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Par Bernard Langlois - 12 septembre 2010

un gars généreux …

… sans compromission.

[J’avais eu à diverses reprises l’occasion de vous dire deux mots de l’Imprimerie 34 et de l’ AAEL (Association pour l’art et l’expression libre), joyeux et créatif nid d’anars toulousains, éditeurs de quelques bouquins décapants (comme une Anthologie de la connerie militariste  déclinée en plusieurs volumes, quatre ou cinq à ce jour, car la matière ne manque pas …), et de son créateur et animateur Bernard Réglat [1], dont j’apprends ce dimanche qu’il a quitté ce monde de cinglés. Lymphome.

Ses amis et compagnons m’envoient cet hommage, auquel je m’associe, et vous associe, bien volontiers …]

Insoumis jusqu’au bout

Bernard Réglat a quitté à 70 ans une vie pleine d’idées et d’actions avant d’avoir réalisé les mille projets qui fourmillaient dans sa tête.

Réfractaire à la guerre d’Algérie à moins de 20 ans, sa vie n’a été depuis lors qu’un combat, où la solidarité, le refus de la résignation et de la soumission à un ordre social, économique et politique, dominé par les nantis de tout poil, étaient primordiaux.

Ce qui était important pour lui, c’était la résistance et la désobéissance permanentes. Il était persuadé que la parole ne suffit pas et qu’il faut la mettre en actes, en dehors de l’embrigadement des partis politiques, des syndicats et autres chapelles. L’autonomie était son rêve comme ceux des personnes avec lesquelles il a mené ses combats, partagé sa vie et s’est donné les moyens de vivre cette utopie. Pour lui rien n’était impossible et beaucoup de ses rêves sont devenus des réalités.

C’est dans cet esprit qu’il a rencontré en 68 la plupart des compagnons avec lesquels il a créé l’Association pour l’art et l’expression libre (AAEL) en 1972, l’imprimerie 34 en 1973 (qui édite Flashebdo Toulouse). Pour lui et ses copains, fondateurs de la SCOP, l’imprimerie n’était pas qu’un moyen de survie, mais surtout un moyen d’expression « autonome », dont ils se sont servis allègrement pendant toutes ces années.

Et même s’ils n’ont pas hésité eux-même à le mettre en danger en s’impliquant dans des actions illégales, personne n’a pu et ne pourra les en priver. Quand ils ont participé à ces actions, filé des coups de main à des personnes recherchées par la police ou sans papier, quand ils buvaient un coup entre potes, ce n’étaient pas pour faire les vedettes ou les importants mais tout simplement pour vivre libres en se foutant pas mal des conventions en tout genre.

Ni chef, ni patron, ni terroriste, ni esclave, ni courtisan, Bernard Réglat était un gars généreux sans compromission, bref un humain qui n’a jamais cessé de lutter contre l’autorité, la connerie et la lâcheté. Il disait souvent « quand c’est insupportable, on ne supporte pas » , ses compagnons de route continuent, malheureusement sans lui, cette bagarre joyeuse et furieuse.

Ni Dieu, ni maître !

(Ses amis de la SCOP I 34)

Notes

[1] rencontré au cours d’un reportage pour Le Matin de Paris vers 78 ou 79 … vieux souvenir !

Commenter (13)

Commentaires de forum
  • JPB 12 septembre 2010 à 20:35

    Je ne le connaissais pas, mais, vu ce que tu as écris, je ne lui arrivais pas à la cheville.

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  • Gérard Ponthieu 13 septembre 2010 à 00:15

    Oui, j’ai croisé la route de cet utopiste en marche – et en actes, notamment dans les combats anti-franquistes, côté anarchistes. Fougue et générosité, c’est vrai ; et merci, Nanard, de relayer ce bel hommage qui lui est ainsi rendu.

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  • 14 septembre 2010 à 14:36

    C’est un modèle de résistance. C’est par le rire avant tout qu’il critiquait le monde injuste qui nous entoure, c’est par les actes que sa pensée toujours vive et éclatante se concrétisait. Il fait parti de ces hommes de l’ombre qui disparaissent sans laisser de traces théoriques mais dont les actions politiques vont nous manquer à jamais.

