Le 25ème Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, dont la directrice veut « autoriser les enfants, les jeunes, les familles à tutoyer la littérature avec bonheur » [1], a été inauguré avant-hier à Montreuil par le gratin de l’édition (qui sait que ce « rendez-vous incontournable dans notre agenda culturel » [2] est avant tout une affaire de (très) gros pognon [3]), en présence, notamment, de Claude Bartolone, président « socialiste » du conseil général de la Seine-Saint-Denis, de Jean-Paul Huchon, président « socialiste » du conseil régional, et, bien sûr, de la mairesse de Montreuil, Dominique Voynet.
Tous ces braves gens ont passé la soirée à trinquer - au champagne, comme de juste - et à se congratuler - saines joies de l’entre soi - en se répétant, je suppute, ces fortes paroles du même Bartolone : « La lecture offre du rêve et de l’évasion d’un quotidien parfois difficile ».
Juste en face de l’entrée du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, rue Marcel Dufriche, il y a (justement) une friche industrielle.
Donc, tu as, d’un côté, l’entrée du salon et l’accès « VIP »- que voici :

Et juste en face, tu as cette friche, que voilà :

Avant l’inauguration du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, on y trouvait un campement de Roms.
Une poignée de pauvres cabanes de bric et broc : c’est bien assez pour ces gens-là, n’est-ce pas ?
Mais ça faisait quand même sale, dans le paysage.
Ça aurait pu, sait-on jamais, offusquer la vue des gens de culture et de raffinement qui se pressaient hier et se pinçaient le cul à l’inauguration du 25ème Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis.
(Merde alors, Chantal, peut-on encore petit fourrer sans que des gueux campent dans l’horizon ?)
Heureusement, juste avant qu’il n’ouvre ses portes - et par l’effet d’une ravissante coïncidence : des bulldozers ont arasé le campement des Roms.
Ils sont maintenant parqués dans quelques tentes, apportées par des militant(e)s, à quelques dizaines de mètres à peine de l’entrée du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis.
Juste assez loin pour ne pas incommoder les petits nenfants qui viennent par classes entières filer du pognon à d’éminents éditeurs soucieux de « la réussite de notre jeunesse ».
Ils sont là :

Évidemment : leurs enfants dorment dans la rue, sous la pluie, dans le froid - et ça leur fait sans doute un quotidien parfois difficile.
Pour autant : nul « VIP » du livre pour la jeunesse ne les aide à tutoyer la littérature, le rêve, l’évasion.

Mais Voynet, qui avait promis qu’en votant pour elle Montreuil gagnerait « une vie politique moins violente », se défausse sur « un propriétaire privé » [4].
Bartolone, quant à lui, préfère proclamer : « Chaque année, 30.000 enfants de toutes nos villes visitent ce Salon en famille » (sans qu’on leur dise évidemment qu’en authentiques « socialistes » nous laissons d’autres gosses dans la faim et le froid à cinquante mètres de là).
Post-scriptum (8 décembre 2009) : le 3 décembre, l’« adjointe chargée des déplacements et de la Voirie » à la mairie de Montreuil a signé un arrêté municipal (ci-dessous) prévoyant de faire procéder au « nettoyage » et à la « désinfection » de la rue Gutenberg - et priant la police de bien vouloir se charger de « l’exécution » de cet arrêté.

Le 4 décembre à midi, les Roms ont par conséquent été virés - pour la deuxième fois en quelques jours.
Leurs tentes ont pu être sauvées in extremis par des militant(e)s présent(e)s sur les lieux.
La mairie de Montreuil explique avoir été saisie par des riverain(e)s se plaignant de la présence de « rats ».
Les Roms n’ont pas été relogés.
À suivre...


