Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Barkhane : Un retrait et l’aveu d’un échec

Le coup d’État à Bamako a été un effet d’aubaine pour Emmanuel Macron, pressé de mettre un terme à l’opération Barkhane. La France, soudainement touchée par la vertu, répugnerait à poursuivre une mission conjointement avec une junte militaire. Comme si ses autres « partenaires » africains étaient tous des parangons de démocratie. En vérité, Macron cherchait une porte de sortie pour une opération sans issue militaire, et de plus en plus impopulaire à Bamako, même si l’ambiance était moins hostile au nord du Mali, malgré une terrible bavure en janvier dernier. Toutefois, le départ des troupes au sol ne signifierait pas un désengagement total de la France dans le Sahel, où elle défend de solides intérêts économiques, et s’efforce de contrer les convoitises russes. La France conserverait quelques centaines de militaires engagés dans la force européenne Takuba, qui n’est pas loin d’être encore une fiction.

Algérie : Un air des années noires ?

Les législatives ont confirmé l’inquiétant autoritarisme du pouvoir. Juste avant le vote, le gouvernement a fait arrêter plusieurs opposant·es, dont plus de 200 sont en prison en raison de leur engagement politique. Alors que le mouvement citoyen du Hirak et une partie de l’opposition boycottaient cette « mascarade », l’abstention a été massive (70 %), 10 points de plus qu’en 2019 quand Tebboune a été élu président dans l’indifférence. En Kabylie, dont le pouvoir central réprime durement les velléités d’autonomie, le taux de participation a souvent été nul.

Autre enseignement notable : l’engagement des islamistes, représentant plus de la moitié des formations participant au scrutin. La plus importante, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), a même revendiqué la victoire alors que les résultats ne sont pas attendus avant quelques jours. La répétition du scénario des terribles années 1990 est-il possible ? C’est comme si le pouvoir, qui justifie en permanence sa légitimité sur l’écrasement des islamistes pendant la décennie noire des années 1990, préférait une opposition islamiste, même si le MSP est beaucoup plus modéré que ne l’était le FIS. Reste que la majorité du pays, qui n’est pas allée aux urnes, rejette l’un comme l’autre. Ces élections n’y changeront rien.

Vaccin covid : Contagion d’hypocrisie

Encore raté ! Le G7, du 10 au 13 juin, est certes parvenu à aligner les promesses de doses – 1 milliard d’ici à un an –, mais les grandes puissances continuent de bloquer le projet de levée des brevets sur les vaccins et les technologies afférentes, débattu au sein de l’Organisation mondiale du commerce. Emmanuel Macron avait promis de militer pour des « exemptions », il préfère désormais « réfléchir », tout en précipitant l’ouverture de la vaccination aux 12-17 ans. Il enjoint également aux industriels – qui empochent des marges d’environ 90 % sur chaque dose vendue – de faire un effort. À force d’attendre, au scandale moral et sanitaire de l’iniquité face au vaccin, risque de s’ajouter une discrimination géographique de plus en plus prégnante, si les populations du Sud se retrouvent barrées aux frontières faute de passeport sanitaire en bonne et due forme.

Covid-19 : Macron défend son « pari »

La Macronie exulte, les chiffres de l’épidémie sont excellents et surprennent même les experts. La vaccination va bon train. De quoi espérer un été serein. Mais il est encore tôt pour vendre la peau de l’ours. Le variant delta (dit « indien ») serait 60 % plus contagieux que le variant alpha (dit « anglais ») et associé à un échappement immunitaire. Au Royaume-Uni, l’un des pays les plus vaccinés au monde (à 57 %), il représente 96 % des cas et pousse à la hausse les contaminations (qui ont doublé en une semaine). Mais les Britanniques sont aussi nombreux (22 %) à n’avoir reçu qu’une seule dose (insuffisante contre le delta), majoritairement du vaccin AstraZeneca, moins efficace contre le delta. Bonne nouvelle toutefois : les données outre-Manche montrent que tous les vaccins sont efficaces à plus de 90 % contre les formes graves après deux doses.

L’Union européenne, avec une stratégie axée sur des vaccins à ARN et deux doses, se retrouve mieux placée. Ces tendances invitent néanmoins à la prudence alors qu’il souffle un (agréable) vent de sortie de crise dont l’exécutif ne se prive pas de récolter les bénéfices. Reste à convaincre encore pour parvenir avant l’automne à 90 % des Français·es vacciné·es à deux doses, et espérer semer définitivement le virus.

