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Par Michel Soudais - 14 octobre 2011

Montebourg : Pile ? Face ? C’est Hollande

Le choix Arnaud Montebourg de soutenir François Hollande, à titre personnel, illustre la logique profonde des primaires. Une logique d’opinion délétère pour la gauche.

"Ranges ce programme pour moi..."
"Ranges ce programme pour moi..."

Arnaud Montebourg sur le stand du Front de gauche à la Fête de l’Huma, le 17 septembre 2011.

Le suspense n’en était pas un. Arnaud Montebourg a finalement choisi « à titre exclusivement personnel » de voter François Hollande. Une annonce faite au quotidien Le Monde. Mais qui avait été anticipée à plusieurs reprises, comme le rappelait ce matin @salam93, lundi sur I-télé, mardi sur LePlus, mercredi sur le site de Libération dans un écho vivement démenti la main sur le cœur par le bel Arnaud . Jusqu’à... ce jour.
Dimanche soir, déjà, j’avais expliqué sur le plateau de LCI qu’il ne fallait pas exclure un tel ralliement pour la raison (l’intuition, devrais-je dire) que voici : Dans la semaine précédant le scrutin, Arnaud Montebourg avait expliqué, avec la fougue qu’on lui connaît, qu’il fallait voter pour lui parce qu’il était le « seul capable de battre François Hollande ». Or, en juin et juillet 2006, il assurait pareillement à de nombreux responsables socialistes et journalistes que Ségolène Royal était un danger pour le PS, qu’il fallait à tout prix lui barrer la route de l’investiture et que lui seul, s’il obtenait les parrainages nécessaires, pouvait rassembler assez de suffrages militants pour la battre. Moyennant quoi, parfois moins d’une semaine après avoir tenu ce discours, il décidait de rallier la présidente de Poitou-Charentes, l’invitait à la fête de la Rose de Frangy et devenait l’un de ses porte-parole.

C’est donc avec une certaine constance qu’Arnaud Montebourg a choisi de voter pour celui qu’il surnommait « Flamby » en 2003, avant de l’accuser d’avoir conduit le PS « à deux désastres, en 2002 et 2005 » au point d’être surpris un jour par une caméra en train de dire que « Hollande, c’est le principal défaut du Parti socialiste ». A dire vrai, le choix entre les deux « impétrants » n’était pas des plus aisés dès lors qu’il avait montré qu’Aubry et Hollande étaient « les deux faces d’une même pièce », « deux enfants – l’un spirituel, l’autre réel – de Jacques Delors ».
Dans son entretien au Monde, Arnaud Montebourg n’en disconvient pas : « Les propositions des deux candidats étant pour moi équivalentes, je ne peux me déterminer en fonction de ma seule éthique de conviction. » « Je continue de penser, surtout après le débat de mercredi soir, que ces deux candidatures sont identiques », dit-il plus loin. Il justifie donc son choix « d’abord [par] l’obligation de faire gagner la gauche en 2012 ».
Un choix qui relève « avant tout de l’éthique de responsabilité », dit-il, en expliquant qu’il veut « faire gagner la gauche et battre Nicolas Sarkozy ». A ses yeux, « François Hollande, arrivé en tête du premier tour », une qualité déjà mise en avant par Ségolène Royal pour expliquer son appel à voter Hollande, est « meilleur rassembleur ». Encore autre chose ? Ah oui, « il a su dans sa lettre jeter un pont entre nos deux rives, et je lui en sais gré », ajoute Arnaud Montebourg sans nullement expliquer en quoi la réponse de François Hollande à sa lettre était meilleure que celle de Martine Aubry. Comme pour justifier encore son choix, l’inventeur de la primaire en donne la règle du jeu : « Au premier tour, on choisit par conviction. Au second, on choisit l’efficacité. » Il s’agit donc bien d’« éviter la fragmentation, donner de la force à celui qui est arrivé en tête et soutenir le meilleur rassembleur ».

A quoi bon, donc un deuxième tour, si la logique des primaires prétendument « citoyennes » est de se ranger derrière celui arrivé en tête, uniquement parce qu’il est arrivé en tête ? C’était déjà la motivation de beaucoup d’électeurs du premier tour de François Hollande, qui auront voté pour lui moins pour ses idées (lesquelles au juste ? celles du mois d’avril ? de juillet ? ou de la fin septembre ?) que parce qu’ils étaient persuadés par les sondages et une petite clique d’éditorialistes en vue que l’ancien patron du PS était celui qui a le plus de chances de battre Nicolas Sarkozy.
En cédant à cette logique d’opinion, qui fait du vote utile l’Alpha et l’Omega de tout comportement électoral, après avoir conduit avec talent une campagne de conviction, Arnaud Montebourg vient de prouver que les primaires dont il nous chantait les mérites ne sont qu’une machine à américaniser notre vie politique. Avec au final la disparition de toute formation de gauche digne de ce nom, porteuse d’une vision du monde, ce qu’on appelle encore (inutile de se pincer le nez) une idéologie. Au profit de gestionnaires d’image sans saveur ni idées.

