Robert Guédiguian : « L’Arménie pourrait disparaître »

Depuis mardi 12 septembre, les combats font de nouveau rage entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan dans la région du Haut-Karabagh. En juillet dernier, dans nos colonnes, le cinéaste Robert Guédiguian lançait, avec Simon Abkarian, un appel au don en faveur d’un pays plus que jamais isolé et menacé. Il en appelait à l’importante diaspora mondiale.

Figure emblématique du cinéma français, Robert Guédiguian n’en oublie pas ses racines arméniennes pour autant. Depuis la guerre contre l’Azerbaïdjan, en 2020, l’Arménie est ruinée et livrée à elle-même sur la scène internationale. Un collectif, notamment mené par le metteur en scène, lance une opération privée de financement d’un État failli. L’homme de gauche s’explique sur une démarche à contre-emploi.

(Interview initialement publiée le 20 juillet 2022, Politis n°1715-1719.)

Pourquoi lancer une telle initiative ?

Robert Guédiguian : Le début de cette histoire trouve son origine dans la défaite de l’Arménie face à l’Azerbaïdjan dans la région du Haut-Karabagh en 2020. Ce conflit a laissé le pays ruiné. Ceux qui connaissent la région et les réalités du terrain n’hésitent plus à envisager une disparition complète de l’État arménien. Comme on parlerait de l’espèce humaine, je pense que l’espèce arménienne, y compris l’ensemble de ce qui constitue l’identité de la diaspora, pourrait disparaître. Et si, à l’instar de la biodiversité, on considère que la diversité culturelle est importante, alors la situation du peuple arménien est catastrophique. Avec Simon Abkarian, cela nous a conduits à nous questionner sur ce que nous pouvions créer pour aider.

Nous assumons d’engager nos réputations et nos légitimités dans cette démarche.

L’histoire arménienne est sanglante et disputée. Le pays compte 3 millions d’habitants quand la diaspora est forte de 4 millions de ressortissants. Cette situation amène à s’interroger : être arménien, qu’est-ce que cela signifie ?

Cela reste un mystère à mes yeux. Je ne sais ce qui unit ces gens par-delà les États, l’histoire et la géographie, ce qui soude une communauté. Ce que je sais en revanche, c’est que mon père s’appelait Guédiguian et qu’il m’a transmis cet héritage, qui est plus fort que tout. C’est bien sûr de l’ordre de la reproduction. Et puis il y a évidemment le poids du génocide. Ce peuple sait qu’il a failli disparaître.

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