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Accueil du site > L’hebdo > Médias > « Le baiser de Marseille » : pourquoi tant de buzz ?

Par Pauline Graulle - Suivre sur twitter - 25 octobre 2012

« Le baiser de Marseille » : pourquoi tant de buzz ?

Deux jeunes et belles filles qui s’embrassent devant des vieilles réacs outrées. Pourquoi la « rebelle attitude » bien sage fait un carton...

 Du Monde.fr au site Huffington Post, elle fait le tour du Web et des réseaux sociaux depuis hier. De tweets en retweets, et de partages en bouche-à-oreille, elle a même gagné un titre - et donc, ses lettres de noblesse... Que représente « Le baiser de Marseille » ? Deux jolies jeunes filles aux cheveux longs qui se donnent un gentil baiser - plutôt « smack » correct que galoche enfiévrée. Et, en arrière-plan, une ribambelle de veilles femmes floue, mais dont on aperçoit les visages outrés...

« Le baiser de Marseille »
« Le baiser de Marseille »

Gérard Julien / AFP

Ces deux « héroïnes » qui prennent la pause pour l’occasion - une manif anti mariage gay à dans la Cité phocéenne -, avoueront bien vite qu’elles ne sont pas homosexuelles. Mais qu’importe si l’image ment, tant que l’image d’Épinal demeure...

Cette image renvoie ainsi, bien sûr, à d’autres images. À d’autres baisers immortalisés. En premier lieu, et toute proportion gardée (la photo prise par l’AFP n’offre aucune dimension artistique), au célèbre Baiser de l’Hôtel de Ville. Une photo dont on apprendra d’ailleurs, avec la même déception, que derrière l’apparente spontanéité de la scène, Doisneau avait fait poser les deux amants... 

« Baiser de l'Hôtel de Ville »
« Baiser de l’Hôtel de Ville »

Robert Doisneau

Sans, bien sûr, comparer le chef-d’oeuvre de Doisneau avec le joli Baiser de Marseille, on peut s’interroger sur la dimension « iconique  » d’une image, qui se révèle en réalité... tout à fait peu spectaculaire ! 

La transgression mise en scène apparaît ainsi bien pauvre. L’homosexualité est largement rentrée dans les moeurs, et la société française est, dans son ensemble, plutôt favorable à l’union homosexuelle... Rien de bien débauché, donc, dans ce baiser. Quant au contexte immédiat, le « public » composé des membres de l’Alliance Vita, on imagine mal ces femmes bourgeoises d’un certain âge s’armer de fourches pour dégager les deux indociles. Le danger de l’acte était donc quasi nul... 

Au final, cette image se veut l’étendard d’une rébellion qui n’a plus rien de bien rebelle. Après Mai 68, quoi de plus conventionnel de mettre en scène la beauté et la fraîcheur de la jeunesse versus le conservatisme d’une vieillesse bourgeoise ? Rien de nouveau, ni de subversif, sous le soleil.

Voilà sans doute la raison du succès du Baiser de Marseille, une image finalement attendue : donner l’apparence de la contestation tout en étant totalement conformiste. Si cette image est un symbole, c’est donc bien d’une société étrangement chaste et policée.

À côté, les anti-Notre-Dame-des-Landes, qui ont commencé une guerre de tranchées avec les CRS dans le bocage breton, auraient presque l’air de dangereux terroristes... Fort à parier que les images de leur mouvement ne feront, elles, pas le tour de la Toile... 

Notre-Dame-des-Landes, 17 octobre 2012
Notre-Dame-des-Landes, 17 octobre 2012

Jean-Sebastien Evrard / AFP

Commenter (13)

Commentaires de forum
  • Pascal 25 octobre 2012 à 12:44

    Pourquoi faudrait-il du trash pour exprimer la joie d’être libre, et de pouvoir provoquer sans risque d’être tabassé, l’ire d’un groupe réactionnaire enfin devenu minoritaire ? Pour faire vibrer la fibre "vraiment rebelle" de Politis ?
    Si vous croyez que l’homosexualité à Marseille se vit au grand jour et sans craindre pour sa peau, vous rêvez. Cet acte suscite légitimement l’enthousiasme parce qu’il est amusant et jouissif, et s’il est aujourd’hui polissé et facile de faire ce que ces filles ont fait, c’est déjà une victoire.

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  • Ardwenn 25 octobre 2012 à 13:12

    C’est tout à l’honneur de Politis de mettre l’accent sur la bizarrerie –parfaitement prévisible, mais quand même – de ce « buzz », qui, de fait, fait plus recette que Notre-Dame-des-Landes ou les 10.00 emplois perdus de Ford-Genk.
    On se posait déjà la question : « Y at-il quelqu’un de sensé dans la salle » ?...
    On peut laisser à l’actif du « Parti » gay d’avoir redonné des couleurs « révolutionnaires » au Mariage et à la Famille patriarcale, qui avaient bien besoin de sang neuf.
    Et dans la foulée, pourquoi ne pas revendiquer le mariage religieux ?
    Mais il faut quand même se poser des question sur cette « Gauche » qui n’arrive plus à se différencier de la Droite que sur un affrontement entre ancienne et nouvelle morale sexuelle.
    Au prix d’un cetain terrorisme intellectuel : les Cathos étant CONTRE l’homoparentalité, il FAUT donc être POUR, si on veut éviter l’anathème suprême : « Réactionnaire ! « ...

