement & rétablissement de nos comptes publics, serait de reprendre aux riches le gros pognon dont les partis de MM. Hollande et Sarkozy les ont depuis trente ans gavé(e)s.

[3] Ce mot désigne ici, d’après mon vieux dico, un « rétablissement de l’équilibre des finances publiques » : nous sommes donc bien, avec ce nouveau papier, dans la continuation de l’éblouissante dissertation de Patrick Jarreau.

[4] Ne ris pas, je te prie : c’est vraiment ce que Patrick Jarreau écrit - et Le Monde nous précise, pour si qu’on aurait cru que c’était une blague, que ces considérations font un papier d’« analyse ».

[5] Et qu’une possible solution, pour les redressement & rétablissement de nos comptes publics, serait de reprendre aux riches le gros pognon dont les partis de MM. Hollande et Sarkozy les ont depuis trente ans gavé(e)s.

[6] Ce mot désigne ici, d’après mon vieux dico, un « rétablissement de l’équilibre des finances publiques » : nous sommes donc bien, avec ce nouveau papier, dans la continuation de l’éblouissante dissertation de Patrick Jarreau.

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