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Par Sébastien Fontenelle - 9 février 2012

Est-Ce Que L’Éditocratie Ne Pourrait Pas Dédiaboliser (Aussi) Mélenchon ?

Feu Иосиф Виссарионович Джугашвили l’avait tôt saisi : rien ne vaut, pour mater la dissidence, un bon gros procès en extrême droitisation, du style, Igor trouve qu’on a des trous dans le Госплан, mais ce n’est pas du tout étonnant, car Igor est un hitléro-trotskiste, maudit soit ce chien d’Igor, qu’on l’empare, qu’on le loubianque, qu’on le marque du sceau de l’infamie nazie, et qu’on n’en parle plus - non mais sans déconner, pour qui se prend ce tout petit mec ?

Et en effet : la mémoire de cette (un peu) rude mais (si) performante philosophie du débat public aurait pu se perdre il y a vingt ans - c’eût été dommage - dans les décombres de l’empire soviétique.

Mais grâce à Dieu, quelques dévoués bénévoles continuent, dans la France des années 2000, de l’entretenir quotidiennement (avec une abnégation qui force le respect), en exerçant contre quiconque s’oppose à la doctrine dominante le même type de chantage que naguère Иосиф Виссарионович Джугашвили contre Igor - et leur parole pèse dans l’époque d’un poids relativement conséquent, car ils contrôlent la (presque) totalité de l’appareil médiatique : nous parlons ici, tu l’auras deviné, des éditocrates, et de l’application qu’ils mettent à disqualifier l’insubordination par des amalgames & imputations parfaitement dégueulasses, et par la forgerie d’une réalité Potemkine où la gauche de gauche devient par exemple - miracle de la calomnie - un succédané du Front National, cependant que la droite régimaire reste sauve du constat explicite de sa pénisation.

Ainsi, et pour avoir commis l’impardonnable crime de suggérer un peu nettement que le libéralisme n’est pas l’universelle panacée que disent depuis trente ans Laurent Imbert et Claude Joffrin (à moins que ce ne soit l’inverse) et que « les inégalités » ne sont pas forcément si « acceptables », par temps calme, que ne l’a encore tout récemment soutenu un fanatique prédicateur mondique : Jean-Luc Mélenchon doit tous les jours ou presque endurer, depuis un an, que la presse dominante lui déverse sur le sommet du crâne des tombereaux de guano, par la répétition délirante qu’il serait une espèce de clone de la Pen [7].

Ç’a commencé, rappelle-toi, par la publication, dans l’hebdomadaire L’Express (où le taulier recuit semaine après semaine sa férocité antisociale), d’une « caricature » jenfrançoisreveliste de Jean Plantureux (qui fait encore, dit-on, rire cinq ou six pensionnaires d’une maison de retraite des Yvelines [8]) où Méluche et la dédiabolisée étaient affublés d’un même évocateur brassard, comme d’un signe d’égalité : c’était infect, mais qu’arriva-t-il ?

Il arriva que l’éditocratie, (très) loin de s’offusquer, considéra plutôt que tant de saloperie dans si peu d’espace méritait qu’elle s’en inspirât - et n’eut dès lors de cesse que de la reproduire, et de réciter (ou de simplement laisser entendre, par l’un des cauteleux procédés où se reconnaît sa dignité) toutes les semaines que Mélenchon et la Pen marchaient d’un même « populisme ».

Depuis lors : quand Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) demande au réputé « politologue » Dominique Reynié [9] si des fois « Jean-Luc Mélenchon est-il populiste », Dominique Reynié (qu’on voit ci-dessous dans la proximité d’une touriste zineelabidinebenalio-compatible) répond au Journal du Dimanche qu’oui, Jean-Luc Mélenchon est « populiste » - et que d’ailleurs « le titre de son » dernier « livre pourrait être le titre d’un livre de Marine Le Pen » [10].

Depuis lors : Claude Imbert ne manque jamais une occasion de rappeler, dans Le Point (groupe PPR), que « Le Pen et Mélenchon », toujours mis dans le même sac, « ferraillent contre des moulins à vent ».

Et ainsi de suite, ad nauseam - jusqu’à l’apothéose de la une du Monde d’hier, où se voit (distinctement) toute une longue tradition de soutenue déontologie...

Dans la vraie vie, bien sûr : rien ne documente cet amalgame, devenu dans la presse qui ment aussi coutumier que la psalmodiation qu’il est temps de réduire la dépense publique.

Dans la vraie vie, tout sépare Mélenchon et la Pen, dont les « programmes » sont « radicalement opposés » : c’est... Le Monde qui le constate (en même temps, donc, que Le Monde hisse en une un gros titre bien sale qui suggère (très fort) exactement le contraire [11]), et qui précise qu’« il n’y a que la candidate frontiste pour teindre son programme de mesures ultra-sécuritaires et de préférence nationale » dont on chercherait en vain la trace dans celui du candidat du Front de Gauche.

