Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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En quête de l’El Dorado

Deux migrants vénézuéliens homosexuels se sont cousu les lèvres, le 9 juin, à Huixtla, dans l’État du Chiapas, au Mexique. Ces deux jeunes prennent part à la nouvelle caravane des migrants, principalement vénézuéliens, en route vers les États-Unis. Ils demandaient l’octroi de visas humanitaires devant l’Institut national des migrations, dans cette ville proche de la frontière guatémaltèque.

Boric à grand train

Le nouveau président de gauche a présenté son programme pour l’année : il fleure bon le service public de partout. Il veut doter le pays, parangon du néolibéralisme le plus débridé sous Pinochet, d’une vraie sécurité sociale, d’un système de retraite garantie, d’un fonds de santé universel, d’une semaine de travail réduite à 40 heures, d’une réforme fiscale sur les revenus miniers et… d’un réseau ferroviaire pour contrer la route et l’avion.

JDD : Tract électoral

Pas piquée des hannetons, la une du Journal du dimanche ce 12 juin, jour du premier tour des élections législatives, avec Jean-Luc Mélenchon en pleine page, titrée « Le chiffon rouge », et ayant pour sous-titres : « Analyses : Europe, sécurité, éducation, économie, agriculture : les craintes qu’inspire Jean-Luc Mélenchon / Législatives : Comment il a installé son duel avec Emmanuel Macron / Controverse : Jean Tirole et Olivier Blanchard attaquent son programme, Thomas Piketty le défend ». Les pages intérieures sont au diapason de ce qui ressemble à un tract électoral. Le JDD flirte ainsi avec le code électoral, qui interdit tout ce qui ressemble à un acte de propagande la veille des élections. À mettre en rapport avec les menaces de censure de deux articles parus dans Mediapart au moment de la présidentielle, consacrés à Marine Le Pen et au locataire de l’Élysée, et apparaissant pour la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle « comme en infraction au regard des dispositions de l’article L.49 du code électoral ». Le JDD n’a pas reçu d’injonction sur le retrait de ses articles et de cette une. À l’évidence, les décisions sont à géométrie variable.

Sahara occidental : Le Maroc à nouveau poursuivi pour actes de torture

Le linguiste états-unien Noam Chomsky avait souligné, fin 2010, que les « printemps arabes » avaient commencé au Sahara occidental, avec l’installation d’un immense camp de tentes à Gdeim Izik (près de Laâyoune, la capitale) par des milliers de Sahraouis, en lutte contre l’occupation marocaine depuis 1975. La répression fut féroce, suivie de condamnations de militants à des dizaines d’années de prison, reposant sur des aveux extorqués sous la torture. Déjà condamné quatre fois pour ces actes, entre 2016 et 2021, par le Comité contre la torture de l’ONU, le Maroc aurait dû libérer quatre de ces prisonniers politiques. L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture et la Ligue de protection des prisonniers politiques sahraouis viennent de déposer quatre nouvelles plaintes devant cette instance onusienne, déclarées recevables. Fort du soutien de Washington et surtout de Paris, Rabat continue pourtant d’ignorer ses précédentes condamnations. Et de mépriser le droit et la justice internationale.

Un crime homophobe puni en tant que tel

Au printemps 2017, Zak Ostmane, militant LGBT algérien, réfugié en France, était drogué dans un bar de la capitale, séquestré et violé par deux agresseurs pendant trente-six heures, avant d’être sauvé par l’intervention de policiers de passage. Cinq ans plus tard, enfin, ses bourreaux ont été condamnés, par la cour d’assises d’Aix-en-Provence, à cinq et dix-huit ans de prison. L’association SOS Homophobie se félicite que le caractère homophobe de l’agression ait été retenu par les jurés, alors même que celui-ci avait été écarté des débats à plusieurs reprises durant l’instruction.

Le « Tchernobyl du Chili » intoxique ses enfants

En trois jours, une centaine de personnes, dont de nombreux enfants, des villes de Quintero et de Puchuncavi ont été intoxiquées par une forte concentration de dioxyde de soufre, cinq fois supérieure à la normale. La pollution de l’air est devenue de plus en plus invivable dans cette région du nord du Chili, transformée depuis 1958 par le gouvernement en centre névralgique des industries minières, pétrolières, de cuivre, de charbon… Aujourd’hui, les autorités sont obligées de décréter l’urgence environnementale, obligeant les écoles à fermer. Quant aux industries polluantes, elles continuent leur activité, même si le gouvernement affirme les surveiller de près.

