Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Corruption : Pas de plaider-coupable pour Bolloré

Le milliardaire breton accumule les mauvaises nouvelles : suspecté de corruption des présidents du Togo et de Guinée en échange de concessions portuaires, des affaires visées par une enquête depuis 2012, Vincent Bolloré (après avoir nié toute responsabilité) avait finalement opté, avec deux de ses cadres, pour le plaider-coupable, procédure qui dispense de procès et d’inscription au casier judiciaire. Si la présidente de la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, Isabelle Prévost-Desprez, a validé l’accord passé entre le procureur et la société Bolloré sur une amende de 12 millions d’euros (un montant calculé sur la base des bénéfices estimés de l’exploitation de la concession portuaire de Lomé, au Togo – les faits étant prescrits concernant la Guinée), elle a refusé que les personnes physiques s’en tirent avec une amende de 375 000 euros, une somme modique pour un milliardaire. On se dirige ainsi vers un procès pour celui qui additionne les procédures bâillons dès lors qu’on regarde ses affaires de trop près.

Réforme : Passage en force sur l’assurance chômage

Peu importe que la totalité des syndicats de salariés et de patrons, reçus ce 2 mars au ministère du Travail, y soient opposés ; que la crise sociale s’annonce dure et durable ; que le principal rédacteur de la réforme, l’ancien directeur de cabinet du ministère, Antoine Foucher, la juge aujourd’hui « décalée » et relevant d’une « erreur d’analyse »… Le durcissement des règles d’indemnisation chômage entrera en vigueur à partir du mois de juillet. Ripoliné après la censure du Conseil d’État, en novembre, le nouveau calcul des indemnités journalières sera déployé avec, élément nouveau, un plancher en dessous duquel il ne pourra pas descendre. L’amélioration de la conjoncture économique conditionnera l’entrée en vigueur, à partir d’octobre 2021, de deux autres volets de la réforme : la baisse dégressive des allocations des hauts revenus et la restriction à l’ouverture des droits (il faudra avoir cotisé six mois sur deux ans, contre quatre mois aujourd’hui). Au bout du compte, le gouvernement compte gratter 1,3 milliard d’euros sur les allocations. Une goutte d’eau, au vu de la dette de l’Unedic qui a doublé en un an, à plus de 70 milliards. Preuve que ce tour de vis impactant 1,2 million de chômeurs est surtout idéologique.

Pôle emploi : Une « qualification » très contestée

L’élection de Valérie Decaux à la présidence du conseil d’administration de Pôle emploi a surpris dans les rangs de La Poste, où elle officie depuis 2019 comme DRH. Dans un communiqué, SUD-PTT ironise sur ce qui lui vaut d’être considérée comme une « personnalité qualifiée » alors que l’auto-assurance chômage de La Poste dysfonctionne : « Des centaines de chômeur·ses censé·es être indemnisé·es par La Poste se retrouvent depuis des mois dans des situations abominables, sans revenus, face à une institution tatillonne et inefficace. » Cette politique managériale assumée – largement décriée par les salarié·es – a été récemment dépeinte par le sociologue Nicolas Jounin dans son essai Le Caché de La Poste. Même si ce management est antérieur à l’arrivée de Valérie Decaux, celle-ci n’en contribue pas moins à sa pérennité.

Justice : « Tolérance zéro » sauf pour… eux

La condamnation de Nicolas Sarkozy à trois ans d’emprisonnement dont un ferme, pour corruption et trafic d’influence, aux côtés de son avocat Thierry Herzog et de l’ancien haut magistrat Gilbert Azibert, a suscité un tollé dans les rangs des droites. En fidèle gardien du temple sarkozyste, Christian Jacob s’est indigné d’« une décision de justice incompréhensible, invraisemblable, totalement disproportionnée ». Marine Le Pen a tempêté contre « une juridiction d’exception ». Quant à Darmanin, il a apporté son « soutien amical » au condamné. Ce qui nous permet de constater, une fois de plus, que les chantres de la « tolérance zéro » s’estiment toujours au-dessus des lois qu’ils votent ou qui ne sont jamais assez sévères à leurs yeux.

Médias : Diffamations en série

Une plainte de plus contre Éric Zemmour et CNews, du groupe Canal : Taha Bouhafs, journaliste du site d’information Là-bas si j’y suis, a porté plainte pour diffamation après avoir été qualifié par le polémiste de « militant islamiste ». C’était en novembre, dans l’émission « Face à l’info », au moment d’une manifestation contre l’article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale. Éric Zemmour s’était indigné que Taha Bouhafs ait accompagné le Syndicat national des journalistes lors d’une rencontre avec Gérald Darmanin. Dans un autre contexte, c’est le rappeur havrais Médine qui a porté plainte pour diffamation contre la députée LREM Aurore Bergé, laquelle, dans une interview sur LCI, le 18 février, soutenait que le musicien « appelait au meurtre » et qu’il était « islamiste ». Une fois de plus, on retrouve les mêmes invectives et pareil racisme sur ces deux chaînes dites -d’information.

