Renaud Camus est ce raffiné gars, tu sais, qui a volte se laisse aller à compter si des fois y aurait pas trop de Juifs, mâme Dupont, à l’antenne de France Culture - et qui, éventuellement, trouve que si, justement, y a trop de Juifs, et que, plus précisément, « les collaborateurs juifs [1] du "Panorama" de France Culture exagèrent un peu tout de même : (...) ils sont à peu près quatre sur cinq à chaque émission, ou quatre sur six ou cinq sur sept, ce qui, sur poste national ou presque officiel, constitue une nette surreprésentation d’un groupe ethnique ou religieux donné » .
Quand Renaud Camus compte ainsi des Juifs, « groupe ethnique ou religieux » , il reçoit le renfort d’Alain Finkielkraut (AF), qui, pour ce qui le concerne (chacun son boulier), affectionne plutôt de compter si des fois y aurait pas trop de Noirs, dans l’équipe de France de football, mâme Dupont - et qui, voyez-vous ça, trouve que si, justement, y a trop de Noirs dans les Bleus : tellement trop de Noirs que ça fait « ricaner toute l’Europe » .
D’après AF : Renaud Camus, comptant des Juifs, et concluant qu’ils sont trop nombreux [2], « fait le pari dangereux mais légitime de s’interroger, la plume à la main, sur lui-même comme sur le monde, sans précaution ni censure » .
Et ça, n’est-ce pas : c’est foutrement courageux, parce que bon, comme vous savez, mâme Dupont, la libre parole se paie de nos jours d’une exposition aux menaces du « terrorisme de la bien-pensance » , comme dit Jean-François Kahn.
Renaud Camus s’interroge - un peu gravement, comme il sied : tous ces Juifs, tout d’un coup, est-ce que ça fait pas un peu trop ?
(Est-ce qu’il ne faudrait pas qu’on ôte quelques Juifs du « poste national » ?)
Mais, pour autant : Renaud Camus n’est pas du tout antisémite - allons, allons, qu’allais-tu imaginer là ?
Éric Zemmour est, quant à lui, ce gars, tu sais, qui trouve qu’il y a trop d’immigré(e)s, dans notre cher et vieux pays (CEVP).
Tous ces « nouveaux "barbares" » de « l’immigration arabo-africaine » [3] qu’on a dans nos DOP et nos POP [4], et qui poussent même l’effronterie jusqu’à venir aux centres-villes ?
Ça craint du jambon cuit.
Mais, pour autant : Éric Zemmour n’est pas du tout raciste, allons, allons, qu’allais-tu imaginer là ?
Éric Zemmour est un « briseur de tabous » - parce que bon, tu conviendras : faut quand même des cojones de toro, pour oser dire tout haut, sous le règne d’Éric Besson et de Brice Hortefeux, qu’il y a trop d’immigré(e)s dans notre CEVP.
(Le principe général, tu l’auras compris, est qui si tu déplores qu’il y ait trop de Juifs dans certains pans sociaux, t’es pas du tout antisémite, et que si tu déplores qu’il y ait dans certains autres pans trop d’Arabes et de Noirs, t’es pas du tout raciste - mais que si tu déplores qu’on puisse impunément dégueuler tous les deux matins qu’il y a trop de Juifs, ou trop d’Arabes, ou trop de Noirs : t’es un(e) sombre nazi(e) bien-pensiste, façon « Gestapo de la parole, sinon de la pensée » , comme dit aussi Kahn [5].
Pour de plus amples détails sur la construction d’une réalité en trompe-l’oeil : relire 1984.)
Bien évidemment : Renaud Camus, dans un communiqué publié sur son atterrant site, « apporte son appui total et sans réserve à M. Éric Zemmour face aux attaques et aux menaces, aussi bien juridiques que médiatiques [6] dont il fait l’objet de la part de diverses officines de collaboration à la contre-colonisation en cours et au Grand Remplacement à l’oeuvre » .
(La « contre-colonisation » (appelée aussi « Grand Remplacement » ) étant celle, tu l’auras compris, de la France « de race blanche » (comme dit Zemmour, citant Gaulle) par des hordes crépues : endogamy’s not dead.)
Après quoi, observant - le moyen de faire autrement - que l’excrétion des plus infectes saloperies passe, dans l’époque, pour un signe d’insoumission [7], Renaud Camus propose un « concours » à ses fans : « Il faudrait trouver un nom pour la langue obnubilatrice et offuscatoire qui transforme en permanence le réel afin qu’il ne blesse pas la sensibilité à fleur de peau de nos amis antiracististes (celle qui, par exemple, appelle la société arabo-noire "les milieux populaires", les territoires négro-musulmans "les cités" ou les "quartiers", les zones de non-droit les "quartiers sensibles" (une des ses plus touchantes trouvailles) » .
Et quant à moi, j’aime tout spécialement ce « territoires négro-musulmans » : pour ce qu’il nous confirme des supporteurs d’Éric Zemmour.
(NB : Tu liras également ceci, je te prie - sur un site abominablement bien-pensant.)