Des réseaux et des urnes

C’étaient des stars de Twitter et de Facebook. Durant le covid, ils généraient des centaines de milliers de « likes » et de « partages », au point de se croire en mesure de faire vaciller la « dictature sanitaire ». Las, les candidat·es antivax Florian Philippot (4,6 % dans la 6e circonscription de Moselle), Martine Wonner (5,9 % dans la 4e circonscription du Bas-Rhin) ou encore Francis Lalanne (2,13 % dans la 3e circonscription de Charente) échouent sous la barre des 6 %. Un vaste complot, sans doute.

L’Unef muselée à Nanterre

La présidence de l’université de Paris-Nanterre aurait déclenché une procédure d’interdiction d’accès au campus à l’encontre de 9 élus et membres du bureau de l’Unef Nanterre. Dans un communiqué, le syndicat étudiant dénonce un acte « scandaleux mais surtout désespéré » qui vise à justifier le « refus de négocier » de la part de Philippe Gervais-Lambony, président de l’université. L’Unef Nanterre réclame depuis près de sept mois l’inscription de 21 jeunes « sans-facs », victimes de la sélection instaurée en 2018 par Parcoursup. Sans succès.

Canada-Danemark : Un conflit de frontière en moins

Cela faisait un demi-siècle que le statut de l’île Hans restait en suspens, revendiquée par le Canada et le Danemark. Non que l’affaire, picrocholine, ait réellement envenimé leurs relations, mais elle vient cependant de trouver une conclusion. Puérile de simplicité : la frontière passera au milieu de ce caillou inhabité de 1,3 km2 entre l’île d’Ellesmere et le Groenland (région semi-autonome du Danemark), à proximité du pôle Nord. Un effet collatéral de la guerre de Poutine en Ukraine, il semble : les deux pays entendent fêter ce micro-accord comme un exemple de résolution pacifique d’un différend territorial. Les Inuits des deux bords se moquent gentiment de ces colons aux lubies de géomètres : ils rappellent que cette dispute ne les a jamais concernés, habitant en voisins le Nunavut (Canada) et le Groenland, et partageant des liens familiaux.

Ouvriers agricoles : Dumping social, amende colossale

L’entreprise espagnole Terra Fecundis a été condamnée ce 10 juin par le tribunal de Marseille à verser près de 80 millions d’euros de dommages et intérêts à l’Urssaf. Le motif de cette peine d’une ampleur inédite ? Entre 2012 et 2015, cette société d’intérim aurait envoyé près de 26 000 travailleurs, souvent originaires d’Équateur, dans des exploitations agricoles du sud de la France, et payait ses cotisations et contributions sociales en Espagne, où elles sont plus avantageuses.

Le droit européen n’interdit pas le recours aux travailleurs détachés, mais l’encadre et le limite à des missions temporaires. Or l’implantation durable de Terra Fecundis sur le territoire français, où elle a employé des travailleurs étrangers pendant des mois, a été démontrée. L’entreprise espagnole, qui aurait dû cotiser en France, avait déjà été sanctionnée par la justice en juillet 2021, puis en avril 2022, et avait écopé d’une interdiction d’exercer son activité dans l’Hexagone. Payés au salaire minimum français, les employés de Terra Fecundis auraient, en outre, subi de graves atteintes au droit du travail.

Amazon veut tuer son syndicat

Chez Amazon, la création du tout premier syndicat en mars ne passe pas. L’entreprise a envoyé une requête à l’agence américaine en charge du droit du travail pour demander l’annulation du Amazon Labor Union dans un de ses entrepôts. Selon la direction, le scrutin n’était pas « juste et libre ». Un « spectacle futile », dénonce l’avocat de l’organisation. Douce idée de la liberté au pays des Gafam.

Éducateurs en grève

Depuis la semaine dernière, des éducateurs boycottent les audiences au tribunal pour enfants à Lille et Roubaix. Dans un courrier aux juges des enfants, ils expriment leur « refus de cautionner les défaillances [dans la] protection de l’enfance ». Ils sont confrontés au manque de places d’accueil. Sur le secteur de Roubaix-Tourcoing, 1 100 enfants seraient accueillis pour 900 places, selon le syndicat SUD.


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