Birmanie : L’armée tue de sang-froid

L’état-major avait cyniquement averti les familles : les jeunes qui manifestent contre le coup d’État militaire du 1er février prennent le risque de mourir. L’armée a tenu parole : après les énormes rassemblements de la fin de semaine, dans plusieurs villes du pays, on a relevé près d’une vingtaine de morts, surtout des jeunes, tués à par les forces de l’ordre, qui tirent à balles réelles. Des centaines de protestataires ont été arrêté·es.

Alors que des sanctions étrangères se précisent, l’ambassadeur de Birmanie à l’ONU a infligé une gifle diplomatique à la junte, appelant la communauté internationale à l’aide pour mettre fin au putsch. Il a été immédiatement démis de ses fonctions par le pouvoir militaire. Le chef de la police de Rangoun, la capitale économique, a aussi remis sa démission, refusant de servir des putschistes. L’armée, qui ne redoute visiblement pas d’attiser la colère du peuple, qui adule Aung San Suu Kyi, a entamé le procès de l’ancienne dirigeante assignée à résidence, et dont la destitution était l’objectif de l’armée. Le motif est grave : elle aurait importé illégalement des talkies-walkies et transgressé les mesures anti-Covid lors de sa campagne électorale de novembre 2020, qui a conduit à sa victoire écrasante.

Qatar : Mortels chantiers

6 500 travailleurs étrangers seraient morts au Qatar depuis que le pays a obtenu l’organisation de la Coupe du monde de football 2022, selon The Guardian (23 février). Dépourvu des infrastructures adaptées, l’État du Golfe s’affaire depuis dix ans à construire stades, routes, hôtels, qui accueilleront les représentants des 32 nations participantes. Ce projet gigantesque nécessite pour sa réalisation de nombreux ouvriers venant d’Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh, du Sri Lanka, etc. Le média britannique avertit que son chiffrage est une estimation minimale car les données des gouvernements philippin et kényan manquent, alors qu’un nombre important de travailleurs sont originaires de ces États. De son côté, le Qatar comptabilise… 37 décès, dont 34 « non liés au travail ».

Menacé de putsch, Pachinian s’en remet au peuple

La crise politique qui menace Pachinian depuis la défaite arménienne face à l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh parvient à un point de rupture. L’état-major a demandé le départ du Premier ministre pour avoir critiqué l’efficacité d’un système de missiles, qui en retour a limogé le chef de l’armée… Ce que le Président a refusé d’entériner. Brandissant la menace d’un coup d’État militaire, Pachinian a mis ses partisans dans la rue et proposé des législatives anticipées : toujours populaire, il imposerait probablement, comme en 2018, sa légitimité à une opposition discréditée par la corruption… ainsi qu’à l’armée, qu’elle soutient.

Xavier Niel veut ouvrir un grand campus agricole

Après l’école de programmation « 42 », Xavier Niel souhaite réitérer dans le monde agricole avec « Hectar », un gigantesque campus consacré aux métiers de l’agriculture. Le fondateur de l’opérateur Free a confirmé le financement du projet, qui viserait à former près de 2 000 agriculteurs et agricultrices par an dans les Yvelines, sans frais d’inscription. En parallèle, le lycée agricole de Vaujours – dont la formation est tout aussi gratuite – risque la fermeture à la rentrée prochaine, au détriment des 160 élèves en cours de formation. La direction se justifie en évoquant un déficit de 400 000 euros. Xavier Niel fera-t-il un geste ?

Retour à l’envoyeur

Le sirocco porte parfois un petit parfum de vengeance. En analysant des résidus de sable disséminés en France par ce vent saharien violent, l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest a découvert qu’il comportait des traces de radioactivité. Pour cause : le sable provient du Sahara algérien, où la France avait réalisé des essais nucléaires dans les années 1960.

Amende piquante

1 000 à 60 000 euros. C’est ce qu’il en coûterait aux habitants de Galice refusant de se faire vacciner. Dans un pays, l’Espagne, où 80 % de la population est favorable à l’injection, cette mesure est en contradiction avec le principe de volontariat voulu par le pouvoir central. Imaginée par le Parti populaire, qui domine le parlement régional, elle sera examinée par le tribunal suprême espagnol.

L’Argentine contre les « vaccins VIP »

Depuis une semaine, le hashtag #vacunasvip (vaccins VIP) envahit les réseaux sociaux argentins. En cause, une liste de 70 personnes ayant bénéficié d’un passe-droit vaccinal par le ministre de la Santé, Ginés González García, alors que le pays est loin d’un approvisionnement satisfaisant. Malgré la démission de ce dernier, une mobilisation rassemblant plusieurs milliers de personnes s’est tenue samedi 27 février dans le pays.

De Véran à Korian

Grégory Emery, conseiller sécurité sanitaire auprès d’Olivier Véran, a quitté ses fonctions le 1er mars. Médecin de santé publique, en poste depuis près de quatre ans au ministère des Solidarités et de la Santé, il devrait, selon le site d’information Gerontonews (18 février), rejoindre, en tant que directeur des affaires publiques, le groupe Korian, leader dans le domaine de la prise en charge de la dépendance.


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