La chaîne franco-allemande où nos impôts financent (depuis de longs ans) le mardi (en prime time) la divulgation des avis sur la vie du producteur Daniel Leconte a (encore) été, hier, le support d’un foutage de gueule de catégorie 9, sous la forme, cette fois-ci, d’un reportage, réalisé par Denis Jeambar et produit par ledit Leconte, où « huit journalistes en colère » allaient, nous annonçait-on, s’inquiéter publiquement « d’un journalisme qui va mal, mettant en danger la démocratie ».
En fait de journalistes : ils s’agissait de huit hautes figures de l’éditocratie - de sorte que leur exhibition en critiques des médias était moins crédible encore, et c’est pas peu dire, qu’eut été celle de Frédéric Lefèbvre en contempteur de l’UMP.
Parmi ces huit sauveurs de la démocratie trônait (comme souvent lorsque la menace un terrible danger) Philippe Val, big boss de France Inter (après avoir été longtemps celui de Charlie Hebdo) [1].
Et donc, le reportage de Jeambar proclamait que Val, en publiant naguère, dans Charlie Hebdo, les caricatures de Mahomet, s’était, je cite, « gagné le droit de se méfier de tous les conformismes ».
Genre : la publication de crobards islamophobes relevait d’un formidable anticonformisme, dans une époque où le moindre (sous-)éditocrate passe de larges pans de son temps à excréter que non, bien sûr, il n’aime pas tellement les mahométan(e)s (et que ça serait bien qu’on puisse enfin librement dire qu’on n’aime pas tellement les mahométan(e)s).
Genre : nul ne fut plus iconoclaste que Val procédant à la publication d’une caricature de Mahomet avec une bombe dans son turban, juste après la publication du pamphlet raciste où une psychopathe ritale, non moins courageuse, avait gerbé, pâmant la cléricature dominante, que« d’une manière ou d’une autre, les imams » étaient « les guides spirituels du terrorisme ».
Genre : quand l’éditocratie entière dit une chose, tu avoueras qu’il faut quand même des couilles d’un format de pastèque pour oser dire la même chose.
Probablement ravi d’être ainsi introduit en phare de l’insubordination quand il est en réalité un modèle d’obéissance à l’air du temps, Val, très à l’aise, a pu tranquillement déplorer que « la tentation », dans le-journalisme-qui-va-mal, soit, hélas, « grande, de faire primer la thèse sur les faits », mâme Dupont, et qu’on ne puisse même plus discuter de « l’Amérique », ou d’Israël et de la Palestine - merde alors, y a plus aucun débat possible, mâme Dupont.
Dans la vraie vie, naturellement : Val vient de passer dix looooongues années à sauter à pieds joints sur les faits, pour mieux soutenir, à grands coups de forgeries & calomnies, et à longueur d’éditoriaux et de chroniques, la thèse générale que les gens qui ne pensent pas comme lui et Jeambar et Leconte sont des nazis.
Dix ans, à raire que « l’opinion française est travaillée par une sorte de racisme anti-américain » [2], que « l’antisionisme est le faux nez de l’antisémitisme » [3], que « le mot d’antisionisme correspond à cette autre étrangeté à gauche, laquelle est une vieille histoire pour l’extrême droite : l’anti-américanisme » [4] - dix ans, pour le dire autrement, à remplacer la discussion, dès lors qu’elle portait sur l’Amérique ou sur tout autre sujet lui inspirant de la pontifiance, par un lancer permanent d’insultes et d’imputations dégueulasses.
Que d’aucuns osent aujourd’hui nous vendre ce mec-là en héros du journalisme que marrit qu’on ne puisse plus discuter relève, dans le meilleur des cas, et comme je te disais au début, d’un foutage de gueule d’un niveau rarement atteint, fût-ce au même endroit - mais je suppose que tu l’as compris : Arte, hier soir, ne pouvait pas sauver à la fois la démocratie, le journalisme et la décence.
PS : Tu liras ceci, aussi, je te prie.