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Par Bernard Langlois - Suivre sur twitter - 29 mars 2007

Machisme : Trop, c’est trop !

Il n’est vraiment pas besoin d’être un fan de Ségolène Royal pour juger scandaleux les traitements qu’on lui inflige. Autant est-il licite (et de notre point de vue nécessaire) de discuter son programme, le contenu de ses interventions ou le flou de certaines de ses propositions, autant le doute jeté en permanence sur ses capacités, l’accent mis sur ses « bourdes » ou sa légèreté supposée, la complaisance que les médias mettent à offrir des tribunes à ses contempteurs (que ce soit le pitoyable Claude Allègre, justifiant son aversion au nom de la science [!], ou, pis, l’obscur député de la Drôme, ce « traître de mélodrame » accédant à la notoriété par un « libelle infâme » hâtivement concocté avec l’aide intéressée d’un confrère chafouin), quand, dans le même temps, tout en ronds de jambe et courbettes devant Sarkozy, ils se gardent bien de relever ses âneries (les « ethnies sunnites et chiites », par exemple) ou de lui poser la moindre question embarrassante sur ses curieuses déclarations fiscales ou les conditions d’acquisition de son appartement, révélées par Le Canard enchaîné, ou encore de s’indigner de ses menaces envers les dirigeants de France 3 ou ceux de Libération ­ ça promet, si ce type arrive à l’Élysée ! ­ ; quand, donc, l’une est quotidiennement livrée aux lions et l’autre toujours hissé sur le pavois, comment ne pas dire en effet : « Trop, c’est trop » [1] ?

Oui, trop, c’est trop. Et, à défaut d’entraîner mon adhésion politique, Mme Royal, face au déchaînement de machisme ordinaire, force mon admiration par le calme, la dignité, l’assurance avec lesquels elle poursuit sans faiblir sa campagne.

Comme le souligne drôlement Pierrette Fleutiaux dans Libé : « En France, on veut du papa, du costume-cravate, c’est à cela qu’on est habitué, c’est là qu’est la figure d’autorité, celle que l’habitude a légitimée. Lâcher la main du papa fiche la frousse. [...] Une jolie femme au pouvoir suprême, ce bon vieux pays n’y est pas préparé. Il y a là une catégorie mentale qui n’a jamais encore été exposée, qui déroute, dérange dans les profondeurs. Même chez de nombreuses femmes, hélas formatées pour penser contre elles-mêmes et contre leur sexe, oublieuses de ce qu’elles doivent au féminisme, et traînant toujours des séquelles de misogynie, comme un vieux rhume chronique. » Et puis « qui sait si, le jour où elle aura ses lunes, elle n’appuierait pas par inadvertance sur le bouton atomique ? ». Pourtant : « La personne émotive, qui parle de sa vie privée, qui a des migraines, qui met en scène sa psychologie (tout cela relevant du féminin traditionnel), c’est l’homme agressif. Et la personne qui ne parle pas de ses états d’âme, garde visage calme, ne s’énerve pas (tout cela relevant du masculin traditionnel), c’est la femme [2]. »

La veille, dans Le Monde, une autre femme écrivain, Geneviève Brisac, dénonçait elle aussi l’ouverture de « la boîte de Pandore du mépris misogyne », plus qu’une boîte, « une malle au format colonial, un bagage écrasant ». Et disait sa stupéfaction, alors que, chez nos voisins allemands ou au Chili, « Angela Merkel et Michelle Bachelet démontraient chaque jour qu’une femme est un homme comme les autres [...], [que] la société française soit si peu évoluée, si peu mixte, si peu civilisée » [3]. Une pétition circule sur le Net, inspirée de cette tribune du Monde, qui se donne comme objectif de casser cette exception française, ce machisme sans frontières politiques (aussi bien de gauche que de droite) qui maintient sur la tête des femmes le fameux « plafond de verre » où viennent se cogner leurs légitimes ambitions, leur aspiration naturelle à l’égalité. Elle s’intitule « Un million de femmes s’énervent » et commence juste sa carrière.

