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Par Claude-Marie Vadrot - 24 juin 2012

Rio : de la contestation radicale du Sommet des Peuples au consensus mou de l’ONU, les héros sont fatigués

Rio+20 ne laissera pas dans l’Histoire le souvenir d’un grand cru mais c’est peut être le signal que de la contestation à l’establishment, tout le monde doit changer. Et vite

Les conférences de Rio sont donc terminées. Celle des Nations Unies, le Sommet des Peuples et tous les événements périphériques organisés par les associations ou groupes de pression qui viennent profiter d’une exceptionnelle concentration de journalistes venus du monde entier. Pour tous le bilan, version écologiquement et politiquement correcte, est très mitigé. Le Sommet des Peuples, en dehors de quelques débats dont celui sur la déforestation de l’Amazonie, a souvent ressemblé à un bazar artisanal ou se vendaient plus de colifichets indiens que d’idées nouvelles. Sympathique, certes, mais n’apportant pas beaucoup d’idées neuves face à la somnolence de la conférence officielle. D’ailleurs, avoir seulement réuni une cinquantaine de milliers de personnes dans les rues de Rio pour la manifestation du mercredi d’ouverture de la conférence dans une ville d’au moins cinq millions d’habitants, ne témoigne pas un grand indice de mobilisation.

Une impression illustrée par la difficulté des organisations présentes à ce Sommet des Peuples à rédiger une déclaration finale commune qui n’a finalement été publiée que très tard dans la soirée de vendredi sans que la presse en soit informée pour la répercuter. Ceci à la fin d’un bras de fer entre le radicalisme des étrangers et la prudence des Brésiliens. Donc il semble que comme les grandes associations (1) cette partie de la société civile qui se veut plus progressiste, plus offensive, plus radicale commence à se chercher un nouveau souffle et de nouvelles idées de changement et de luttes. Comme le montre, dans un domaine contiguë mais différent la baisse de régime et d’idées des forums sociaux. Qu’ils soient mondiaux ou régionaux. Comme si les expériences locales réussies ne parvenaient pas ou plus à trouver une cohérence politique ou idéologique, comme si aussi–ce n’est qu’un exemple- Attac avait fait son temps après avoir joué un rôle considérable avant de découvrir, comme les Forums, que les questions écologiques et environnementales existaient. L’aile radicale de la contestation de la gestion des ressources naturelles, au sens le plus large du terme, doit manifestement se renouveler.

Inutile de revenir sur l’échec de la force de conviction et de négociations des grandes associations (1) puisqu’elles ont elle-même avoué qu’elles avaient été impuissantes à peser sur la Déclaration finale qui avait été bouclée avant même que se tienne Rio+20.

Déclaration qui n’offre guére de perspective et qui règle aucune problème, et que les délégations n’ont pas eu le droit de modifier en séance plénière. Ne restait que la litanie des déclarations inutiles qui ne pouvaient plus changer le fade contenu de la déclaration finale de 60 pages adoptée sans enthousiasme vendredi après avoir été « fermé » depuis plusieurs jours à tout amendement par le gouvernement brésilien. Ce spectacle nouveau résume parfaitement la tonalité d’une conférence qui n’a rien résolu des malheurs écologiques de la planète parce qu’il ne fallait braquer personne. Vendredi soir, de nombreux délégués avouaient leurs déceptions et leurs frustrations en traînant leurs valises à roulettes dans les couloirs du Rio Centro. En oubliant que beaucoup d’entre eux sont responsables, à des degrés divers et au nom de leurs pays, de l’échec d’une conférence dont l’enfer n’a été pavé que de quelques bonnes intentions dont il ne reste pas grand chose en dehors de la promesse...de continuer.

