Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

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Algérie : la société civile montre l’exemple

Les camps se comptent en Algérie. D’un côté, le pouvoir, tenu par le général Gaïd Salah, numéro un de l’armée, tente de s’autopurger en arrêtant à tour de bras d’anciens puissants. La semaine dernière, pas moins de deux anciens Premiers ministres de Bouteflika – Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal – se sont retrouvés sous les verrous dans le cadre d’enquêtes pour « corruption ». Ce fléau étant universel dans les sphères du pouvoir, tant économique que politique, il n’est pas sûr que la stratégie consistant à se couper des bras ou des jambes réussisse à convaincre la population algérienne, toujours mobilisée en masse chaque vendredi dans les rues. Accréditer que même les anciens chefs de gouvernement sont pourris ne peut qu’encourager les manifestants.

En attendant, le 15 juin, la première Conférence nationale des dynamiques de la société civile a accouché d’un texte commun « pour une sortie de crise et une transition démocratique ». Cette assemblée a réuni treize syndicats autonomes, le Forum civil pour le changement (70 associations locales et nationales) et le Collectif de la société civile (20 organisations et syndicats), soit une représentativité très solide du mouvement populaire.

Arrivés avec des positions différentes, les délégués se sont finalement entendus, après de longs débats, sur la nécessité d’« une période de transition allant de six mois à un an », afin de construire « une nouvelle République ». Soit une fin de non-recevoir à l’urgence d’une élection présidentielle, comme le souhaite le général Gaïd Salah, même si celle du 4 juillet a dû être annulée faute de candidats. Alors que la contestation est restée parfaitement pacifique depuis la première manif du 22 février, la société civile montre sa maturité par ce processus inédit en Algérie.

Botswana arc-en-ciel

La Haute Cour de justice du Botswana a supprimé, mardi 11 juin, l’interdiction de l’homosexualité. Le texte en vigueur depuis 1965 prévoyait des peines allant jusqu’à sept ans de prison. Ce jugement est « un signal revigorant pour la dignité humaine, la vie privée et l’égalité », a réagi Neela Ghoshal de l’organisation Human Rights Watch. L’homosexualité est pénalisée dans plus de la moitié des pays subsahariens.

Égypte : mort de Morsi, silence de mort

Mohamed Morsi, qui a succombé à une crise cardiaque, le 17 juin, lors d’une audience d’un de ces tribunaux d’exception qui n’en finissaient pas de le juger, était une figure des Frères musulmans. Mais il se trouve aussi qu’il est à ce jour le seul président égyptien à avoir été démocratiquement élu. C’était en 2012, avant d’être chassé par un coup d’État un an plus tard.

L’homme qui l’a destitué est l’actuel dictateur Abdel Fattah Al-Sissi, qui a produit contre lui des chefs d’accusation absurdes, avant de le tuer à petit feu en lui imposant des conditions de détention inhumaines. Faute de défendre Morsi, les grandes démocraties occidentales, France comprise, auraient pu au moins défendre un principe. Elles se sont tues. La démocratie est décidément un concept à géométrie variable.

On a trouvé pire que le glyphosate…

L’impact du chlorpyrifos, composant de nombreux insecticides, sur le développement du cerveau et le système hormonal volerait 2,5 points de QI à tous les enfants européens. Malgré une toxicité prouvée scientifiquement depuis des décennies, ce perturbateur endocrinien est toujours autorisé en Europe. La reconduction ou non de sa licence doit être décidée d’ici à janvier 2020.

Référendum ADP : des bâtons dans les roues

Incompétence ou mauvaise volonté ? Le site internet ouvert le 13 juin par le ministère de l’Intérieur pour recueillir les signatures en faveur d’un référendum contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP) est fortement critiqué. Outre des « problèmes de paramétrage » sur un des serveurs – admis par la Place-Beauvau –, il est peu ergonomique, ne fonctionne qu’avec quatre navigateurs web, est mal référencé dans les moteurs de recherche et n’est accessible qu’en tapant les trois w de son adresse internet. Enfin, aucun compteur n’a été prévu. Un défaut majeur sachant que la procédure de Référendum d’initiative partagée (RIP), enclenchée début avril par 248 parlementaires des groupes de gauche (PS, PCF, LFI), LR et « Libertés et territoires », nécessite de recueillir en neuf mois le soutien de 10 % du corps électoral, soit plus de 4,7 millions de signatures (17 000 par jour). Impossible donc de savoir même grossièrement si le rythme des signatures, qui peuvent également être recueillies dans les mairies des chefs-lieux de canton, est bon. Mais le gouvernement ne souhaite évidemment pas un succès des opposants à la privatisation d’ADP, qui compromettrait ses autres projets de privatisation.

