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Par Bernard Langlois - Suivre sur twitter - 3 octobre 2011

La situation en Grèce …

… vers un génocide financier.

[Un témoignage sur la situation en Grèce, la situation des Grecs, dramatique pour beaucoup d’entre eux. Et qui sera peut-être bientôt la nôtre … Il est signé d’un juriste autrichien qui y possède une résidence secondaire et a paru dans le journal viennois Die Presse. Il circule en ce moment sur les listes de discussion de gauche alternative.]

« On ne peut rester sans réagir aux diverses déclarations des plus hauts responsables de toute l’Europe, certaines frisant l’imbécillité, au sujet de ces "fainéants" de Grecs qui "refusent d’économiser". Depuis 16 mois, je dispose d’une résidence secondaire à Athènes, et j’ai vécu cette situation dramatique sur place. On se plaint que les plans d’économie ne fonctionnent pas parce que les revenus fiscaux chutent. On remet en question la volonté des Grecs d’économiser. Quelle surprise ! Voici quelques faits :

- Réductions des salaires et des retraites jusqu’à 30%.

- Baisse du salaire minimum à 600 euros.

- Hausse des prix dramatique (fioul domestique + 100% ; essence + 100%, électricité, chauffage, gaz, transports publics + 50%) au cours des 15 derniers mois.

Le renflouement de l’UE repart à 97% vers l’Union

- Un tiers des 165.000 entreprises commerciales ont fermé leurs portes, un tiers n’est plus en mesure de payer les salaires. Partout à Athènes, on peut voir ces panneaux jaunes avec le mot "Enoikiazetai" en lettres rouges – "A louer".

- Dans cette atmosphère de misère, la consommation (l’économie grecque a toujours été fortement axée sur la consommation) a plongée de manière catastrophique. Les couples à double salaire (dont le revenu familial représentait jusqu’alors 4.000 euros) n’ont soudain plus que deux fois 400 euros d’allocations chômage, qui ne commencent à être versées qu’avec des mois de retard.

- Les employés de l’Etat ou d’entreprises proches de l’Etat, comme Olympic Airlines ou les hôpitaux, ne sont plus payés depuis des mois et le versement de leur traitement est repoussé à octobre ou à "l’année prochaine". C’est le ministère de la Culture qui détient le record. De nombreux employés qui travaillaient sur l’Acropole ne sont plus payés depuis 22 mois. Quand ils ont occupé l’Acropole pour manifester (pacifiquement !), ils en ont rapidement eu pour leur argent, à coups de gaz lacrymogène.

- Tout le monde s’accorde à dire que les milliards des tranches du renflouement de l’UE repartent à 97% directement vers l’Union, vers les banques, pour éponger la dette et les nouveaux taux d’intérêt. Ainsi le problème est-il discrètement rejeté sur les contribuables européens. Jusqu’au crash, les banques encaissent encore des intérêts copieux, et les créances sont à la charge des contribuables. Il n’y a donc pas (encore ?) d’argent pour les réformes structurelles.

- Des milliers et des milliers d’auto-entrepreneurs, chauffeurs de taxis et de poids lourds, ont dû débourser des milliers d’euros pour leur licence, et ont pris des crédits à cet effet, mais ils se voient aujourd’hui confrontés à une libéralisation qui fait que les nouveaux venus sur le marché n’ont presque rien à payer, tandis que ceux qui sont présents depuis plus longtemps sont grevés par leurs énormes crédits, qu’ils doivent néanmoins rembourser.

- On invente de nouvelles charges. Ainsi, pour déposer une plainte à la police, il faut payer sur le champ 150 euros. La victime doit sortir son porte-monnaie si elle veut que sa plainte soit prise en compte. Dans le même temps, les policiers sont obligés de se cotiser pour faire le plein de leurs voitures de patrouille.

- Un nouvel impôt foncier, associé à la facture d’électricité, a été créé. S’il n’est pas payé, l’électricité du foyer est coupée.

- Cela fait plusieurs mois que les écoles publiques ne reçoivent plus de manuel scolaire. L’Etat ayant accumulé d’énormes dettes auprès des maisons d’édition, les livraisons ne sont plus effectuées. Les élèves reçoivent désormais des CD et leurs parents doivent acheter des ordinateurs pour leur permettre de suivre les cours. On ignore complètement comment les écoles – surtout celles du Nord – vont régler leurs dépenses de chauffage. Où est passé l’argent des dernières décennies ?

- Toutes les universités sont de fait paralysées jusqu’à la fin de l’année. Bon nombre d’étudiants ne peuvent ni déposer leurs mémoires ni passer leurs examens.

