Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Amazon : Black Friday, la noirceur faite vendredi

68 secondes : à peu près le temps que vous mettrez à lire ce court article. Il n’en a pas fallu plus à Alibaba, l’« Amazon chinois », pour enregistrer 1 milliard de dollars de ventes en ligne le 11 novembre dernier, l’équivalent là-bas du Black Friday. En 2018, la perf avait demandé 85 secondes. Pour le Black Friday, qui frappe cette année le 29 novembre aux États-Unis (et donc dans le reste du monde), le site en ligne Rakuten attend en France 2,5 fois plus de ventes qu’en 2018, quand il avait déjà enregistré 11 fois plus de ventes qu’un vendredi « normal » (rapporte Le Figaro).

La résistance s’organise depuis quelques années. Obscène par nature, la déferlante surfe sur des arnaques, signale l’UFC-Que Choisir. Les « fabuleuses » remises dépassent rarement 20 % – les enseignes galèjent sur les prix de référence. Quatre cents marques se regroupent autour d’un « Green Friday » sans remises, promouvant une conso responsable et reversant 10 % des ventes du 29 novembre à des causes associatives. Même style pour « Black for good ». Les 600 enseignes coalisées autour de « Make Friday green again » invitent ce jour à « trier nos placards pour revendre ou recycler ce qui ne nous intéresse plus », et « acheter si on le souhaite mais raisonnablement et au prix juste ». Des associations appellent à « ne rien acheter ». Le scud de la semaine, on le doit à Attac, aux Amis de la Terre et à Solidaires, qui dézinguent Amazon avec un rapport fourni sur l’impact des pratiques du géant de la vente en ligne (233 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018) : impact fiscal (évasion de 60 % de ses recettes, émargement au CICE, etc.), écologique (bilan carbone équivalent à celui de la Bosnie-Herzégovine) et social (plus de 20 000 emplois détruits dans le commerce de proximité). Nous voilà avertis.

Chlordécone : L’État est responsable

La commission d’enquête parlementaire dépêchée pour enquêter sur le scandale du chlordécone est formelle : l’État est le « premier responsable » du « désastre sanitaire et environnemental » qui frappe les Antilles. Dans leur rapport publié mardi 26 novembre, les députés accusent l’État d’avoir favorisé la production bananière au détriment de « la sauvegarde de la santé publique et de l’environnement ». Pesticide ultratoxique qui a pollué les sols à long terme, le chlordécone a été utilisé aux Antilles jusqu’en 1993, alors même qu’il était interdit aux États-Unis depuis 1975 et classé cancérogène possible par l’OMS en 1979. Selon Santé publique France, 92 % des Martiniquais et 95 % des Guadeloupéens sont encore contaminés par ce produit qui provoque massivement des cancers de la prostate, ainsi que des troubles du développement chez les nourrissons.

Radio France : Mobilisation massive

La grève était massivement suivie sur les antennes de Radio France ces lundi 25 et mardi 26 novembre avec sept stations aux programmes fortement perturbés sinon dégradés (France Inter, France Culture, France Bleu, France Info, France Musique, Mouv et FIP). Elle pourrait se poursuivre au moins toute la semaine, selon l’appel des syndicats. En effet, si l’Unsa a fait appel à la grève pour la seule journée du 25 novembre, le SNJ, SUD et la CFDT ont lancé une grève suivie jusqu’au vendredi 29 novembre, tandis que la CGT s’est prononcée pour une grève reconductible indéterminée. Motif du conflit : les 299 suppressions d’emploi (dont 236 départs volontaires sur 4 800 salariés) imposées par le plan de Sibyle Veil, présidente de Radio France. Laquelle entend faire 60 millions d’euros d’économies (20 millions liés à la baisse des dotations de l’État, 20 autres sur les personnels, 15 dans l’investissement sur le numérique et 5 dans le déploiement de la radio numérique terrestre). Le ministère de tutelle n’en demandait pas tant !

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Comme le pointe la CGT, ce plan dit « stratégique » concerne tous les services : le chœur et l’orchestre, la production, les fictions, les techniciens, l’accueil, le gardiennage, jusqu’à la suppression de la rédaction de FIP. À la clé, des charges de travail supplémentaires pour le reste du personnel, et une dégradation des programmes. Les syndicats exigent donc le maintien des dotations de l’État, la suppression du « plan stratégique » et l’abandon des projets de réorganisation du temps de travail. Sibyle Veil a pris le risque d’un nouveau conflit. Au printemps 2015, la grève avait duré 28 jours !

Hongkong : Après les manifs, les urnes !

Après six mois d’un mouvement massif contre la répression et l’autoritarisme chinois, afin de conserver leurs libertés fondamentales, les Hongkongais ont infligé un camouflet cinglant à leur gouvernement aligné sur Pékin. Le plus pacifiquement du monde : par les urnes. Le 24 novembre, l’opposition a en effet remporté 86 % des sièges et la majorité absolue dans 17 des 18 districts de ce territoire rattaché à la Chine en 1997. Jusqu’ici délaissées par la population en raison de leur faible impact politique, ces élections, les seules véritablement au suffrage universel, se sont transformées cette fois en une sorte de référendum populaire de soutien au mouvement, en commençant par le taux de participation qui a bondi à 71 % (contre 47 % en 2015). De très nombreux jeunes leaders du mouvement ont ainsi été élus et l’opposition va pouvoir peser davantage dans le choix du chef de l’exécutif. Toutefois, mardi 26 novembre, les derniers manifestants, qui occupent encore l’École polytechnique assiégée par la police (photo), refusent toujours de se rendre, alors que leur moral et leur état de santé se dégrade. Ils risquent des années de prison…

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Israël : Le terrible bilan de Netanyahou

À lui seul, Benyamin Netanyahou illustre la déchéance morale -d’Israël. Inculpé depuis le 21 novembre pour corruption, fraude et abus de confiance, le Premier ministre se maintient en bloquant le système institutionnel de son pays. Netanyahou s’appuie sur la droite et l’extrême droite pour poursuivre la colonisation intensive de la Cisjordanie, qu’il rêve d’annexer, avec les encouragements de Donald Trump. On a aussi trop vite oublié qu’il avait alimenté, en 1995, le climat de haine qui a inspiré l’assassin d’Yitzhak Rabin. Aujourd’hui, en refusant de démissionner, il empêche la formation d’un gouvernement de coalition entre son parti, le Likoud, et le mouvement Kahol Lavan (Bleu blanc) du centriste Benny Gantz. Mais sa principale réussite est de condamner son successeur, que ce soit Gantz ou son rival au sein du Likoud, Gideon Sa’ar, à poursuivre une politique coloniale aussi meurtrière que suicidaire.

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