Maintien de l’ordre : Les Experts à Beauvau

Lundi, Christophe Castaner – toujours allergique au terme de « violences policières » – lançait les bases d’une réflexion sur le schéma national du maintien de l’ordre. « Une liberté de ton totale, de la franchise, des idées, surtout si elles sont disruptives et audacieuses », osait-il devant la presse et une équipe d’experts choisis à cette occasion. Le casting laisse songeur. Pêle-mêle, l’ex-patron du Raid et élu LREM, Jean-Michel Fauvergue, un général de la gendarmerie à la retraite ou encore deux journalistes d’Europe 1 et de TF1, plus connus pour leur compréhension de la matière police-justice que leur esprit critique. Pour Sebastian Roché, auteur du livre De la police en démocratie, certaines absences sont encore plus dommageables : « Comment l’Acat [Action des chrétiens pour l’abolition de la torture], qui a fait des dossiers plus précis que l’administration sur l’usage de la force dans le maintien de l’ordre, peut ne pas être autour de la table ? » Castaner veut pour septembre « une évolution en profondeur ». Toucher le fond, c’est avoir la possibilité de creuser.

Taha Bouhafs, journaliste entravé

24 heures de garde à vue et une épaule déboîtée ne suffisaient pas. Le parquet de Créteil a mis sous scellé le téléphone de Taha Bouhafs, journaliste de « Là-bas si j’y suis ». « Je suis poursuivi pour outrage et rébellion, je ne vois pas l’intérêt pour eux de garder mon outil de travail », s’interroge le principal intéressé. Avec son avocat, il a demandé à la justice la restitution du portable, mais redoute son exploitation judiciaire : « Si ça m’arrive aujourd’hui, ça arrivera aux autres journalistes demain. Et à quoi ça sert d’exercer ce métier si nous ne pouvons pas protéger nos sources ? »

La Poste : à la masse contre des grévistes

Toc, toc, toc. Il était 6 heures du matin le dimanche 16 juin quand des policiers sont venus chercher Gaël Quirante à son domicile. Quels motifs pour embarquer le secrétaire départemental de SUD-Poste dans les Hauts-de-Seine ? Dégradation de biens publics.

Le vendredi 14 juin, lui et des postiers en grève depuis près de 15 mois avaient occupé le siège de leur entreprise pour interpeller les cadres et ouvrir des négociations. Les discussions ont tourné court. Des policiers sont venus toquer à la porte de la petite salle où les contestataires s’étaient planqués… À coup de masse. Lors de cette action, un journaliste photographe du collectif Œil était présent. Les policiers sont venus chez lui également le dimanche matin. Lui et Gaël Quirante ont été relâchés.

Espagne : Ciudadanos embarrasse l’Élysée

La formation espagnole Ciudadanos (Cs) devait être l’une des composantes principales du groupe Renew Europe au Parlement européen avec LREM. Mais Cs met LREM dans l’embarras puisqu’elle vient de faire élire un maire de droite à Madrid, avec les voix de Vox, la formation néo-franquiste, sexiste, homophobe et anti-migrants. Difficile pour LREM de faire une telle alliance à Strasbourg, alors que toute sa campagne a été menée en se présentant comme la seule opposition à l’extrême droite. Par ailleurs, à Barcelone, Cs s’est divisé puisque trois de ses six élus ont refusé de suivre la décision de sa tête de liste, Manuel Valls, d’apporter ses voix à Ada Colau, issue de Podemos, avec celles du Parti socialiste catalan, afin de barrer la route au candidat indépendantiste pour le poste de maire. Ada Colau a finalement été réélu sans contrepartie donnée à Cs, et en disant que « les voix de Valls, le candidat des élites, [l’]incommodent même »

La photo de la semaine : Hongkong uni face à la Chine

Pour le deuxième dimanche consécutif, les Hongkongais sont descendus en masse dans les rues pour demander le retrait d’un projet de loi qui menace les droits de la région autonome. Un projet qui prévoit la possibilité d’extrader des citoyens vers la Chine populaire. La cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, a finalement retiré le texte et s’est excusée. Mais la population exige maintenant son départ.

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Crédit photo : Anthony Kwan/Getty Images/AFP


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