- Le pays se prépare à une vague d’émigration massive et l’on voit apparaître des cabinets de conseil sur la question. Les jeunes ne se voient plus aucun avenir en Grèce. Le taux de chômage atteint 40% chez les jeunes diplômés et 30% chez les jeunes en général. Ceux qui travaillent le font pour un salaire de misère et en partie au noir (sans sécurité sociale) : 35 euros pour dix heures de travail par jour dans la restauration. Les heures supplémentaires s’accumulent sans être payées. Résultat : il ne reste plus rien pour les investissements d’avenir comme l’éducation. Le gouvernement grec ne reçoit plus un sou d’impôt.

- Les réductions massives d’effectif dans la fonction publique sont faites de manière antisociale. On s’est essentiellement débarrassé de personnes quelques mois avant qu’elles n’atteignent leur quota pour la retraite, afin de ne leur verser que 60 % d’une pension normale.

La question est sur toutes les lèvres : où est passé l’argent des dernières décennies ? De toute évidence, pas dans les poches des citoyens. Les Grecs n’ont rien contre l’épargne, ils n’en peuvent tout simplement plus. Ceux qui travaillent se tuent à la tâche (cumul de deux, trois, quatre emplois). Tous les acquis sociaux des dernières décennies sur la protection des travailleurs ont été pulvérisés. L’exploitation a désormais le champ libre ; dans les petites entreprises, c’est généralement une question de survie. Quand on sait que les responsables grecs ont dîné avec les représentants de la troïka [Commission européenne, BCE et FMI] pour 300 euros par personne, on ne peut que se demander quand la situation finira par exploser.

La situation en Grèce devrait alerter la vieille Europe. Aucun parti prônant une raisonnable orthodoxie budgétaire n’aurait été en mesure d’appliquer son programme : il n’aurait jamais été élu. Il faut s’attaquer à la dette tant qu’elle est encore relativement sous contrôle et avant qu’elle ne s’apparente à un génocide financier. »

[Merci à Susan George]

[Et en bonus, ceci : « On est dans la soute à poudre du bateau et il y a une quinzaine de bonshommes qui se baladent avec des torches allumées ! Ça peut exploser de partout. Et puis il faut bien mesurer l’état de la Grèce : leur économie est totalement arrêtée, la fuite des capitaux est extrêmement importante, les usines sont à l’arrêt, les salaires dans un certain nombre d’endroits ne sont plus payés, la tension sociale est en train de monter, on va avoir des émeutes. Pas des manifestations, des émeutes. » C’est du Jacques Sapir dans le texte, et c’est tiré de l’excellente chronique d’Anne-Sophie Jacques titrée : “ Pourquoi Jacques Sapir ne doit jamais être invité au JT de France 2” que vous lirez (je vous le conseille vivement) sur le site d’ASI "]

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Commentaires de forum
  • JPB 3 octobre 2011 à 18:02

    Eh ben...Comme dit mon loupiot, ; ça fout les boules...

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  • Gros minet 3 octobre 2011 à 19:23

    Choc, chaos et Chigagos Boys (Sarko en est un représentant...)

    Ca va faire 40 ans que ça dure ! 40 ans de destruction , 40 ans de démocratie bafouée...

    A qui le tour ?

    N. Klein va pouvoir écrire l’opus 2 .

    Gm.

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  • baloo 3 octobre 2011 à 19:53

    "La question est sur toutes les lèvres : où est passé l’argent des dernières décennies ?"
    Justement c’est bien là le problème:d’argent, il n’y a jamais eu:depuis des decennies pas de rentrées fiscales,l’impôt sur les revenus non payé, pas de cadastre, pas d’impôts fonciers, pas de permis de construire, fraude à la TVA, travail noir etc... donc l’état a vécu à crédit pour financer les "avantages acquis"et ce par manque de courage.
    Comme dans l’Italie d’après guerre : la combinazzione !
    Et maintenant 10 crans de plus à la ceinture.
    Les nôtres aussi manquent de courage politique, ça leur pètera au nez bientôt.

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  • JPB 3 octobre 2011 à 20:34

    @ Baloo
    Et votre constat sur la France : aussi pessimiste ?

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  • Baloo 3 octobre 2011 à 21:52

    @JPB
    Juste lire la dernière phrase.
    Cordialement

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  • Bernard Langlois 4 octobre 2011 à 10:36

    Un message supprimé.

    Rappel : une signature à chaque message envoyé, sinon, à la trappe !

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  • Paulus 4 octobre 2011 à 11:35

    A Baloo.Tout ce que vous dénoncez n’était il pas connu des décideurs qui ont fait entrer la Grèce dans l’euro ?Pourquoi l’ont ils fait ? Quel était le but de la manoeuvre ?

