Éditorial Clivage La semaine La suite Le dernier hebdo Acheter le dernier hebdo Archives Abonnement Soutenez Politis
Accueil du site > L’hebdo > Politique > Législatives : quelques surprises à l’arrivée…

Par Pauline Graulle - Suivre sur twitter - 18 juin 2012

Législatives : quelques surprises à l’arrivée…

Royal et Bayrou battus, Maréchal-Le Pen et Carlotti élues… Retour sur les résultats des « points chauds » des législatives qui ont réservé quelques surprises.

- Philippe Kémel est élu in extremis (50,11 %) avec une centaine de voix d’avance sur Marine Le Pen dans la circonscription d’Hénin-Carvin dans Pas-de-Calais. La campagne de premier et deuxième tour, très offensive, de Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche, pour le candidat PS dans le cadre du front républicain (Verts, Modem, Front de gauche et PS) a été saluée par l’élu socialiste : « En venant ici, dans le bassin minier, Jean-Luc Mélenchon a fait le travail de rassemblement. C’est grâce au rassemblement des républicains que nous avons gagné ce soir. »

Mauvaise perdante, Marine Le Pen a demandé le recomptage voix par voix du vote. Tout sourires, celle qui s’est dite « seule contre tous » a dénoncé cette « injustice »  : «  Lorsqu’avec près de 20 % (sic) des voix, le Front national n’aura pas plus de deux députés à l’Assemblée. » « La recomposition de la vie politique est en marche », a-t-elle ajouté dans une claire allusion à l’extrême droitisation d’une partie de l’UMP. 

-Ségolène Royal est battue par le candidat de gauche dissident Olivier Falorni. Fait inédit, la perdante est apparue avant 20 h, à 19 h 50, pour dévoiler les résultats, aux côtés de Maxime Bono, député-maire de La Rochelle. Ce dernier a dit sa « honte » de la victoire de « la droite (sic) à 58 % »  : « C’est la première victoire de la droite depuis 1993 dans cette ville. Ségolène la belle et rebelle aura toujours sa place, ici, à La Rochelle. » La mine défaite, Royal a enchaîné : « Ce soir, c’est un député de droite qui est élu » – Falorni a été élu avec 75 % des voix venant de la droite. Elle a évoqué un résultat de « trahison politique » et cité Victor Hugo : « Toujours la trahison trahit le traître. »

Peu après 20 h, Olivier Falorni, visiblement heureux, a fait part de son « émotion très forte »  : « Au-delà de cette victoire, c’est la victoire de la démocratie », a-t-il martelé. Interrogé sur l’accusation de « trahison », il a estimé que « cela salit le débat politique » : « Quand le suffrage universel s’est exprimé, il faut retrouver un peu de dignité dans le débat public. » Ajoutant : « Je soutiendrai la politique de François Hollande […] comme tous les députés socialistes. » Sur le plateau de France 2, Martine Aubry n’a « pas souhait(é) [lui] répondre ». Le torchon n’a pas fini de brûler entre le PS et le dissident.

-Nathalie Chabanne, candidate socialiste, l’a emporté sur François Bayrou, qui vit l’une des plus cuisantes défaites de sa carrière dans son fief des Pyrénées-Atlantique (2e circonscription). L’ancien président du MoDem était pris en sandwich dans une triangulaire entre la gauche et la droite. Il a évoqué so(m)brement qu’il allait « prendre le recul qui s’impose »

-Marion Le Pen-Maréchal, 22 ans, petite-fille de Jean-Marie Le Pen, étudiante en droit à Paris-Assas, est élue députée Front national dans la 3e circonscription du Vaucluse avec plus de 42 %. Le maintien de la candidate Catherine Arkilovitch (22 %), qui ne s’est pas retirée, malgré la consigne de Martine Aubry, a joué en sa faveur. « Ce qui me surprend, c’est que l’UMP, et le PS, et le PC ont manifesté leur solidarité contre le peuple français », a pourtant déclaré Jean-Marie Le Pen, venu soutenir sa petite-fille à Carpentras. Celle-ci s’est exprimée, scolaire, lisant ses notes, mais rigolarde et envoyant des clins d’œil. S’autoproclamant « la porte-parole de cette jeunesse française », elle a rappelé que le FN a en ligne de mire les municipales de Carpentras. À quelques kilomètres de là, le maire d’Orange, Jacques Bompard, de la Ligue du Sud, a été élu avec près de 60 % des suffrages, ce qui laisse présager, à terme, une alliance au niveau local de ces deux partis d’extrême droite. 

Pas de groupe pour le Front de gauche

10 candidats du Front de gauche ont été élus, ce qui est insuffisant pour constituer un groupe à l’Assemblée. Jean-Luc Mélenchon a appelé à abaisser le seuil de constitution d’un groupe de 15 à 10 députés : « Au Sénat, on peut constituer un groupe à 10, a-t-il justifié. Nous serions 45 si nous étions élus à la proportionnelle. Nous avons progressé de plus de 600 000 voix » par rapport aux résultats du PCF en 2007. « Ce qui est en cause, c’est le système électoral absurde qui fait qu’avec plus de voix, nous avons moins d’élus », a-t-il plaidé.