Dans la vraie vie, par contre, il est relativement facile - j’entends par là que même un(e) enfant de trois ans peut très facilement le faire sans trop se fouler - d’établir que le parti du chef sortant de l’État français (CSDL’ÉF) dispute (âprement) aux pénistes chaque pouce du marigot des haines sociales ou ethniques : la lecture, même rapide, des oeuvres complètes de MM. Guéheux & Hortefant, dont M. Sarkozy aime louanger le bon vieux « bon sens » bien d’cheux nous, montre assez nettement que leur didacticiel est radicalement pompé dans de vieilles rédactions de Bruno Mégret (et qu’il n’y a par conséquent pas (du tout) que la candidate frontiste pour teindre son programme de mesures ultra-sécuritaires et de préférence nationale, comme le prétend Le Monde, puisque cette ambition est celle, aussi, des fins tacticiens de l’UMP [12]).

Mais.

Est-ce que Dominique Reynié, du fond de sa fondation proche de l’UMP, raconte dans Le Journal du Dimanche (ou dans l’une, quelconque, des innombrables publications où il a un rond de serviette) que les saillies de MM. Guéheux et Hortefant sont les mêmes que celles de la Pen ?

Nenni.

Est-ce que Claude Imbert déplore, dans sa prose éditocrateuse, que ces trois-là flattent dans l’opinion des con(ne)s les mêmes basses phobies ?

Nenni.

Est-ce que Le Monde fait à la une des gros titres, pour narrer que Sarkozy (par échansons interposés) et Pen disputent un âpre match des chauvinismes décomplexés ?

Nenni : Le Monde, qui l’a tôt supplié, nonobstant qu’il était (déjà) râpeux dans ses rapports à l’étranger, de « s’arc-bouter sur son programme de réformes », continue plutôt, ces temps-ci, de créditer le CSDL’ÉF qu’il a « eu le courage » de faire avec « pragmatisme » d’admirables réformes - et puis-je vous repasser ma langue aux mêmes endroits, Sire, ou préférez-vous que je vous cire tout de suite les richelieus ?

S’en déduit que si tu es d’une convenable orthodoxie libérale, et fidèle aux préceptes d’harassement des salarié(e)s qu’édicte depuis trente ans l’éditocratie : elle te laissera pourrir aussi la vie des immigré(e)s sans trop s’heurter de tes pulsions pénistes - ce n’est pas non plus comme si elle allait te gâcher le réformisme par des remarques déplacées au fallacieux prétexte que tu préfères ton beau-frère à ton voisin d’Essaouira.

Mais que si, par contre, tu pousses l’effronterie jusqu’à soutenir plus de trente secondes qu’un autre monde serait possible, assurément très différent de celui où s’engraissent les éditocrates - puisque le libéralisme y serait le « problème » principal, en lieu et place de l’immigration : là, oui, mon gars, tu vas manger, espèce d’hyène péno-gauchiste.

P.-S.

Les deux photos qui illustrent cet article sont du camarade Michel Soudais.

Notes

[1] On relèvera, pour mémoire, qu’Olivier Besancenot a bénéficié en son temps des mêmes désintéressées attentions de quelques gros penseurs : quand devint manifeste qu’il ne déplaisait point aux Françai(se)s, Laurent Joffrin se fendit de l’une des analyses qui ont fait sa réputation d’incorruptible intellectuel, et d’où ressortait que « le problème, c’est les trotskistes, y a trop de trotskistes » - puis Renaud Dély, qui est quelque chose comme un sous-Joffrin sans barbiche, édicta, sans autre forme de procès, et sur la foi de son intime conviction, qu’« oui, Besancenot = Le Pen ».

[2] Qui trouvent que « ce monsieur Faizant a décidément un talent fou ».

[3] Chez qui le pointu du commentaire le dispute à l’indépendance de l’esprit, puisqu’il dirige un « groupe de réflexion proche de l’UMP ».

[4] C’est-y point une preuve, ça, mon Arnaud ?

[5] Mais va-t-on se formaliser d’une si minuscule manipulation ?

[6] Mais, passons.

[7] On relèvera, pour mémoire, qu’Olivier Besancenot a bénéficié en son temps des mêmes désintéressées attentions de quelques gros penseurs : quand devint manifeste qu’il ne déplaisait point aux Françai(se)s, Laurent Joffrin se fendit de l’une des analyses qui ont fait sa réputation d’incorruptible intellectuel, et d’où ressortait que « le problème, c’est les trotskistes, y a trop de trotskistes » - puis Renaud Dély, qui est quelque chose comme un sous-Joffrin sans barbiche, édicta, sans autre forme de procès, et sur la foi de son intime conviction, qu’« oui, Besancenot = Le Pen ».

[8] Qui trouvent que « ce monsieur Faizant a décidément un talent fou ».

[9] Chez qui le pointu du commentaire le dispute à l’indépendance de l’esprit, puisqu’il dirige un « groupe de réflexion proche de l’UMP ».

[10] C’est-y point une preuve, ça, mon Arnaud ?

[11] Mais va-t-on se formaliser d’une si minuscule manipulation ?

[12] Mais, passons.

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