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  • Riton 16 septembre 2010 à 15:50

    Souvenir des années de braise où les ronéos pissaient l’encre par tous les trous, où les bécanes de l’AAEL tournaient pour donner la parole aux groupuscules libertaires de la région, où le Contre-Journal tapissait les rue de Toulouse, où ça chauffait outre Pyrénées, où la solidarité se vivait avec le risque...
    A toutes les compagnes et tous les compagnons de cette époque, qui peut-être se reconnaitrons, salut et fraternité !
    Riton of Montauban
    www.radioassociation.net

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  • EdithE 16 septembre 2010 à 22:02

    c’est encore moi... EdithE... le message "vivre dignement" m’a échappé" lorsque j’ai voulu rectifier une faute de grammaire.. c’était déjà l’étape de l’encadré, voulez vous bien mettre un "s" à il et "nt" à reste dans la phrase, tout au début "s’ils ne restent que tels
    j’ignore vraiment s’il est possible de communiquer par ce biais... en tout cas merci pour vos publications et ce journal, c’est une bouffée d’oxygène.
    EdithE

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  • Guy DUESO 17 septembre 2010 à 08:36

    Salut l’ami,
    il y a longtemps que je ne t’avais écrit...

    Toi qui aimes les énigmes et puisque tu évoques un des fondateur de l’Imprimerie 34, sais-tu d’où elle tient ce nom ?

    Guy Dueso

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  • Bernard Langlois 17 septembre 2010 à 09:59

    @EdithE : pas compris !

    @Guy Dueso : j’ai su, mais je ne sais plus ! Merci de rafraîchir ma mémoire …

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  • jean Eliçabe 21 septembre 2010 à 09:42

    Merci à B. Langlois pour le message qu’il a écrit à l’occasion de la disparition de B. Réglat ; son mesage m’a d’autant plus touché que je connaissais personnellement Bernard depuis le début des années 70, au moment de la création de l’imprimerie 34 ; je peux témoigner en effet que Bernard a toujours été fidèle aux valeurs qui ont motivé la création de la SCOP .

    NB:en répose à la question de guy Dueso, je crois pouvoir répondre que le nom de " Imprimerie34 " vient de " 34 rue des Blanchers " où se trouvait le 1° siège de l’imprimerie, qui avait d’ailleurs été plastiqué par un groupe d’extême droite......

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  • nicolas reglat 22 septembre 2010 à 00:48

    réponse à Guy Dueso :
    j’ajoute que PaPa voulait l’appeler l’imprimerie chevaline ...
    mais c’est effectivement l’imprimerie 34 pour le 34 rue des blanchers qui à été retenue...
    Merci à Bernard Langlois en tout cas, ça fais vraiment plaisirs, les petits mots sympas...
    je sais qu’il t’appréciait, pour moi papa étais un des derniers rebelles sauvages, opposé aux contestataires d’élevages et aux révolutionnaires domestiqués...
    Encore merci, vraiment !

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  • Guy DUESO 22 septembre 2010 à 08:23

    Tout simplement parce qu’elle se trouvait au 34 rue des Blanchers à Toulouse,

    Amicalement

    Guy Dueso

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  • Bernard Langlois 23 septembre 2010 à 17:46

    @Nicolas Réglat : On voit bien pourquoi il t’a donné ce prénom. A cause de la Commune " qu’est pas morte " … Que veux-tu, il pouvait pas savoir ! :-)

    Sinon j’ai toujours quelque part les deux tomes des Dirty comics qu’il m’avait offerts. Hilarants !

    Salut et fraternité !

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  • jacklinelambert@yahoo.fr 6 octobre 2010 à 16:11

    moi,je l’ai connu des mon arrivée à toulouse .
    j’ai visité cette ville avec les manifs contre le francisme

    j’ai participée au meilleur et au pire de ses moments de lutte

    je garderai toujours en mémoire sa presence, son intelligence ,
    son humour NOIRE

    alors cher journal,POLITIQUE
    chat pot
    de paille

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  • PhD 29 octobre 2011 à 12:47

    J’ai eu la chance de connaitre Bernard Réglat à mon arrivée à Toulouse en 1991 et je lui dois beaucoup, à lui et à ses potes de la SCOP.
    Ce que je retiendrai de cet homme c’est effectivement l’immense générosité dont il faisait preuve et cette rébellion permanente contre les la bêtise.
    Merci à lui.
    Que ses amis et parents sachent combien je lui suis reconnaissant et remercie, plus généralement, tous ceux qui croyaient en lui et le suivaient.

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