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Par Paul Ariès - 25 juin 2009

« Home », un mauvais jour pour l’écologie

Le film Home de Yann Arthus-Bertrand est un très mauvais coup contre l’écologie politique, c’est-à-dire contre une écologie de rupture avec le capitalisme et tout productivisme. Son auteur est le chantre des mascarades vertes : ex-photographe du Paris-Dakar à l’époque où cette course était le symbole du néocolonialisme (la domination des uns sur les autres et de tous sur la planète), il n’est certes pas crédible en tant qu’individu, mais il aurait cependant pu faire un bon travail, un film pédagogique. Ce n’est pas le cas : si le constat est juste, le diagnostic est faux et les solutions sont mauvaises. Ce film est donc dangereux politiquement. Tout d’abord, la beauté des paysages masque la laideur des thèses, mais aussi la part du non-dit. Cette esthétique est en effet un choix idéologique et politique contestable. C’est celui d’une nature sauvage qui serait polluée par les humains – conception nord-américaine de l’écologie –, où ils apparaissent comme « en trop ». L’écologie européenne est née de la critique de l’aliénation, de l’exigence notamment de conditions de travail et d’existence qui assurent une vie plus belle. Ces paysages splendides n’évoquent rien pour l’immense majorité des humains et ne peuvent donc que renforcer un sentiment d’impuissance et de culpabilité. Il faut être riche pour voir cette nature-là : les pauvres n’y accèdent jamais. Arthus-Bertrand reprend la représentation de Dame nature alors qu’il faudrait justement la combattre. Nous ne devons ni dominer ni être dominés par la nature mais l’accompagner, comme le montrent merveilleusement les laboratoires du futur du jardinier Gilles Clément. Ensuite, Arthus-Bertrand montre que les lois qui valent pour la société seraient ces lois naturelles couplées aux lois économiques, bref tout autre chose que des lois politiques au service des plus petits.

Les films de Jean-Michel Carré (J’ai mal au travail) ou ceux de Marie-Monique Robin (Monsanto) ont fait un autre choix : celui de l’intelligence collective, d’une interpellation qui permette aux spectateurs de (re)devenir des citoyens agissant pour leur émancipation. Arthus-Bertrand évacue la responsabilité du système, celle des logiques économiques et politiques dominantes. Le saccage de la planète serait la faute à pas de chance… Ah, si nous n’avions pas découvert le pétrole ! Ce parti pris esthétique exonère totalement les grandes firmes responsables de l’exploitation et de la domination des humains, mais aussi de la destruction de la planète. Le cas Pinault est exemplaire : première fortune européenne (il finance le film), symbole de ces riches qui saccagent la planète, il est métamorphosé par le réalisateur en superhéros vert, en champion de l’écologie, d’une nouvelle « croissance verte ». Ce film n’ouvre enfin aucune perspective sinon celle de culpabiliser plus encore les pauvres propriétaires de vieux logements, de vieilles voitures, beaucoup moins « écolos » que ceux des riches… Ce film ne nous dit rien sur la nécessité de faire décroître les inégalités pour sauver la planète. Ni sur le fait qu’il faudrait assurer à chacun les moyens de vivre frugalement et dignement, c’est-à-dire partager tout autrement un autre gâteau beaucoup plus comestible socialement et écologiquement. Ce film ne dit pas non plus (et pour cause) qu’il faudrait démanteler les sociétés transnationales responsables de la faillite planétaire, il ne souffle pas un mot des dangers de la techno-science. Il ne dit (surtout) pas qu’il faudrait détruire l’appareil publicitaire responsable de ces modes de vie destructeurs.

Arthus-Bertrand signe un film symbole même de l’impérialisme culturel nouveau, celui du « capitalisme vert » avec son projet d’adapter la planète, les humains et l’écologie aux besoins du productivisme. Ce film recycle tous les poncifs d’une écologie de marché avec le principe des droits à polluer, avec le mécanisme de compensation (je pollue, mais je paie…), à l’instar des vieilles indulgences. Il pollue l’écologie en y important les thèses des écologistes de marché, il participe de cette idéologie qui veut enseigner aux pauvres à se serrer la ceinture. Ne faut-il pas leur faire payer la crise écologique comme ils paient déjà la crise financière ? Ce film lave plus vert le capitalisme et le productivisme : il prépare de mauvais jours.

