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Par Sébastien Fontenelle - 16 mars 2012

En Finir Avec Christophe Barbier ?

1) Au mois de septembre 2010, l’hebdomadaire L’Express s’offusque, sur neuf pages, du niveau de « la haine » que « suscite » (d’après les contributeurs de cette longue doléance) le chef de l’État français, et dans laquelle se voient (expliquent-ils) « les excès de l’antisarkozysme ».

Par coïncidence : cette publication intervient juste après que le chef de l’État français vient lui-même de narrer que « le niveau de la haine » qu’il prétend susciter « le met mal à l’aise » [7].

Pour introduire ce lamento [8], Christophe Barbier, directeur de L’Express, se fend de l’une des leçons écrites de maintien qu’il aime dispenser vers ses contemporain(e)s.

Très remonté, il dresse d’abord, dans cette édifiante rédaction, le constat que « la vague de haine qui s’abat sur » (le pauvre) Sarkozy a « brisé toutes les digues de la bienséance, du respect, et, plus grave, de la raison » [9].

Et ça, d’après Christophe Barbier, c’est « un phénomène inquiétant, parce qu’il menace bien plus que le sort du président » Sarkozy [10], « et met en péril notre contrat républicain, cet accord tacite qui permet aux citoyens de s’opposer sans s’insulter ».

Bien évidemment : Christophe Barbier reconnaît, en irréprochable démocrate, que « la politique inspirée et incarnée » par le chef de l’État français doit des fois être critiquée, et qu’elle peut même faire l’objet d’« attaques » (éventuellement « virulentes »).

Mais il n’admet pas (du tout), en revanche, « le recours à l’injure stérile, à la surenchère d’invectives et au raccourci historique vers les années noires » dont trop de Françai(se)s accablent selon lui Sarkozy.

Et il promet, pour finir, dans une envolée que personne ne peut relire sans être jusqu’en son tréfonds bouleversé par tant d’intégrité, que « L’Express ne suivra pas cette voie et ne trempera ses flèches - nombreuses - ni dans le venin du ressentiment ni dans le fiel de l’idéologie », et que L’Express se défiera en tout temps et toute circonstance « de l’attaque ad hominem, cette peste du jugement », et que les journalistes de L’Express seront, eux, « sourcilleux, toujours », mais « haineux, jamais » [11]

(Sous-entendu : parce que nous, à L’Express, on n’est pas comme ça.

On est un peu mieux éduqué(e)s que ça, nous.

À L’Express.)

2) Et maintenant : ouvrons le dernier numéro de L’Express, paru avant-hier, et allons directement à la page 11.

Qu’y trouvons-nous-ce-t-il ?

Nous y trouvons « l’éditorial de Christophe Barbier » de la semaine, tout entier consacré à Jean-Luc Mélenchon - que le dessinateur Jean Plantureux a naguère affublé, dans L’Express, d’un brassard où d’aucun(e)s, pétri(e)s de mauvaise foi, ont à ce moment-là prétendu voir une ressemblance avec ceux des nazis, mais qui en réalité n’évoquait rien de tel, car, nous le savons : jamais Christophe Barbier, qui a le « respect » et la « bienséance » (et la « raison ») étroitement chevillés à la déontologie, n’aurait laissé publier un dessin qui aurait emprunté « un raccourci historique vers les années noires », puisque ce sont des méthodes qu’il abhorre.

Le (sobre) titre de cet ÉDLS de Christophe Barbier est : « Pour en finir avec Jean-Luc Mélenchon ».

Mais bien sûr, il serait abusif (et pour tout dire malhonnête) de considérer qu’il s’agit d’une « attaque ad hominem, cette peste du jugement », puisque, nous le savons : jamais Christophe Barbier, qui a le « respect » et la « bienséance » (et la « raison ») étroitement chevillés à la déontologie, ne s’abaisserait à user de si répugnantes méthodes.

De même, quand, toujours dans son ÉDLS, Christophe Barbier caricature Jean-Luc Mélenchon en « trotsko-marxo-protecto-nationaliste » [12] ?

Et quand il écrit que Jean-Luc Mélenchon a des « idées courtes » ?

Et quand il ajoute que Jean-Luc Mélenchon est pour moitié un « guignol » ?