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  • arnaud 4 octobre 2011 à 12:37

    est-ce que par hasard l’Europe ne serait pas en train de se prendre dans la gueule ce qu’elle a fait subir au continent africain (et plus largement le dit "tiers monde" depuis des décennies : la dette, l’intérêt de la dette, une économie à genoux et un peuple exsangue ? Je remarque aussi qu’on qualifie les peuples touchés (les africains hier, les grecs aujourd’hui) de la même façon : fainéants, tricheurs, menteurs, profiteurs… Depuis des décennies aussi, on va prophétisant l’embrasement généralisé de l’Afrique, Vive le feu etc. Et puis non, rien n’advient. C’est donc que ça peut encore empirer. Hardi les gars…

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  • Bob Labinne 4 octobre 2011 à 14:56

    J’essaie tant bien que mal de faire prendre conscience de ce grave problème de la Grèce au Québec, mais nous sommes sous la domination totale de l’extrème-gauche qui nie les problèmes d’endettements. Pour eux, la crise de l’Euro est un complot du capitalisme pour asservir les peuples et qu’on peut s’endetter à l’infinie pour tout nos avantages sans conséquence.

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  • colin Henri 4 octobre 2011 à 17:29

    Le peuple de Grèce est dans une situation dramatique, la question que l’on peut se poser c’est de savoir comment on en est arrivé là... l’origine doit être ancienne .
    Une des différences avec la France, c’est que nous avons quand même un système fiscal, certes imparfait, mais qui n’a rien à voir avec celui de la Grèce, pays où par exemple il n’y a même pas de cadastre : difficile donc d’établir l’impôt...
    Dans la situation actuelle de ce pays, ce qu’il faudrait c’est déjà que les taux d’intérêts ne soient pas au niveau actuel : jusqu’à 40 % ! Ce qui rend pratiquement impossible le remboursement de la dette ...
    La dernière phrase du texte est importante il me semble ? :
    "Il faut s’attaquer à la dette tant qu’elle est encore relativement sous contrôle et avant qu’elle ne s’apparente un génocide financier"

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  • Guy Liguili 4 octobre 2011 à 18:01

    En même temps les Québécois d’extrême gauche n’ont pas tout à fait tort, leurs arguments sont assez convaincants (d’après ce que vous nous en dîtes).

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  • baloo 4 octobre 2011 à 19:03

    @ Paulus

    Il faut savoir qu’on ne fait pas "renter" un pays dans l’europe, celui-ci pose sa candidature. Comme on le sait tous, la Grèce a posé une candidature en mentant sur la situation de ses finances, elle s’est fait alors "piquer", elle a fait des promesses qui n’ont pas été tenues et les autres gouvernements ,au lieu de réagir, comme ce sont des lopettes, ont fait semblant de ne rien voir.......
    Cordialement

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  • Tonton Roland 4 octobre 2011 à 19:41

    Ça y est ! C’est de la faute à l’« Extrême Gauche » ! Laquelle ? Encore elle, bou dis !
    Une occasion de proférer une attaque de principe politique.
    Vu du Québec, on se demande quel est angle d’où on se pose ! Ça n’a pas de sens. Il y en a qui pense qu’A. Minc est un dangereux marxiste

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  • Paulus 5 octobre 2011 à 00:00

    Sauf erreur de ma part des fonctionnaires européens ont signalé les incongruités de l’adhésion la Grèce à la zone euro.Elle a pourtant ètè acceptée en toute connaissance de cause.Lopettes mis à part pour quelles raisons les européens sont passés outre les avertissements de leurs spécialistes ?

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  • JPB 5 octobre 2011 à 12:48

    @Paulus
    Peut-être pour les mêmes raisons qu’en France on a passé outre le non au référendum...

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  • Bouillet 5 octobre 2011 à 13:58

    Cher Bob
    A mon sens vous perdez votre temps à essayer de faire comprendre à vos potes de l’extreme gauche le drame de la Grece. Non parce qu’ils sont indécrottables mais parce que , si ce n’st peut être pas un complot, cela est de l’ordre du fonctionnement normal du capitalisme " financier" et des agences de notation dont la parole est trop souvent considérée d’evangile mais qui n’ont aucune légitimité, démocratique ou autre.
    Il serait sans doute plus intéressant de vous pencher sur le cas de votre voisin Etatsunien dont la dette pulvérise tous les records, ce qui ne les empéche pas de faire la leçon aux Européens.
    Ceci dit je pense réellement que nous assistons à une offensive en régle des tenants du Dollar contre L’Euro monnaie potentiellement concurrente . C’est une guerre au sein du capitalisme .
    La Solution ? Retrouver le controle étatique, si possible démocratisé de la création monétaire à minima au niveau d’une nation , à maxima au niveau européen ( une autre monnaie commune ? )

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  • Bouillet 5 octobre 2011 à 20:10

    En complement à mon precedent post, allez sur le blog de Melenchon
    www.jean-luc-melenchon.fr il a beaucoup plus de talent que moi pour vous parler de cette guerre financière et économique . C’esr son billet du 4 Octobre

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