Nota Bene :

Paul Ariès est politologue, directeur du Sarkophage*.

Le Sarkophage est le journal des gauches antiproductivistes et des écologistes antilibéraux.  Paul Ariès est également l’auteur d’Apprendre à faire le vide (Milan).

Commenter (9)

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Commentaires de forum
  • marc13 25 juin 2009 à 21:23

    Je trouve votre article trop caricatural, trop sarcastique, et au final pas très honnête.
    Certes le financement de Home peut être discuté, la crédibilité de Yann Arthus-Bertrand en fonction de son parcours passé aussi.
    Cela dit, YAB fait le constat dans son film que la terre est malade est qu’il faut agir aujourd’hui. Le message s’arrête là. Il ne propose effectivement pas de solutions aux maux de la planète dans le film, mais est ce lui le mieux placé, en tant que photographe, pour le faire ?
    Et puis, entre autres choses, affirmer que le film n’est pas pédagogique ... ... bref, malgré une bonne ouverture, je trouve votre article très très limite.

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  • aldabra 26 juin 2009 à 16:44

    Home est un film pédagogique. On y apprend beaucoup de choses sur la biologie (le lien qui existe entre toutes les formes de vie, l’existence de grands cycles comme celui du carbone ou de l’eau...), bref des choses qu’une majorité de gens ne savent pas. Le changement climatique ou la crise de biodiversité sont des notions relativement récentes (début des années 1990) qui doivent être expliquées. C’est l’une des ambitions de Home. Car comment demander à des citoyens de se mobiliser ou de voter en connaissance de cause, s’ils ne comprennent pas ce dont il s’agit.

    Avez-vous vu le film ? On en douterais. On y explique que ce sont les pays riches et les riches des pays pauvres qui en exploitant, de la même manière, la nature et les hommes ont pollué et continue de polluer l’atmosphère de tous. On y affirme que les 20 % qui consomment 80 % des ressources de la planète doivent consommer moins. "Consommer moins" n’est-ce pas une périphrase pour la "décroissance". Home demande aux riches de se serrer la ceinture pour permettre aux pauvres de vivre. Voilà des constats et des diagnostiques sur lequel vous pourriez vous appuyez pour développer vos idées politiques et dénoncer le capitalisme. De ce point de vue, Home n’est pas un mauvais jour pour l’écologie, il est un marche-pied.

    Home parle de l’injustice sociale. Regardez ces images du Nigéria où, au premier plan ,on voit des hommes et des femmes pauvres et, au second plan, des réservoirs de pétrole destinés à étancher la soif pour l’or noir des nantis. Ecoutez la voix-off du commentaire appelant à des changements économiques et sociaux profonds car les inégalités ne font que s’accroître . C’est exactement les thèmes que vous développez dans vos articles ou vos conférences.
    Il y a une véritable proximité entre Yann Arthus-Bertrand et Gilles Clément, et vous les opposez gratuitement. Vous dites "nous ne devons ni dominer ni être dominer par la nature mais l’accompagner". C’est exactement ce que Yann Arthus-Bertrand dit et répète dans son film.

    Le film Home dénonce le productivisme quand il décrit l’agriculture industrielle qui aliène les paysans du Nord et affament les paysans du Sud. Je croirais vous entendre.
    Home présente des prémisses qui sont aussi les vôtres.

    Par contre, le film de Yann ne conclut pas mais appelle de manière urgente et collective à conclure. A vous de vous y engouffrer et d’en tirer avantage plutôt que de saper les prémisses de votre propre conclusion.

    Sois vous détestez vos propres idées, sois vous détestez encore plus l’homme Arthus-Bertrand et que cela vous aveugle.