La cagnotte de l’Élysée

Dans un rapport consacré au budget des pouvoirs publics sur l’année 2020, le député Christophe Naegelen (UDI) note que l’Élysée a économisé l’an dernier 3,7 millions d’euros. Notamment en raison de la réduction du nombre de voyages présidentiels du fait de la pandémie : sur 15,6 millions budgétés, 8,8 millions ont été dépensés. Une part de ces crédits ayant été réaffectée à des investissements (informatique, sécurité et immobilier), le rapporteur « s’étonne de l’ampleur de ces redéploiements et estime que ces moindres dépenses auraient au moins pu en partie être reversées au budget de l’État ».

Droit d’asile : La « vocation » des déboutés, selon Roussel

Stupeur d’une partie des communistes, dont la présidente de leur groupe sénatorial, Éliane Assassi, à l’écoute de leur secrétaire national, le 11 juin sur CNews. Interrogé sur les expulsions des déboutés du droit d’asile, dont Emmanuel Macron souhaite qu’elles soient plus nombreuses, Fabien Roussel lâche : « S’ils n’ont pas vocation à rester sur le sol français, ils ont donc vocation à repartir chez eux… » « Donc à être expulsés », relance Laurence Ferrari. « Oui, à être raccompagnés chez eux. Je sais les difficultés qu’il y a avec les pays d’origine et donc les discussions qu’il faut avoir avec eux. Je dis effectivement que, quand on ne bénéficie pas du droit d’asile, on a vocation à rentrer chez soi. » La vocation de Roussel semble, elle, de droitiser son parti.

Sanchez veut gracier les Catalans

Le chef du gouvernement espagnol, qui a toujours affirmé privilégier le dialogue, est sur le point d’accorder sa grâce aux douze indépendantistes catalans emprisonnés pour avoir organisé en Catalogne le référendum illégal d’autodétermination de 2017. En dépit d’une opposition ultra-majoritaire à droite, et qui dépasse 60 % dans l’opinion, le socialiste y voit la seule manière de sortir de l’impasse catalane.

Redevance copie privée : double taxe

Les téléphones reconditionnés seront soumis à la « rémunération pour copie privée », une redevance qui permet de soutenir le secteur culturel, mais à un taux réduit par rapport aux appareils neufs. Les sénateurs avaient proposé que cette taxe ne s’applique pas aux appareils reconditionnés, provoquant un tollé dans le monde culturel, qui appelle à ne pas opposer culture et écologie.

Reconversion russe pour Fillon

François Fillon entre au conseil d’administration du groupe pétrolier public russe Zaroubejneft, et ce, par décret du Premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine. L’ancien Premier ministre français y devient, au nom de sa société de conseil Apteras, l’un des « représentants de la Fédération de Russie » et donc de son président, Vladimir Poutine. « Imagine-t-on le général de Gaulle… », se demande-t-on, à l’instar du candidat Fillon en 2016. Définitivement, non !

Une antivax à EELV

Candidate Europe Écologie-Les Verts dans le canton de Saujon (Charente-Maritime), Stéphanie Muzard-Biteau est viscéralement hostile aux vaccins à ARN messager et fait régulièrement des parallèles outranciers avec le nazisme sur les réseaux sociaux, reprenant les pires discours de la complosphère antivax. Un engagement obscurantiste que les dirigeants écolos ne peuvent ignorer, la candidate étant mariée à l’eurodéputé EELV Benoît Biteau.

Bennett, un Bibi bis ?

Qui se réjouira de la chute de Benyamin Netanyahou ? Pas grand monde, hormis la justice israélienne, qui pourra enfin juger ce multi-inculpé (corruption, fraude…). Son successeur, Naftali Bennett, est un nationaliste de la pire espèce qui défend la colonisation à outrance des terres palestiniennes. Il s’appuie sur une coalition si hétéroclite qu’elle semble vouée à être très éphémère.

Menace de famine au Tigré

Dans la région du Tigré, en Éthiopie, 350 000 personnes sont menacées de famine, dont 30 000 enfants, alerte l’ONU. Depuis novembre, une guerre oppose la minorité des Tigréens à l’armée éthiopienne, soutenue par l’Érythrée. Le gouvernement d’Abiy Ahmed – Prix Nobel de la paix en 2019 – contrôle les principales routes et les villes, empêchant l’aide alimentaire d’être acheminée dans la région.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.