Les réponses à sa lettre

La lettre d’Arnaud Montebourg, que nous avons publié, par laquelle il demandait aux deux finalistes de se positionner sur le système financier, le protectionnisme, la VIe République et la lutte contre la corruption a suscité plusieurs réponses.
Jean-Luc Mélenchon, le premier, lui a rappelé quelles étaient ses engagements et ceux du Front de gauche sur ces questions.
Gérard Filoche, soutien de Martine Aubry contre vents et marées, s’est aussi fendu d’une bafouille.
Benoît Hamon, Henri Emmanuelli, Marie-Noëlle Lienemann et tous les animateurs du courant Un monde d’avance, rangé derrière la maire de Lille, se sont sans doute moins adressé à Arnaud Montebourg qu’à ses partisans dans le PS.
Enfin, pour la curiosité (et le fun) signalons une réplique d’Alain Madelin en défense du libre-échange.

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Commentaires de forum
  • Hervé 15 octobre 2011 à 00:17

    Sur ce turlupin inconsistant, je vous conseille la dernière divagation NRV de cui cui fit l’oiseau.
    http://cuicuifitloiseau.blogspot.co...

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  • Bernard Langlois 15 octobre 2011 à 00:52

    D’accord avec toi Michel. Mais une erreur : c’est en parlant de Ségolène qu’il disait (en réponse à une question) que "son principal défaut (était) son compagnon" …

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  • Zeptepi 15 octobre 2011 à 12:08

    Entièrement d’accord avec vous, en particulier avec le dernier paragraphe.
    Je rajouterai que la justification d’Arnaud Montebourg - apporter son soutien à celui qui a recueilli le plus de voix au premier tour, par efficacité - comporte une autre faille :
    En se présentant au premier tour Monsieur Montebourg a capté les voix de la gauche du parti socialiste. Ainsi celle-ci n’a pu exprimer sa préférence entre Francois Hollande ou Martine Aubry. En se ralliant à Francois Hollande au deuxième tour, il se rallie au candidat favori de l’aile centre et droite du parti, et met sur la touche l’aile gauche.
    Soit son raisonnement est défectueux, soit il relève de la manipulation destinée à étouffer l’aile gauche du parti.

    Ce développement dans la vie du parti socialiste montre à nouveau la pertinence du choix de M. Mélenchon lorsqu’il a créé le parti de gauche, considérant qu’il ne serait pas possible de défendre les idées de gauche en restant au sein du parti socialiste.

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  • Ali 15 octobre 2011 à 19:59

    Sous-marin d’Hollande ?
    Siphonner les voix du peuple de gauche pour les offrir à l’aile droite du PS ?
    Mais les citoyens qui ont voté Montebourg ne se laisseront pas mener comme des moutons à l’abattoir et ne voteront pas Hollande.
    Bel argument proposé par Michel Soudais : s’il fallait reporter ses voix sur celui qui arrive en tête alors pourquoi deux tours ?
    Le "Chevalier Blanc" anti-corruption bla bla bla prend-il les gens pour des imbéciles ?
    Son acte n’est qu’un suicide politique.
    Bon débarras !

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  • nadine19 16 octobre 2011 à 08:56

    Et oui, encore une fois comme vous le prouvez si bien Montebourg a su prendre le vent et virer de bord au dernier moment. Il sait où sont ses intérêts.... Quand à ceux du peuple de Gauche qu’il semblait défendre si vaillamment...qu’ils se démerdent !!!
    Votons Mélenchon !!!! Je sais bien qu’il n’a aucune chance d’être au second tour de la Présidentielle, mais si il pouvait leur mettre un 17% dans les dents, ça leur ferait du bien !!! Histoire de rappeler à tous ces braves gens que le peuple existe et qu’il est même majoritaire dans ce pays !

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  • Zeptepi 17 octobre 2011 à 07:13

    François Hollande : "c’est aussi ça l’esprit de continuité et de cohérence qu’il faut mener. Lionel Jospin, Ségolène et moi maintenant, il y a une histoire qui doit se poursuivre."

    Il est sérieux là ?

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