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Par Christine Tréguier - 6 septembre 2012

Ils nous font bien réguler !

Depuis sa création, Internet est accusé du pire par les tenants de la « régulation ». Un de ses principes fondateurs, l’anonymat, est menacé.

Depuis que le Net existe, il s’est toujours trouvé, parmi nos intellos de service, de tristes oiseaux pour piailler qu’Internet était une zone-de-non-droit-à-mettre-sous-tutelle-au-plus-vite. Trente ans plus tard, Internet va bien, merci. Leurs augures étaient mauvais et le réseau a contribué à produire des richesses – financières et culturelle –, des connaissances, du lien social, du partage, des créations en pagaille, et a même participé à quelques révolutions. Bien sûr, il véhicule aussi ce que les humains portent en eux de racisme, de haine et de barbarie sexuelle, il propage la bêtise, le mensonge et la rumeur, mais ça reste minoritaire. 

Pourtant les détracteurs continuent à l’accuser du pire et à vouloir le réguler.

La semaine passée, Beigbeder a envoyé son Scud dans Sud-Ouest. Cet allergique au smartphone et à Facebook (on ne lui fera pas grief sur ce point) déclare : «  Internet, c’est l’empire de la méchanceté, de la bêtise ; n’importe quel abruti a droit au chapitre. »

De quoi se faire sacrer « empereur de la bêtise » par les abrutis des réseaux sociaux. Et puis ses fans ne lui demandent plus d’autographes, mais posent avec lui sur des photos qu’ils balancent ensuite sur Twitter. Vite, une loi pour suspendre l’accès Internet des fans abrutis ! 

Trois jours plus tard, c’est au tour de Laurent Joffrin dans l’Obs. À l’origine de son éditoriale colère, un texte affirmant que la commission Jospin va coûter 2,4 millions d’euros au contribuable. Et qui nargue la presse, laquelle s’échine à combattre, avec des armes conventionnelles, cette e-rumeur totalement infondée. Très énervé, Joffrin désigne le fautif : In-ter-net et le mail, vous dis-je ! Parce que «  le vide juridique qui préside au fonctionnement de la Toile [détruit] les réputations, accrédit[e] les visions les plus complotistes de l’Histoire...  » «  Parce qu’il est très difficile d’engager des poursuites en diffamation contre un texte anonyme, parce que ceux qui le font circuler n’encourent aucune sanction. » L’a-no-ny-mat, vous dis-je ! Et aussi parce que le public (abruti ?) préfère la désinfo à la bonne info des pros. La solution, si on le lit bien, serait donc de faire la chasse aux corbeaux anonymes. Ce qui, si on connaît un tant soit peu le fonctionnement du Net, reviendrait à identifier et tracer tout le monde. Vite, une Hadopi généralisée à tous les échanges en quelque sorte. 

Une solution à la chinoise, qui est, dans le cas présent, totalement inutile. Un bon journaliste comme Joffrin devrait le savoir. Le brûlot en question, signé Athena, est endossé par le site lagauchematuer, e-laboratoire de droite spécialisé dans la (dés)information sur la gauche (Express du 2 aout). Son porte-parole, Mike Borowski, est un « jeune Pop » connu pour ses coups médiatiques tendancieux (c’est le Figaro qui le dit). 

Joffrin aurait été plus avisé de dénoncer la dérive de la com’ politique virale et de s’intéresser aux moyens de combattre la e-rumeur, en mettant de son côté ces (abrutis ?) d’internautes amateurs de complots. Rappelons aussi que le droit français sanctionne d’abord les auteurs d’une diffamation – en presse ou assimilé, l’auteur et le directeur de publication – et pas «  ceux qui la font circuler » au sens large. À l’heure où on évoque la création d’une instance de contrôle mariant Hadopi, CSA et Arcep, faut pas réguler sur ces sujets. 

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