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Par Elodie Corvée - 1er février 2012

Gary Lucas : « Je ne rentre dans aucune catégorie »

Connu pour avoir lancé la carrière de Jeff Buckley, le guitariste Gary Lucas était mercredi soir au New Morning pour lui rendre hommage, quinze ans après sa tragique disparition. Rencontre. 

« Le guitariste aux mille idées  » pour le New York Times, « Le guitariste avant-garde le plus populaire du monde  », pour The Independent, « le légendaire guitariste gaucher » pour le Guardian. Tant de louanges pour un seul homme, Gary Lucas, guitariste psychédélique de génie, l’un des premiers à avoir repéré les talents musicaux d’un certain Jeff Buckley. S’il aime être associé au chanteur américain et à tous les artistes avec lesquels il a collaboré (Captain Beefheart, Lou Reed, Patti Smith, Nick Cave, Iggy Pop…), Gary Lucas est aussi un artiste complet, avec vingt albums solo à son actif. Boulimique de travail, il est sur tous les fronts : festivals, master class, compositions de BO de films et de documentaires et tournée avec son groupe en constante reformation, Gods and Monsters. 

Votre carrière a débuté quand vous aviez 40 ans. Que faisiez-vous avant ?

Gary Lucas : Je travaillais au service communication de CBS Records. J’écrivais des annonces publicitaires pour Michael Jackson, Bruce Springsteen, The Clash. Je suis sorti de la fac avec un diplôme de littérature sans savoir quoi faire de ma vie. J’ai passé deux ans à Taïwan où j’ai travaillé dans l’import–export avec mon père et mon oncle. Je détestais ça mais j’avais un groupe là-bas. Puis, en revenant, une amie qui avait un poste haut placé chez CBS a passé un coup de fil pour moi. Un peu plus tard, j’avais un entretien.

Je suis resté là-bas treize ans. Ils ont vu que je me débrouillais bien, alors ils m’ont laissé dans mon coin. Je me suis senti coincé, sans aucune perspective. Je pense qu’on ne peut travailler toute sa vie dans le business. Avec le temps, j’ai pris de plus en plus confiance. J’étais devenu le guitariste de Captain Beefheart. Pour impressionner une amie, qui, comme par hasard, s’appelait Grace (ndlr : « Grace » est l’une des chansons qu’il a composé pour Jeff Buckley), et qui voulait me voir monter sur scène, j’ai convaincu le patron de la Knitting Factory (ndlr : célèbre club à New York) d’ouvrir ses portes pour nous. J’ai donc décidé de tout arrêter vers 1988, quand j’ai commencé mes premiers concerts et que je ne pouvais plus supporter mon boulot. 

Vous avez dit au New York Times : « J’aime expérimenter différents genres de musique. C’est à la fois une bénédiction et une malédiction ». Pourquoi ?

C’est une bénédiction car cela me permet de continuer à travailler et garder intacte ma passion pour la musique. Et c’est une malédiction car certaines personnes ne savent pas à quoi ressemble ma musique après toutes ces années. Mais je pense que les gens n’écoutent pas la musique avec assez de profondeur. Nous vivons dans un monde où on aime avoir des raccourcis : untel est un guitariste de blues, untel un guitariste de rock. Moi je ne rentre pas facilement dans une catégorie et c’est troublant pour certains. 

Que pensez-vous de l’industrie musicale actuelle ?

Je suis vraiment en dehors de tout ça. Je ne comprends pas toute cette machine publicitaire, pourquoi je n’atteins qu’une faible audience en France alors que je suis populaire au Portugal, en Espagne, en Irlande ou encore en Allemagne.

Quelles sont vos principales influences musicales ?

Stravinsky, Debussy, Bach, Beethoven, Chuck Berry, Jeff Beck, Van Morrison, Pink Floyd… que les classiques. Ma chanson préférée est Satisfaction des Rolling Stones, c’est un peu mon hymne.

Quelles ont été les étapes les plus importantes de votre carrière ?

Mes collaborations avec Captain Beefheart et Jeff Buckley. Ils étaient fantastiques et très talentueux. Je n’ai jamais rencontré de personnes comme ces deux-là. 

Jeff Buckley et Gary Lucas
Jeff Buckley et Gary Lucas

Photo Chris Buck

Comment vous êtes-vous rencontrés avec Jeff Buckley ?

Un jour, en 1991, le téléphone a sonné : « Gary, c’est Hal Willner ». Un vieil ami producteur. « Je veux organiser un concert-hommage à Tim Buckley à St Ann’s Church et je veux que tu viennes jouer et que tu rencontres son fils ». J’adorais Tim Buckley, j’avais acheté ses albums quand j’étais au lycée, mais je ne savais pas qu’il avait un fils. J’étais sur le point de quitter CBS et de signer avec Columbia Records avec mon groupe Gods and Monsters.

Je suis donc allé répéter deux ou trois jours avant le concert. Quand je rangeais mes affaires, un garçon très jeune est venu me voir, et je me suis tout de suite dit : « C’est Jeff Buckley ». Il m’a dit : « Hey, Gary Lucas, j’adore ta musique et ton jeu de guitare, j’ai lu des trucs sur toi dans un magazine de guitares, je veux jouer avec toi ».

Je l’ai invité chez moi, dans le West Village. Il m’a joué une chanson de son père intitulée King’s Chain. Il était génial. Je lui ai dit : « tu es incroyable ». Je lui ai proposé de rejoindre mon groupe et il a accepté. 

Que pensez-vous de toute cette frénésie médiatique autour de lui depuis quatre, cinq ans ?

Je pense que c’est une bonne chose, cela va ramener l’attention sur son travail. Le problème avec les médias, c’est toute la spéculation qu’ils génèrent. Ils supposent beaucoup de choses alors qu’ils ne savent pas tout ce qui s’est passé. 

Un avis sur la prochaine sortie d’un biopic sur Jeff Buckley et d’un autre sur son père ?

J’ai travaillé sur le second. Il est bientôt fini, je vais le voir la semaine prochaine, il sortira peut-être au printemps. J’ai lu le script, je le trouve bon.

Nota Bene :

Photos : Michel Delsol

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