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Accueil du site > L’hebdo > Résistances > G20 : « Le Titanic coule, ils déplacent les chaises »

Par Erwan Manac’h - 5 novembre 2011

G20 : « Le Titanic coule, ils déplacent les chaises »

Dans le centre de Cannes, bouclé par des milliers de policiers, le G20 a formulé quelques intentions louables, mais aucune annonce concrète. Reportage.

Les forces de l’ordre quadrillent les routes à des dizaines de kilomètres alentour. À chaque carrefour, des agents de police détrempés guettent des ruelles désertes. Pendant 48 heures, le centre de Cannes s’est muré derrière d’imposantes barricades pour accueillir 19 chefs d’État et la presse du monde entier. Le G20 s’annonçait crucial. Il l’aura surtout été pour son hôte, le candidat Nicolas Sarkozy.

Dans la lumière blafarde du sous-sol du Palais des festivals, 3 500 journalistes pianotent, voutés sur leurs écrans. Les organisateurs aux petits soins leur ont délivré plans, guides pratiques... et un sac plein de cadeaux. Le dernier mot de Nicolas Sarkozy ira d’ailleurs à leur adresse : « C’était tout de même agréable de répondre à vos questions ! »

Des mots qui ne font pas le poids

Après deux jours de rencontres sans voir la lumière du jour, la seule conclusion tangible du sommet est sans doute le soutien réaffirmé au FMI. Un nouveau gage donné au fonds de la dette et des cures d’austérité, que les États avaient réhabilité au lendemain de la crise de 2008. « Le FMI jouera le rôle de rempart contre les crises systémiques », se satisfait ainsi Nicolas Sarkozy lors de la conférence de presse, devant un parterre de journalistes bon public.

Les remèdes alternatifs aux crises financières sont très présents dans les discours. Contre les paradis fiscaux, comme pour la mise en place d’une taxe sur les transactions financières (TTF), Nicolas Sarkozy a revêtu son costume le plus volontariste : « Les pays qui continuent la dissimulation bancaire seront mis au banc de la communauté internationale », lance le président français pour appuyer la présentation d’une liste noire de 11 pays. Reprenant les termes de la confédération internationale Oxfam,, il plaide aussi pour « la taxe Robin des bois », saluant le Brésil, l’Argentine et l’Afrique du Sud qui ont « rejoint le combat de la taxe sur les transactions financières ».

La mélodie est agréable, mais les mesures concrètes sont minces. La liste des paradis fiscaux ne devrait pas bouleverser les équilibres mondiaux : « On a pris les pays sur qui c’est le plus facile de taper », s’amuse Mathilde Dupré, du CCFD-Terre Solidaire, dans un rire nerveux. La Suisse et le Liechtenstein ont été placés en zone grise, c’est une bonne chose, mais après trois ans de mobilisation contre les paradis fiscaux, nous n’avons récupéré que 3 % des recettes » potentielles que représente l’évasion fiscale. Quant à la taxe sur les transactions financières, aucun agenda n’a été arrêté, remisant le dossier sur le bureau de l’Europe et, pour Nicolas Sarkozy, après 2012.

Sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, une question que la présidence française a ajouté à l’agenda du G20, l’organisation Peuples solidaires se dit déçue par les annonces. Les réserves d’urgences que le G20 entend encourager sont jugées favorablement mais, pour l’ONG, il aurait fallu d’urgence « soutenir des réserves de régulation [permanentes], qui préviennent la volatilité des prix » en achetant lorsqu’ils sont trop bas et en vendant lorsqu’une crise alimentaire menace. Quid également des soutiens publics aux agrocarburants, que l’organisation voudrait voir stopper au service d’une baisse des prix alimentaire ? « L’emballage cadeau est beau, concède Isabelle Brachet de Peuples solidaires, mais le système n’est pas remis en question. »

« Il n’y a aucune vision de long terme, analyse Jean-Jacques Mbelle Abega, chargé de plaidoyer pour la Fondation conseil jeune, qui regroupe la société civile camerounaise. Aujourd’hui, ils n’ont fait que colmater les brèches d’un système qui fuit de partout. Comme le disait une personne que j’ai rencontrée, "pendant que le Titanic coule, ils essaient de déplacer les chaises" ».