    Merci

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  • Mike 27 juin 2009 à 14:12

    Bonjoour,

    Je n’ai besoin de personne pour savoir ce que je dois penser (ni de Arthus Bertrand, ni de Paul Ariès)
    Cela peut paraître prétencieux, mais la deuxième partie de la phrase est celle-ci : mais j’ai besoin de tous pour construire ma pensée (aussi bien de Paul Ariès que d’Arthus Bertrand )

    Certes, il y a des mascarades vertes, c’est une évidence que nous sommes toujours dans le paradigme de l’économie de marché.
    Pour moi, Arthus Bertrand ne propose rien , mais donne un regard globale sur les choses, et cela me conforte dans l’idée que la pensée doit être globale et systémique, à nous d’en faire notre quotidien.

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  • Un-écolo-de-la-loire 27 juin 2009 à 23:57

    M. Paul Ariès est un vrai "politique". C’est un calcul politique que de fustiger le film Home et son auteur Yann Arthus Bertrand. M. Paul Ariès fait de beaux discours sur la décroissance, la fin de la civilisation de la "bagnole" comme il dit et va de meeting en meeting en bagnole justement, des milliers de km sans se poser la question d’un mode de transport plus approprié et plus politiquement correct dans son cas.
    M. Ariès il faut d’abord être exemplaire pour s’essayer à donner des leçons !

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  • rezonor 28 juin 2009 à 20:19

    Quatre commentaires même pas vraiment stipendiés… (je veux le croire), c’est beaucoup, c’est trop !

    Ariès dit juste ce qu’il convient de dire (à titre conservatoire en somme) mais les hilotes éblouis par la verroterie fourguée par YAB, produite pas LB et financée par P - troublant attelage s’il en est - s’extasient : Oh mais comme c’est pédagogique ! brament-ils en arrondissant leurs lippes d’enfantelets ravis de l’aubaine. "Et puis culotté avec ça ! YAB dénonce - selon la règle des 80/20 qui fleure bon son école de marketing ; que 20 % des "gens" consomme 80% des ressources, Y’a pas… fortiche le mec !" Pas froid aux mirettes le "camé rameur" opinent-ils en battant des menottes.

    Hé Oh ! Réveillez-vous les gars ! Ces poncifs que les instituteurs professent depuis plus de vingt ans en s’appuyant sur les informations de ces brulôts de l’ultra-gauche que sont les publications Wapiti ou Okapi, au choix pour n’oublier personne, appartiennent définitivement aux activités d’éveil…

    Êtes-vous sûr que les citoyens qui envisagent de prendre une part active à leur destin, comme les croyants au paradis, soient encore en demande de ce maternage conceptuel ?

    Sérieux !

    Ariès déonce ce qui apparaît comme un élément de plus à verser à l’étologie de la maladie infantile de l’écologie (de marché) appelée Green Washing.

    À mon sens Ariès a raison de le faire indépendamment que cela contrarie le militant de bonne foi (justement parce que…) qui regrette le temps des messes consensualisantes - catégorie belles émotions qui vous retrempe le moral - et qui, (c’était mon cas) espère que le battage médiatique réanime cette extase de la militance. Miraculeusement .

    J’aurai voulu et aimé en ressentir l’effet dopant (!) : tous conscients donc bientôt tous responsables, mais non on ne peux pas parler d’écologie avec n’importe qui et certainement pas avec l’employé de l’un des responsables de la déforestation en Afrique, sans émettre de sérieuse réserves à titre liminaire - l’écologie politique implique cette conscience là.

    Alors malgré ou peut-être à cause de la beauté de images qui viole cette conscience intime que nous avons de notre propre être-là au moyen de procédés proches de la manipulation subliminale : YAB go Home.

    Mes amitiés à tous.

