Je sais pas si tu te rappelles la délicieuse chronique, véritable « récital de mensonges et de calomnies », que fit naguère sur France Inter [1] l’un de nos plus délicats clercs - Philippe Val, bien sûr ?
C’était le 14 septembre 2007.
Peu de temps auparavant, Ben Laden avait déclaré : « Cette guerre [d’Irak] était complètement inutile, comme le montrent bien vos propres rapports et, parmi les plus capables pour vous parler de ce sujet et de la fabrication de l’opinion publique de votre côté, Noam Chomsky », qui « a donné des conseils raisonnables avant la guerre, mais le dirigeant du Texas n’aime pas recevoir de conseils ».
Et donc, Val (qui depuis déjà des années s’était fait une spécialisation de salir Chomsky en le traitant, notamment [2], de négationniste) déclara que Ben Laden avait rendu, par ces mots, « un hommage appuyé à Noam Chomsky » - que, d’ailleurs, « les auditeurs » de France Inter connaissaient « bien », ajouta-t-il, puisque Daniel Mermet l’avait, quelques mois auparavant, longuement interviewé.
Val expliqua ensuite, sur le ton de l’évidence : « Ben Laden est donc venu prêter main-forte au promoteur des idées de ce sympathique intellectuel qui s’était déjà fait connaître des publics spécialisés grâce à une préface pour les écrits négationnistes de Faurisson », et qui ensuite avait, toujours selon notre dignissime chroniqueur, « encore précisé sa pensée politique en niant le génocide khmer » [3].
Traduction, pour qui n’aurait pas bien saisi le message du procureur Val : Ben Laden était « venu » aider Daniel Mermet à promouvoir les idées du quasi-nazi Chomsky.
Bien sûr : ces propos ne suscitèrent pas le moindre haussement de sourcil, dans les rangs (serrés) d’une éditocratie qui célébrait alors leur auteur en héros de la liberté d’expression.
Pourquoi je te reparle de ça, tant d’années après ?
Parce qu’en fouillant dans les 1.500 pages du « mémoire » que le massacreur islamophobe d’Oslo a déposé sur Internet avant d’aller buter 92 personnes, je suis tombé sur un passage où il se plaint des « chasseurs de sorcières antiracistes » et du racisme anti-blanc - et il n’y a rien là, j’en suis d’accord, de très différent, sur le fond, de ce qui se publie chaque vendredi dans tel quotidien de chez nous, ou de ce qui se profère chaque matin [4] à l’antenne de telle radio de notre périphérie ; mais l’intéressant tient à ce que, dans le cours de sa péroraison, le terroriste norvégien cite [5] l’un de nos plus réputés penseurs de médias : le « french philosopher Alain Finkielkraut » [6], qui « has warned that "the lofty idea of ’the war on racism’ is gradually turning into a hideously false ideology. And this anti-racism will be for the 21st century what Communism was for the 20th century : A source of violence" ».
Bon, je te connais : je sais que tu te garderas de considérer, sur un mode valique, et par facilité, que le tueur raciste de 92 Norvégien(ne)s avait ainsi rendu « un hommage appuyé » à Alain Finkielkraut.
De même, parce que tu n’es ni Philippe Val, ni l’un de ses nombreux potes éditocrates qui continuent d’user des mêmes sales méthodes dont lui-même a tellement abusé : tu ne diras point que le tueur raciste de 92 Norvégien(ne)s était ainsi « venu prêter main-forte » aux journaleux qui ne cessent de faire la promotion « des idées de ce sympathique » philosophe « qui s’était déjà fait connaître des publics spécialisés » par le constat, notamment, que tous ces Reunois, dans notre équipe de foot, je sais bien que si qu’on le dit comme ça on va en prison, mâme Dupont, mais, sincèrement, ça fait quand même poiler toute l’Europe.
En revanche - et parce que nous savons que c’est bien évidemment quelque chose qu’ils vont, dans les prochains jours, décliner sur tous les tons : quand « nos » muslimovores de compagnie médiatique vont se mettre à grogner qu’y-en-a-marre-des-amalgames ?
(Et que c’est quand même pénible qu’on puisse même plus cracher tranquillement sur les mahométan(e)s sans que l’écho réponde « Oslo » ?)
Là, oui, mon Denis : tu pourras leur suggérer de fermer leurs toutes petites gueules.