Certes, l’économie verte a été remise in extremis à sa juste place, certes le Programme des Nations Unies pour l’Environnement sera renforcé (un jour...) ; et évidement, l’écrire ne coûte rien, le rapport final affirme vouloir lutter contre la pauvreté, pour l’eau et l’assainissement accessible à tout le monde ; bien sur la question sociale est évoquée et les objectifs de développement durables ont été précisés et...confiés à une groupe de travail. Mais le bilan des avancées ou des reculs par rapport à la première conférence de Rio de 1992 n’a pas été fait, parce qu’il pouvait fâcher. Notamment sur le question de la biodiversité passée à la trappe. Et les « financements innovants », donc les moyens financiers pour aider au développement et à la défense de l’environnement, sont remis à plus tard, à une autre conférence peut-être. La montagne onusienne a accouché d’une souris qui n’est même pas verte ; aboutissant à ce que la députée européenne des Verts, Sandrine Belier a appelé un « sommet de la déception ».

Dans le fond, Rio + 20 n’est pas un échec puisque les délégués, la société civile et les délégués de la majorité des pays ont découvert en arrivant à Rio que les Nations Unies et le gouvernement brésilien, au lâche soulagement des Etats Unis, de la Chine, de la Russie et de certains pays européens, avaient parfaitement réussi leur coup : transformer une conférence en chambre d’enregistrement du « business as usual ».

Ne reste que le souvenir d’une belle ville bien vivante où se déroulent partout des expériences communautaires passionnantes

CMV

(1) Voir l’article sur le site : « Les associations se fâchent mais ratent leur sortie »

Un jardin communautaire dans la favela Santa Teresa
Un jardin communautaire dans la favela Santa Teresa

Cet article dix de la déclaration finale de Rio illustre jusqu’à la caricature la nouvelle langue de bois construite autour du mot valise qu’est le "développement durable" scandant toutes les pages pour cacher la misère des décisions.

« Nous reconnaissons que la démocratie, la bonne gouvernance et l’état de droit, au niveau national et au niveau international, ainsi qu’un environnement favorable, sont des conditions sine qua non du développement durable, notamment d’une croissance économique durable et profitant à tous, du développement social, de la protection de l’environnement et de l’élimination de la faim et de la pauvreté. Nous réaffirmons que pour atteindre nos objectifs en matière de développement durable, nous devons nous donner, à tous les échelons, des institutions efficaces, transparentes, responsables et démocratiques. »

P.-S.

Pour en savoir beaucoup plus sur ce qui s’est passé depuis Rio 92

UNE MEMOIRE DE 20 ANS : TOUR D’ HORIZON DES MESURES INTERNATIONALES PRISES POUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE , UN DOCUMENT INDISPENSABLE DANS TOUTE BONNE BIBLIOTHEQUE ET UNE HISTOIRE UTILE DES CONFERENCES INTERNATIONALES, LES BONNES COMME LES MAUVAISES... 17H d’archives 1992/2012 Production : Gaia Network, media pep’s, D Martin Ferrari http://memoiresrio20.wordpress.com/...

Commenter (3)

Commentaires de forum
  • Berjoi 25 juin 2012 à 01:13

    Quand il s’agit d’économie mondiale, les déclarations sont très vite suivies d’effet mais lorsque c’est d’écologie, la souris n’est pas loin....nous en avons encore la preuve pour ce Rio+20 ! :-(
    "Business as usual" résume très bien l’état (mortifère ?) du monde.
    Quand est-ce que le vieux monde s’éteindra définitivement ?!

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  • Marbella Hills Homes 11 juin à 10:10

    "la nouvelle langue de bois"

    Ce n’est pas un phénomène nouveau, la langue de bois, la démagogie...ces stratagèmes que seul les gens cultiver usent pour "manipuler", si je puis me permettre, les plus faibles.

    Que dire sur Rio. Quand on voit la concentration dans les favelas, le peuple se fait avoir par l’élite par de beaux discours, ce n’est en rien nouveau..

    Marbella Hills Homes

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  • Halo 26 juin à 11:23

    "Ne reste que le souvenir d’une belle ville bien vivante où se déroulent partout des expériences communautaires passionnantes"

    Ce mondial aura été riche en instruction... Aucun problème tant qu’il y a de l’argent, c’est épuisant !

    Et puis la population..elle n’a pas le choix ! Ça évite les débats !

    Halo

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