« Plaidoyer » dans les couloirs du sommet

Perdus dans l’anonymat de l’immense salle de presse, 105 représentants d’organisations humanitaires ont pris place aux côtés des journalistes pour tenter de s’immiscer dans leurs analyses. Aidés par la présidence française du G20, ces têtes grises, professionnels du « plaidoyer », tentent d’exister dans l’atmosphère rigide des sommets de chefs d’État. Une réunion avec Nicolas Sarkozy a même été organisée mercredi avant l’ouverture du sommet avec des représentants du CCFD, de Médecins du monde, Act Up, Aides, Peuples solidaires...

Dans la lourdeur du sous-sol du Palais des festivals, les représentants des ONG, peu surpris par la mollesse des annonces, restent sur un sentiment partagé. « Ce sont des mots mais pour nous cela est important, car les choses avancent doucement, explique Luc Lampière, directeur d’Oxfam France, venue plaider avec Coalition + et Aides au nom des 500 000 signataires en faveur de la taxation de la finance. « Nous allons essayer de prendre Sarkozy au mot », espère-t-il. Avant d’annoncer pour les semaines à venir une nouvelle bataille pour tenter de faire adopter au budget 2012 un amendement Borloo pour une taxe sur les transactions financières.

« Le premier objectif pour un plaidoyer, c’est que le sujet soit à l’agenda, tente de se rassurer Mathilde Dupré, fatiguée par un enchainement marathon entre le « Forum des peuples », mardi et mercredi, et le Palais des festivals pour le G20 officiel. Je ne veux pas paraître pessimiste. »

Nota Bene :

Photo des chefs d’Etat : SATORU SENBA / POOL / AFP
Photo salle de presse : Erwan Manac’h

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Commentaires de forum
  • Comment peut-on encore croire aux annonces du G20 ?

    Comment peut-on encore croire aux effets d’annonce des chefs d’états et de gouvernements lorsqu’ils annoncent vouloir se battre contre la finance folle, les bonus des traders ou les paradis fiscaux, comment les croire lorsqu’ils disent vouloir mettre en place une taxe sur les transactions financières, ALORS QUE TOUT A DEJA ETE EVOQUE ET PROMIS EN 2008 ? ALORS QU’EN 2008 DEJA ? CES SOLUTIONS ETAIENT PRESENTEES COMME URGENTES, IMPERATIVES ET NON DISCUTABLES ?

    Sarkozy est bien plus autoritaire lorsqu’il s’agit d’imposer un plan d’austérité aux Grecs en méprisant leur volonté souveraine et leur faculté à s’autodéterminer, que lorsqu’il s’agit d’imposer aux banques, aux fonds de pension et aux spéculateurs de la finance des règles contraignantes.

    Si les crapules réunies au G20 avaient le moindre crédit, on le saurait. Mais ils font bien partie du problème, pas de la solution. Ce G20 était une mascarade de plus, à mettre au passif de ces élites qui entretiennent un modèle économique fou qui a montré ses limites finales.

    Déprivatisation des banques, cantonnement des activités de spéculation à l’argent privé des investisseurs et interdiction de spéculation sur les matières premières et les devises, taxes internationales sur les mouvements financiers, plafonnement international des rémunérations, revalorisation des organes de contrôle, flexibilisation de l’Euro (cercles concentriques) et primat du politique sur la finance. Faire moins que cela, c’est ne rien faire, encore et toujours.

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  • o. 7 novembre 2011 à 16:35

    un autre dessin pour la route

    http://www.olivox.com/bd/w50/index3.html

    coule.

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