Et quand il rajoute que Jean-Luc Mélenchon a des fois (quand il « aboie ») des airs de « pitbull » ?

Ces considérations peuvent, c’est vrai, donner dans un premier temps l’impression de faire une excrétion un rien haineuse, dans laquelle entreraient, en parts égales, « le venin du ressentiment », le « fiel de l’idéologie » (dominante), et (de nouveau) « l’attaque ad hominem, cette peste du jugement ».

Sauf que : nous savons que Christophe Barbier ne mange pas de ces moisis pains-là - et qu’il s’oblige, quant à lui, à ne jamais rien formuler qui ne soit dit sous le triple sceau du « respect », de la « bienséance », et de la « raison ».

De sorte que nous devons (objectivement) regarder l’ÉDLS de Christophe Barbier comme l’expression (retenue) de sentiments distingués - et ne surtout pas le confondre avec les haineux libelles où de moins convenablement éduqués commentateurs se livrent, toute dignité bue, à des « excès de l’antisarkozysme ».

Car en somme : quand Sarkozy fait l’objet de critiques trop virulentes, c’est le signe évident qu’il y a quelque chose de cassé dans le « contrat républicain ».

Mais quand Christophe Barbier dégueule sur Mélenchon et le compare avec un chien : c’est follement républicano-contractuel.

3) Je te prie de l’apprendre par coeur, et de te le réciter le matin - car sinon, tu en viendrais vite à te demander si le taulier de L’Express ne se foutrait pas très fort de nos gueules, et s’il ne faudrait pas en finir un peu vite, avec Tartuffe.

Notes

[1] Par hasard, donc (j’y insiste un peu, car ces télescopages sont finalement assez rares) : L’Express a décidé là de confectionner, juste après que le chef de l’État français vient de se plaindre que les gens étaient avec lui trop méchants, un dense dossier qui dit la même chose.

[2] Où d’impartiaux témoins, comme Franck Louvrier, « conseiller en communication du président », expliquent par exemple, sans rire (et sans qu’à aucun moment leurs interlocuteurs de L’Express ne leur suggèrent de se désencrasser la pudeur), que « quand on dit de Nicolas Sarkozy qu’il est proche des riches, cela réveille chez certains des relents d’antisémitisme »...

[3] Qui sont des matières où le big boss de L’Express excelle, quant à lui, puisque c’est toujours très respectueusement, et sous le contrôle de la raison, qu’il redit (par exemple) tous les deux mois (environ) que les musulman(e)s sont tout de même d’inquiétant(e)s personnes, ou que les fonctionnaires sont d’une adiposité qu’il faudrait vitement dégraisser.

[4] Que Christophe Barbier n’hait point du tout, quant à lui.

[5] C’est si beau que j’ai de la larme qui me monte à l’oeil, pis que si je pelais de l’oignon.

[6] Et non en national-socialiste, car cela serait un raccourci historique indigne vers les années noires.

[7] Par hasard, donc (j’y insiste un peu, car ces télescopages sont finalement assez rares) : L’Express a décidé là de confectionner, juste après que le chef de l’État français vient de se plaindre que les gens étaient avec lui trop méchants, un dense dossier qui dit la même chose.

[8] Où d’impartiaux témoins, comme Franck Louvrier, « conseiller en communication du président », expliquent par exemple, sans rire (et sans qu’à aucun moment leurs interlocuteurs de L’Express ne leur suggèrent de se désencrasser la pudeur), que « quand on dit de Nicolas Sarkozy qu’il est proche des riches, cela réveille chez certains des relents d’antisémitisme »...

[9] Qui sont des matières où le big boss de L’Express excelle, quant à lui, puisque c’est toujours très respectueusement, et sous le contrôle de la raison, qu’il redit (par exemple) tous les deux mois (environ) que les musulman(e)s sont tout de même d’inquiétant(e)s personnes, ou que les fonctionnaires sont d’une adiposité qu’il faudrait vitement dégraisser.

[10] Que Christophe Barbier n’hait point du tout, quant à lui.

[11] C’est si beau que j’ai de la larme qui me monte à l’oeil, pis que si je pelais de l’oignon.

[12] Et non en national-socialiste, car cela serait un raccourci historique indigne vers les années noires.

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