Impasse Saint-Claude, on trouve des galeries d’art très branchées. Mais aussi une petite porte en bois sans prétention derrière laquelle se cache un magnifique bâtiment de plus de 2 000 m². C’est ici que vivent en toute illégalité plusieurs dizaines d’étudiants, de jeunes actifs, de familles, ou d’artistes. Il y a deux mois, les membres du collectif Jeudi Noir ont décidé d’investir ce lieu abandonné depuis belle lurette par ses propriétaires. Avec un objectif : dénoncer les bâtiments vacants qui plombent le marché de l’immobilier et les « logements toujours plus chers » qui ne leur permettent pas de vivre dans des conditions décentes. Une action « coup de poing » qui fait suite à la victoire remportée rue de la Banque où Jeudi Noir, Macaq et Droit au logement avaient installé fin 2006 le QG du « ministère de la Crise du logement » : l’office HLM de la ville de Paris vient de racheter les 1 000 m² squattés par ces lanceurs d’alerte pour les transformer en logements sociaux.
A Jeudi Noir, on veut casser l’image des squatteurs « punk à chien » qui colle mal avec les visées revendicatives du collectif. Du coup, on préfère parler de « réquisition citoyenne » ou de « squat politique », comme l’explique Manuel, diplômé du Centre de formation des journalistes, et l’un des porte-parole du collectif.
Si l’immeuble faisait jadis office d’entrepôt de luxe pour le couturier Pierre Cardin, les propriétaires, deux frères, l’ont laissé à l’abandon depuis plus de cinq ans. Des squatteurs y ont élu domicile quelques mois avant l’arrivée de Jeudi Noir, mais le collectif essaie de faire oublier les nuisances causées par les anciens « habitants » pour renouer les liens avec le voisinage…
Décor cosy réalisé à partir de meubles de récup’ dégotés chez Emmaüs, le « salon » de « l’impasse » est un lieu de rendez-vous bien pratique pour discuter des actions à venir… Sur un panneau jaune accroché au mur de la pièce commune, un résident a dessiné le plan de l’immense bâtiment et noté la répartition des chambres désormais presque toutes occupées.
Le rez-de-chaussée a été transformé en atelier pour les membres du collectif « La deuxième aile » qui regroupe plasticiens, musiciens ou stylistes en devenir. Des expositions seront bientôt organisées lors de journées portes ouvertes. William, artiste, raconte comment il est arrivé à « l’impasse » après un passage au squat pluridisciplinaire de « La Générale » (11e arrondissement) duquel les résidents se sont fait expulsés.
Claire, étudiante de 23 ans en littérature comparée à la Sorbonne, a décidé de venir vivre à « l’impasse » avec son mari, jeune enseignant de latin-grec, et leur enfant de deux ans. Elle explique les raisons qui l’ont poussé à adhérer à Jeudi Noir.
Combien de temps les militants pourront-ils continuer de faire vivre l’impasse Saint-Claude ? Si le maire du 3e arrondissement leur a témoigné son soutien, le rouleau compresseur de la spéculation immobilière n’a que faire des actions de héros ordinaires de Jeudi Noir…