J’invite les lecteurs de Politis, hommes et femmes, à la signer et à la faire circuler [4]. Encore une fois, ce n’est pas un acte d’allégeance à la candidate du Parti socialiste. Juste une façon de marquer notre dégoût face aux attaques dont les femmes qui s’engagent en politique (hier Simone Veil, Édith Cresson, Dominique Voynet et bien d’autres), parce que femmes, sont encore et toujours la cible.

Notes de campagne

L’aviez-vous remarqué ? Pour la première fois depuis l’avènement de la Ve République, il n’y a pas de candidat gaulliste. L’élimination, faute de signatures, de Dupont-Aignan ­ le seul qui pouvait encore se réclamer sans faire rire du Général ­ signe l’élimination définitive de cette famille politique, déjà bien mal en point sous Chirac. Des miettes de gaullisme subsistent bien ici ou là, à gauche (l’influence de Chevènement dans la campagne de Ségolène) et, curieusement, au centre avec Bayrou (l’héritier de Lecanuet !) Quant à Sarkozy, il flotte dans la vareuse...

Le « troisième homme » (pour le moment) a bien, lui, une attitude gaullienne, sinon gaulliste. Et la plus proche sans doute de la conception qu’avait le Grand Charles de l’institution présidentielle : un homme en tête à tête avec les Français, qui l’adoubent et lui donnent ensuite une majorité parlementaire à sa main, sans souci des partis ni des étiquettes. Pari gonflé (Bayrou n’est pas de Gaulle, la France de 2007 n’est pas la France de 1958, à deux doigts de la guerre civile), mais pas forcément perdu d’avance, si les ralliements plus ou moins anonymes (Spartacus, Gracques...) de hauts fonctionnaires ou patrons classés « à gauche » étaient l’avant-garde de quelques poids lourds, va savoir ! Se pourrait-il que se prépare en loucedé une sorte d’« appel des 43 », tel celui qui flingua Chaban en 1974 au bénéfice de Giscard ?

La décomposition du spectre politique n’est pas allée à son terme, à l’évidence, et c’est là-dessus que mise le candidat centriste. Tant il est clair que pas grand-chose ne sépare ce libéral-social-chrétien des sociaux-libéraux du PS. Avec quelques UMP fréquentables et l’aile droite socialiste, Bayrou aurait de quoi fabriquer une majorité confortable. Resteraient l’opposition de droite bien réac (éventuellement alliée à un Front national aseptisé et « marinisé ») et l’opposition de gauche enfin recomposée (avec un Parti socialiste nouveau, retrouvant ses racines et sa vocation, en alliance avec ce qui reste du PCF et les courants les moins sectaires de la gauche radicale). Voilà qui ferait turbuler le système, comme disait le Che (de Belfort) !

Hulot se désole : son pacte a fait long feu. Tout le monde l’a signé, tout le monde s’en fout. L’écologie en cale sèche ? Voynet s’égosille à clamer qu’elle seule l’incarne, sans parvenir à en convaincre même ses militants (qui la soupçonnent de s’être déjà « vendue » au PS pour un strapontin ministériel) ; elle espère que l’homme d’« Ushuaïa » viendra l’oindre d’une de ces huiles naturelles dont il fait commerce, histoire de bénéficier d’un peu de sa popularité. Pour le moment, le Nicolas écolo continue de survoler la campagne et ne paraît pas pressé de poser son hélico.

L’écologie politique, ne serait-ce pas plutôt Bové qui l’incarne ? Pas mal de militants verts en sont convaincus. Car, contrairement à ce que croit Voynet (cf. Politis n° 943), le référendum de 2005 sur le TCE continue de structurer la gauche. Qui peut croire à une politique écologique digne de ce nom dans un système soumis au Marché ? Le projet de traité constitutionnel européen figeait la France et l’Europe dans le néolibéralisme, ce pourquoi les écolos conséquents l’ont rejeté : ceux-là, aujourd’hui, sont engagés derrière José Bové.