    Rezonor

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  • steph73 29 juin 2009 à 12:51

    Je vous trouve dur dans vos critiques...
    Pour ceux qui auraient accès et seraient abonnés à Arrêt sur images

    La gazette d’@rrêt sur images, n° 79

    Peut-on alerter sur les cataclysmes écologiques qui nous menacent, avec de belles images ? Home, de Yann Arthus-Bertrand, est un film paradoxal. Un film antipollution financé par un pollueur, même si ce n’est pas le pire (le groupe Pinault). De magnifiques images, pour montrer l’horreur des saccages. Une initiative totalement désintéressée, mais qui brasse des millions. Qui est Arthus-Bertrand, l’homme qui regarde la terre depuis le ciel ? Docteur Arthus, ou Mister Bertrand ? Une fois n’est pas coutume : c’est lui qui nous a appelés, révolté et blessé d’avoir lu qu’il serait mû par l’argent, ou qu’il vient au travail tous les jours en hélicoptère. L’occasion était trop belle, de le cuisiner sur ses contradictions, et son efficacité. Son côté "tout le monde est gentil" exaspérera autant qu’il séduira. Son film au total, est-il utile ou non ? Vous vous ferez votre idée. Reste que Home est une oeuvre magnifique, que vous pouvez encore voir gratuitement sur YouTube. Mais dépêchez-vous : son ami Luc Besson (le producteur) veut le retirer de la plateforme. Notre émission est ici (1).Ses meilleurs moments sont là (2).

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  • SuperNo 2 juillet 2009 à 10:34

    J’avoue que je m’attendais un peu à ce style d’article. Beaucoup de choses sont vraies, et d’ailleurs rien n’est tout à fait faux.
    Mais partant de ce constat, comment faire avancer les choses ? Avec toute l’estime que j’ai pour Paul Ariès (et j’en ai beaucoup), il n’a aucune notoriété, aucun accès aux grands médias ! Je suis allé au "Contre Grenelle" à Lyon, je m’y suis retrouvé avec quelques centaines de convaincus. Et après ? A quoi bon continuer à tempêter entre nous, dans notre minuscule verre d’eau ?

    Lors de cette manifestation, Paul Ariès a notamment appelé les formations de gauche (NPA, Front de Gauche) à se saisir des idées de l’écologie politique. C’est la bonne solution. Même si ça commence très doucement. Car si les grands discours à ce sujet qui figurent sur les sites internet de ces organisations sont intéressants, sur le terrain on ne parle que de social, pas dếcologie, et encore moins de décoissance.

    Selon le même principe, pourquoi condamner à l’avance quelqu’un qui est manifestement plein de bonne volonté, qui commence à comprendre certaines choses, et devant lequel les micros se tendent spontanément ? Pourquoi ne pas discuter avec lui ? Lui expliquer ce que Paul Ariès écrit dans cet article, la "responsabilité des logiques économiques et politiques dominantes" ?

    Comme je l’ai écrit, video du JT à l’appui, le premier a avoir parlé de décroissance à 20h30 sur une grande chaine, ce n’est pas Paul Ariès, c’est bien YAB !

    http://www.superno.com/blog/2009/06...

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  • astrodom 2 juillet 2009 à 20:49

    Entre l’idée de consommer Différemment, chère à Pinault and Co, et celle de consommer Moins, d’Arthus-Bertrand, la meilleure idée n’est-elle pas plutôt la troisième = ne plus consommer du tout.
    Même un consommateur économe reste un consommateur et c’est là qu’est le problème, non ?
    C’est ce que me semble défendre Paul Ariès.

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  • jocelyn pellegrini 8 juillet 2009 à 09:27

    C’est vrai ça, qu’est ce qu’il est méchant ce paul ariès avec le gentil yab. Y’en a marre enfin de ces extrémistes qui sont contre tout !
    C’est vrai, ariès fait plein de conférences et sillonnent la france en voiture ouuuuuuuuuu le vilain.
    YAB lui voyage en hélico mais au moins il plante des arbres lui et parle d’écologie sur tf1.
    Monsieur ariès s’il vous plaît, passez à la télé, mettez des logos vert sur votre journal le sarkophage. (d’ailleurs je ne lis plus, trop de texte et pas assez de photos !), et faites vous financer, l’indépendance et la sincérité ne font pas avancer les choses.

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