Arnaud Montebourg sur le stand du Front de gauche à la Fête de l’Huma, le 17 septembre 2011.
Le suspense n’en était pas un. Arnaud Montebourg a finalement choisi « à titre exclusivement personnel » de voter François Hollande. Une annonce faite au quotidien Le Monde. Mais qui avait été anticipée à plusieurs reprises, comme le rappelait ce matin @salam93, lundi sur I-télé, mardi sur LePlus, mercredi sur le site de Libération dans un écho vivement démenti la main sur le cœur par le bel Arnaud . Jusqu’à... ce jour.
Dimanche soir, déjà, j’avais expliqué sur le plateau de LCI qu’il ne fallait pas exclure un tel ralliement pour la raison (l’intuition, devrais-je dire) que voici : Dans la semaine précédant le scrutin, Arnaud Montebourg avait expliqué, avec la fougue qu’on lui connaît, qu’il fallait voter pour lui parce qu’il était le « seul capable de battre François Hollande ». Or, en juin et juillet 2006, il assurait pareillement à de nombreux responsables socialistes et journalistes que Ségolène Royal était un danger pour le PS, qu’il fallait à tout prix lui barrer la route de l’investiture et que lui seul, s’il obtenait les parrainages nécessaires, pouvait rassembler assez de suffrages militants pour la battre. Moyennant quoi, parfois moins d’une semaine après avoir tenu ce discours, il décidait de rallier la présidente de Poitou-Charentes, l’invitait à la fête de la Rose de Frangy et devenait l’un de ses porte-parole.
C’est donc avec une certaine constance qu’Arnaud Montebourg a choisi de voter pour celui qu’il surnommait « Flamby » en 2003, avant de l’accuser d’avoir conduit le PS « à deux désastres, en 2002 et 2005 » au point d’être surpris un jour par une caméra en train de dire que « Hollande, c’est le principal défaut du Parti socialiste ». A dire vrai, le choix entre les deux « impétrants » n’était pas des plus aisés dès lors qu’il avait montré qu’Aubry et Hollande étaient « les deux faces d’une même pièce », « deux enfants – l’un spirituel, l’autre réel – de Jacques Delors ».
Dans son entretien au Monde, Arnaud Montebourg n’en disconvient pas : « Les propositions des deux candidats étant pour moi équivalentes, je ne peux me déterminer en fonction de ma seule éthique de conviction. » « Je continue de penser, surtout après le débat de mercredi soir, que ces deux candidatures sont identiques », dit-il plus loin. Il justifie donc son choix « d’abord [par] l’obligation de faire gagner la gauche en 2012 ».
A quoi bon, donc un deuxième tour, si la logique des primaires prétendument « citoyennes » est de se ranger derrière celui arrivé en tête, uniquement parce qu’il est arrivé en tête ? C’était déjà la motivation de beaucoup d’électeurs du premier tour de François Hollande, qui auront voté pour lui moins pour ses idées (lesquelles au juste ? celles du mois d’avril ? de juillet ? ou de la fin septembre ?) que parce qu’ils étaient persuadés par les sondages et une petite clique d’éditorialistes en vue que l’ancien patron du PS était celui qui a le plus de chances de battre Nicolas Sarkozy.
En cédant à cette logique d’opinion, qui fait du vote utile l’Alpha et l’Omega de tout comportement électoral, après avoir conduit avec talent une campagne de conviction, Arnaud Montebourg vient de prouver que les primaires dont il nous chantait les mérites ne sont qu’une machine à américaniser notre vie politique. Avec au final la disparition de toute formation de gauche digne de ce nom, porteuse d’une vision du monde, ce qu’on appelle encore (inutile de se pincer le nez) une idéologie. Au profit de gestionnaires d’image sans saveur ni idées.