Sur son avenir personnel, Mélenchon est resté énigmatique : « Je vais d’abord commencer par me reposer car ce soir, cela fait un an que je suis en campagne [...]. Nous allons être une force politique, qui va se mettre en adéquation avec les attentes sociales. »

-Gilbert Collard est élu dans la 2e circonscription du Gard, malgré le maintien de l’UMP Étienne Mourrut et de la socialiste Katy Guyot dans une triangulaire. Celui qui n’a pas officiellement sa carte au Front national a adressé ses « remerciements » aux électeurs du rassemblement Bleu Marine et de l’UMP. «  Nous sommes deux seulement [élus FN à l’Assemblée], mais nous y sommes, au nom de la République, au nom de la démocratie. » Regrettant la défaite de Marine Le Pen, il a toutefois applaudi « son résultat magnifique ». « Je compte travailler à une vraie pédagogie auprès des communautés issues de l’immigration : je leur dis, il y a du respect, en retour, ne crachez pas sur moi […]. J’aurai une mission de casse-couilles démocratique », a déclaré Collard, pour qui cette élection est « le plus beau jour de [sa] vie ».

-Jack Lang est battu dans les Vosges. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avait pourtant évoqué son nom pour le perchoir de l’Assemblée nationale.

- Patrick Braouezec, membre de la Fase et candidat du Front de Gauche dans la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis, perd son duel face au candidat socialiste Mathieu Hanotin, élu à 53,5% (lire notre article Braouezec fait de la résistance).

-Nadine Morano est battue à Toul. La dragueuse du Front national, qui trouve Marine Le Pen pleine de « talent », a reconnu sa défaite en rappelant pourtant : « Je fais partie de ces élus qui aiment la politique du résultat. » « Ce que je regrette le plus, c’est les coups tordus […] du militant socialiste [sic] Gérald Dahan », qui l’avait piégée il y a quelques jours dans un canular téléphonique. 

- Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée en charge des personnes handicapées, a été élue avec 51,8 % des voix à Marseille. Elle signe la défaite du favori, Renaud Muselier, dans la deuxième ville de France. La gauche a réussi à envoyer 10 candidats du département au palais Bourbon (dont Olivier Ferrand, fondateur de Terra Nova, élu à Salon-de-Provence, Michel Vauzelle à Arles…), contre 4 en 2007. La totalité des membres du gouvernement ont été élus lors de ces législatives, il n’y aura donc aucun remaniement ministériel. 

- Claude Guéant, battu dans les Hauts-de-Seine, du fait d’un candidat de droite dissident qui s’est maintenu dans une triangulaire. « Ce n’est pas Claude Guéant qui a perdu, c’est le dissident de l’UMP qui l’a emporté […]. Je suis triste pour Claude Guéant, qui est un grand serviteur de l’État », s’est ému Brice Hortefeux, son prédécesseur au ministère de l’Intérieur. 

Nota Bene :

Photos : DR / AFP

Commenter (2)

Commentaires de forum
  • Bernard Samson 18 juin 2012 à 11:51

    "François Bayrou, qui vit l’une des plus cuisantes défaites de sa carrière dans son fief "
    Est-il vraiment impossible d’éviter le cliché "fief" ? Nous sommes en république , que diable ! et depuis plus de 200 ans.

    Répondre à ce commentaire

    •  
      Un électeur de la 5ème circonscription des PA 18 juin 2012 à 17:26

      Bonjour,
      "Fief" évoque certes l’époque médiévale mais quel mot proposez-vous ?
      Bayrou est issu de la petite paysannerie béarnaise - comme Bourdieu d’ailleurs - son statut de noble héréditaire n’est peut-être pas à propos. Cependant, son ancrage électoral était jusqu’ici très fort, après entre autre avoir occupé la présidence du Conseil Général. On sait aussi que la politique au niveau local, se rapproche bien souvent d’une gestion seigneuriale : conflit d’intérêt, passe-droit et clientélisme. Un exemple : Michelle Alliot-Marie quitte son fief de Saint-Jean-de-Luz alors qu’elle l’occupait depuis 1986. Toutes ces années, elle a toujours refusé de révéler le montant de son enveloppe parlementaire, système vieux comme la république mais d’autant plus opaque qu’il est souvent couplé avec d’autres aides exceptionnelles. On sait que sans critères d’attribution, en clair, selon son bon vouloir, MAM a financé avec de l’argent public l’orgue de sa ville Ciboure, pour un montant de 200 000 euros au total.
      François Bayrou quand à lui a débloqué 818 000 euros sur l’année 2011 pour des projets de son choix, je le rappelle sans critères d’attribution, pour en fin de compte assoir son pouvoir dans son fief.

      Répondre à ce commentaire

Commenter (2)

Sur le même sujet
L'association Pour Politis L'agenda militant Politis et vous

fl_g_signature
N°ISSN 2259-5988    Conception graphique › Clémence Knaebel    Design sonore › Cédric Boit    Développement › Gregory Fabre    Site réalisé avec Spip
fl_d_signature