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Par Christophe Kantcheff - 25 mai 2012

« Sur la route », de Walter Salles ; « Post tenebras lux », de Carlos Reygadas ; « The Paperboy », de Lee Daniels

Après le ravissement suscité par Holy Motors, qui correspond sans l’ombre d’un doute aux critères d’une palme d’or pour Nanni Moretti (le président du jury disait, avant que les hostilités commencent, attendre des films qui le surprennent), le soufflet retombe sérieusement. La programmation de la compétition n’aide pas. Les trois films qui ont suivi n’avaient aucune chance d’estomper les scintillements du film de Leos Carax.

Dans Post Tenebras Lux, le Mexicain Carlos Reygadas a de bonnes idées de mise en scène et un sens aigu de l’image. Ce dont il a hautement conscience, d’où une complaisance à faire durer ses plans. Quant au discours : des symboles, des symboles, encore des symboles, pas tous immédiatement décryptables, sur la présence du péché partout et la pureté nulle part.

The Paperboy, de l’Américain Lee Daniels , est d’une platitude insigne, avec une Nicole Kidman régressive en poupée barbie botoxée. Quand sa brute de mari sort de prison et qu’il peut enfin lui faire l’amour (c’est la première fois, leur relation est née par correspondance), il est violemment en rut, et le cinéaste, entre deux plans de sexe, montre subrepticement un cochon. C’est assez subtil…

Reste Sur la route, l’adaptation du chef-d’œuvre de Jack Kerouac par Walter Salles, sorti en salles ce mercredi. C’était Le plan com’ du festival. Annoncé avec force trompettes médiatiques sur tous les tons, bandes annonces, couvertures, interviews, photos, affiches… Combien d’articles n’auront pas eu pour titre, à la veille du festival : « Sur la route de Cannes », montrant là combien la promotion gangrène le journalisme, le remplace même, puisque personne ou presque n’avait vu le film avant Cannes malgré l’imminence de sa sortie en salle ?

Autre tour de force du film : avoir réussi à débrancher toute l’électricité contenue dans la Beat génération. Walter Salles a voulu donner du mouvement, de l’ivresse : il a fait de Sur la route un film sur coussin d’air. Les personnages de Sal Paradise (alias Jack Kerouac), Dean Moriarty (Neal Cassady), et Marylou (Luanne Henderson), parfois accompagnés de Carlo Marx (Allen Ginsberg) ou de Old Bull Lee (William S. Burroughs), ne cessent effectivement de bouger. Mais sans qu’une seule fois l’urgence existentielle ne s’incarne autrement que dans des scènes de recherche de plaisirs sexuels ou de paradis artificiels, répétitives et ennuyeuses, qu’elles soient filmées dans l’Oregon, au Mexique ou à Los Angeles, avec en fond l’indestructible coucher de soleil. Pour Salles, la Beat génération est une affaire de garnements excités et irresponsables, interprétés par de beaux jeunes gens (Garrett Hedlund, Sam Riley…), mais finalement rattrapés par leurs frasques. Au bout du voyage, ils trouveront punitions et tristesse. C’est aussi cela, Sur la route, le film : un tout petit peu de souffre, beaucoup de puritanisme.

Le rapport à l’écriture et à la littérature n’est pas non plus un point fort. Seul livre que les protagonistes se passent et se repassent : Du côté de chez Swan, de Marcel Proust. Le message est asséné : Kerouac se mettant finalement à écrire Sur la route a suivi le même parcours que le narrateur de la Recherche. Merci du renseignement. Les scènes d’écriture sont, comme le reste, conventionnelles, et le geste créateur réduit à un cliché romantique. Walter Salles perpétue le mythe d’un Kerouac bouclant le manuscrit de Sur la route avec fièvre et à toute allure. Tandis que le spectateur, floué, se retrouve face à un chromo.

Seul remède : oublier le film, se rendre à l’exposition du manuscrit de Sur la route, le fameux rouleau de 36 mètres, au Musée des Lettres et manuscrits à Paris (VIIème), jusqu’au 19 août ; et lire les deux inédits de Kerouac qui paraissent ces jours-ci, Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines, écrit avec William Burroughs, et Beat Generation, tous deux publiés chez Gallimard et traduits de l’anglais par Josée Kamoun.

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Commentaires de forum
  • patrig k 25 mai 2012 à 16:18

    Au delà de cette critique qui sans avoir vu le film, qui me parait probable en retour et très pertinente, il y a aussi du mythe de cet écrivain le point à faire ...

    Kerouac, qui a certes écrit de très beaux ouvrages, a aussi et néanmoins viré réactionnaire et alcoolo aigri à la fin de sa vie. Young Gwernig , poète breton de Huelgoat , Locmaria Brerrien qui vivait à l’époque pré 68 aux USA , l’avait rencontré et dans nos courtes conversations et du peu qu’il nous en disait , les faits sont cruels , et auraient surement fait fuir les fans babas béas de cet écrivain de la beat generation...

    Kerouac, d’ailleurs était venu à Brest sur les traces de son ancètre, originaire pensait-il de la cité du Ponant ... Jamais , il n’a put en savoir plus . Et fort heureusement d’une certaine manière (quoique) ....

    [ ...//..."Ti Jean (Kerouac se prénomme Jean-Louis à l’état civil), n’oublie jamais que tu es Breton", lui répétait à l’envi son père, mythifiant les aventures de l’ancêtre, Le Bris de Kérouac, venu de Bretagne plus de deux siècles avant. "....//...]

    [...//...Il était convaincu d’être un descendant des +princes de Bretagne+", raconte Patricia Dagier qui a découvert en 1999 l’aïeul de l’écrivain américain parti "aux Amériques" sous un faux nom. ...//...]

    Kerouac, le routard, mystifié et béa de passé glorieux des princes de Bretagne ! .... Il ne se trompait pas beaucoup, d’ailleurs ...son ancètre celte de Notaire et fondé de pouvoir royaliste ...

    [...//... les recherches infructueuses de l’écrivain sur ses racines bretonne et dévoile le parcours de son ancêtre finistérien.

    En 1720, Urbain François Le Bihan de Kérouac, né à Huelgoat en 1702, fils d’un bourgeois finistérien et argenté de Huelgoat, est accusé d’un vol d’argent et d’une tentative de viol d’une jeune fille. Son père, notaire, qui estime sa famille déshonorée décide de l’exiler au Canada....//...]

    Un précurseur à la "DSK" , en quelque sorte ... voleur et violeur .... ,’0) ...

    Voilà une séquence qui aurait eu le mérite de prendre une bonne partie de ces kms de pélicules liophilisées et aseptysées ... si j’en crois cette critique , et bis répétitas .., qui ne m’étonne point.

    Huelgoat, mon bled ... au pays des bonnets rouges, de la quévaise collectiviste , la béatitude n’a pas de poids ...Qu’on se le dise ...

    Patricia Dagier est co-auteur avec Hervé Quéméner, ex-rédacteur en chef de Bretagne Magazine (Le Télégramme***), de "Jack Kerouac, Breton d’Amérique"

    *** Société d’édition de presse financée par l’Etat pour 2.8 millions d’euros en 2010 ... faut bien que ça serve, nos deniers, pas besoin de notaire pour cela, Kerouac ou pas ...

    A propos de Quévaise, et dès embryonnaires organisations en collectif et politique :

    Sur la géographie électorale de la montagne : voir la contribution de Ronan Le Coadic :

    http://www.cairn.info/revue-etudes-...

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