La police a procédé à l’interpellation du réalisateur Pierre Carles, du producteur de documentaires Michel Fiszbin et de nombreux opposants au Dîner du Siècle, rassemblés place de la Concorde, sur un trottoir, face au siège de l’Automobile club de France (ACF), hier soir. Combien ? « Une trentaine », selon le journaliste de l’AFP, qui n’a toutefois pas pu joindre le service de presse de la préfecture de Police pour plus de précisions. Sans doute un nombre plus important à ce que j’ai pu voir,un bus et trois fourgons de Police ayant servi au transport des interpellés.
Environ 250 personnes s’étaient réunies en début de soirée, à l’invitation de Michel Fiszbin et de Pierre Carles, devant le siège de l’ACF, Hôtel Crillon, place de la Concorde, pour dénoncer la collusion des « élites » économiques, politiques et médiatiques que symbolise le dîner mensuel du Siècle.
"Le Siècle", association créé en 1944 et présidée depuis peu par l’ex-dirigeante de la CFDT Nicole Notat, réunit chaque mois pour un diner, dans la discrétion et la courtoisie, 200 à 300 membres influents venus de tous les horizons (politique, économie, presse, social...). La liste des membres de cette société d’où rien ne filtre révèle de curieux rapprochements.
Ce sont ces rapprochements, et singulièrement la présence de journalistes dans ce cercle, que les manifestants entendent révéler au grand jour : « On ne veut plus que les journalistes aillent dans ce dîner. Ils y retrouvent leurs amis de l’économie et de la politique, droite et gauche confondues. ça nous énerve beaucoup, c’est un mélange des genres inacceptable », a déclaré Michel Fiszbin au début du rassemblement. « "Le Siècle", c’est une société secrète : on n’a pas le droit de dire ce qui s’y passe ou de rapporter ce qui s’y dit, a-t-il ajouté. On peut donc légitimement penser que ce n’est pas avouable. Alors que les journalistes s’y pressent à titre privé, c’est scandaleux. Ils n’ont rien à y faire et nous, nous sommes là pour faire du bruit car on veut qu’ils aient honte. »
Le 27 octobre, un rassemblement identique s’était déjà tenu. Les manifestants avaient alors chahuté sans agressivité des journalistes comme Emmanuel Chain ou Arlette Chabot. Les forces de l’ordre n’étaient pas intervenues. Hier, le rassemblement était toujours bon enfant avec tambours, slogans (« Nous ne vous oublierons jamais », « Révolution citoyenne »...) et sifflets à chaque entrée d’un « dîneur » dans l’ACF. Quelques jets de cotillons et de papier toilette, mais aussi d’œufs et de farine. Seulement cette fois les forces de l’ordre étaient en nombre. Et pas seulement pour privatiser le trottoir et la chaussée devant l’Hôtel de ces messieurs-dames.
Parmi les personnalités autorisées à pénétrer dans l’ACF, j’ai pu reconnaître l’ancien ministre et député (UMP) François d’Aubert mais aussi Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie.
Et les journalistes Jean-Pierre Elkabbach...
...et Sylvie Pierre-Brossolette visiblement pressée de rejoindre le saint des saints.
Après avoir encerclé une partie des manifestants, les forces de l’ordre ont procédé à des interpellations, parfois musclées.
Les manifestants qui ne cherchaient pas à s’enfuir ou n’opposaient pas de résistance étaient néanmoins fouillés avant d’être embarqués.
Toujours présent sur les lieux, Pierre Carles...
...qui demandait à rester au milieu de ses camarades encerclés et à être conduit au même endroit qu’eux, a fini par rejoindre lui aussi un fourgon, vers 22h15...
...une fois que les derniers manifestants, qui n’avaient pu être interpellés faute de fourgons en nombre suffisant aient été reconduits par petits groupes ou individuellement jusqu’au métro.
On vit un Siècle formidable.