Cinq candidats alternatifs, c’est quatre de trop, nous sommes bien d’accord. Justement, parce qu’il n’a pas pu se faire, l’accord. C’est regrettable, c’est comme ça, et on sait quels sont les principaux responsables de ce ratage. Tout ça continue de former une famille, genre Atrides, voyez ? Mais famille quand même. Alors Politis, qui est au coeur de cette famille déchirée, s’efforce d’en bien traiter tous les membres : le grand père communiste, les cousins trotskistes, etc. Moi, en électron libre, j’ai choisi Bové, ça n’engage que moi. Et je vous dis pourquoi : il est le seul qui a su rassembler derrière lui des communistes, des trotskistes, des anars, des alternatifs, sans compter des mômes des cités, des paysans rebelles et des tas de sans-parti, qui mouillent tous la chemise avec lui pour réussir une campagne qui décoiffe. Et puis c’est un type qui paie cash ses engagements militants et qui va peut-être finir la campagne en taule.

C’est sans doute pour ça qu’il dérange tout le monde, et que les médias dominants le cantonnent dans le rôle du Gaulois à moustaches, obsédé par les OGM. Comme s’il n’avait que ça à nous dire !

Soutenez Robert !

Il est un autre citoyen que je vous demande instamment de ne pas perdre de vue, et qui est aussi cerné par les emmerdements pour avoir fait, mieux que beaucoup d’autres, son boulot de journaliste, d’enquêteur, de révélateur des dysfonctionnements de nos sociétés pourries par l’argent. Lui n’est candidat à rien, il demande juste qu’on lui foute la paix et de pouvoir continuer son métier d’écrivain singulier. C’est Denis Robert.

Il publie ces jours-ci sur son blog un long texte, intitulé « La censure », où il raconte le harcèlement judiciaire dont il est l’objet depuis qu’il a entrepris de mettre au jour le fonctionnement de la banque luxembourgeoise Clearstream, qui porte si mal son nom... Il raconte comment, à la suite d’un article de VSD (« une interview tronquée »), il a été condamné en première instance pour diffamation, « alors que je ne me suis pas défendu sur le fond, ne reconnaissant pas mes mots dans la présentation faite par l’hebdomadaire » ; il raconte que, malgré l’appel interjeté, la condamnation (8 000 euros) est exécutoire, « ce qui est exceptionnel en matière de diffamation », et que les huissiers menacent de bloquer ses comptes ; il raconte comment l’avocat de Clearstream (qui est aussi celui de Charlie Hebdo !) est passé maître dans l’art de brouiller les pistes en faisant « un amalgame entre l’affaire du corbeau, qui occupe les journaux français depuis un an, et celle des comptes non publiés, qui permettent de dissimuler des transactions, qui les fatigue par sa complexité supposée » ; comment les chargés de com’ de la multinationale bancaire s’ingénient à le faire passer pour un malade, un type « pas fiable », et à tendre entre lui et les rédactions « un cordon de sécurité ». Il raconte tout ça et bien d’autres choses que je vous incite à aller lire sur son blog [5]

Où il note aussi que le récent livre de Gergorin, l’ex-numéro deux d’EADS, impliqué, lui, dans l’affaire du corbeau, confirme ses propres révélations sur l’opacité des transactions financières de Clearstream, qui, selon un ancien directeur du Trésor qu’il cite, « facilite la réintégration dans le système financier de fonds dont il vaut mieux ne pas connaître l’origine ».

Ne laissez pas tomber Denis, il a besoin de nous tous. José, Marie-George, Olivier, Arlette ­ et pourquoi pas vous, Ségolène et François Bayrou ­, si vous avez une once de sincérité quand vous dénoncez la finance internationale, invitez Denis Robert dans vos meetings, dans vos émissions de campagne. Et vous, amis lecteurs, de la région parisienne notamment, réservez votre soirée du 17 avril pour participer au concert organisé par son comité de soutien à La Cigale : on peut réserver les places sur le blog.

Bon courage, l’ami.

[1] « Traître de mélodrame », « libelle infâme » « trop, c’est trop » : j’emprunte (et reprends à mon compte) ces termes venus sous la plume acérée de François Darras (alias Jean-François Kahn) dans son édito : « Défense de Ségolène Royal » de Marianne du 24 mars.

[2] « Ségolène remue nos eaux dormantes », Libération (Rebonds) du 22 mars.

[3] « La malle coloniale du mépris misogyne », Le Monde (Débats) du 21 mars.

[4] http://1mf.ras.eu.org/appel.

[5] http://ladominationdumonde.blogspot.com.

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