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    •  
      Guillaume 18 juin 2013 à 14:35

      En effet j’en avais justement parler sur mon site de buzz Agréable de voir quelqu’un d’accord avec moi. A bientôt !

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  • fugh 25 octobre 2012 à 14:11

    La lutte cailloux contre CRS est peut-être nécessaire, mais son efficacité à grande échelle est une vraie question : la violence comme arme de révolution massive a aussi fait la preuve qu’elle se retourne contre ceux qui l’ont employée, qu’elle n’éteint pas la fonction "violence légitime" de l’Etat quand sa tête tombe, si tant est qu’elle tombe. Au contraire. Donc il faut trouver d’autres terrains pour faire glisser le curseur, ne pas permettre à l’Etat d’user de ce prétexte d’ordre public pour maintenir l’ordre social.... Vas-y jolie jeunesse, Gandhi n’a pas fait autre chose

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  • francois 25 octobre 2012 à 14:28

    Certes, cette photographie n’est pas aussi transgressive qu’on pourrait le penser : la représentation de l’homosexualité féminine est plus communément acceptée que celle de l’homosexualité masculine, ces femmes sont jeunes et belles, le baiser reste pudique... Bref, la réalisation parfaite d’un gentil fantasme d’homme hétérosexuel.

    Mais je suis fatigué d’entendre cette argumentation par l’absurde selon laquelle tel acte contestataire serait en réalité le signe d’un conformisme bon teint, voire l’objet d’une manipulation médiatique servant à occulter les véritables luttes sociales :

    D’une part cela n’a aucun sens de comparer cet événement avec celui de Notre-Dame-des-Landes, qui n’a donc rien à faire dans cet article si ce n’est accréditer votre thèse, jamais vraiment explicitée, selon laquelle il existerait une sorte de complot médiatique cherchant à détourner l’attention de l’opinion publique.

    D’autre part, l’homosexualité n’est pas aussi largement acceptée que vous voulez bien le croire. Le projet de loi du gouvernement fait ressurgir de vieux réflexes homophobes, y compris au sein des plus jeunes générations. Il suffit de voir certains regards gênés, moqueurs et même souvent hostiles lorsque deux personnes du même sexe s’embrassent en public. Il ne s’agit donc pas seulement d’un combat d’arrière-garde mené par les émules de Christine Boutin.

    Si je suis d’accord avec vous pour minorer quelque peu la portée de cette photographie, je pense qu’il ne faut pas pour autant la considérer sans valeur, loin de là.

    En particulier du fait de son caractère spontané : voilà deux jeunes femmes qui avouent ne pas être militantes et qui décident, en une poignée de minutes, de quelle manière agir et sans penser à la postérité de leur acte. Je serais presque tenté de croire que c’est bien cette spontanéité et cette légèreté qui vous gênent finalement, car elles ne correspondent pas aux canons de la lutte sociale telle que vous vous la figurez et telle qu’elle est représentée avec la photographie de Notre-Dame-des-Landes, que vous ne pouvez pas vous empêcher de publier à la fin de votre article.

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  • Pauline Graulle 25 octobre 2012 à 14:40

    Bonjour,

    Merci pour tous ces commentaires ! Ce n’est pas un article dénonciateur, et loin de moi l’idée de remettre en cause l’action de ces deux jeunes filles et la cause qu’elles défendent !
    L’idée était juste d’essayer de comprendre et d’analyser pourquoi une image (en particulier cette image presque anodine, même si je ne doute pas un seul instant que l’homosexualité n’est pas toujours facile à vivre...) prend, à un moment donné, tant d’importance, au point de devenir une "icône". La comparaison avec Notre-Dame-des-Landes n’est pas sur le fond, mais bien sur la forme : il y a des IMAGES (et donc un imaginaire collectif) de luttes plus ou moins bien acceptées à certaines époques... Le Baiser de Marseille est très populaire car il nous renvoie à des luttes que nous connaissons bien, pas très dérangeantes... Mais pas inutiles pour autant !

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    •  
      berjoi 25 octobre 2012 à 18:03

      "Le Baiser de Marseille est très populaire car il nous renvoie à des luttes que nous connaissons bien, pas très dérangeantes... "

      Je ne sais pas quel âge vous avez ni à quelle époque vous vivez mais je vous conseille vivement d’ouvrir les yeux sur l’homophobie et par là, de lire le dernier rapport (2012) de SOS Homophobie.

      http://www.sos-homophobie.org/rappo... Faites-en profiter toute l’équipe de Politis pendant que vous y êtes, cela leur fera le plus grand bien !

      Vous vous rendrez-compte ainsi que l’homosexualité dérange encore, jusqu’à la mort parfois !

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  • fabien 25 octobre 2012 à 16:31

    Je rejoins le commentaire de François, l’acceptation de l’homosexualité n’est pas si évidente que cela dans notre société, en particulier dans certains milieux. Je trouve que les questions soulevées par le projet de loi actuel font ressortir des formes peut-être plus insidieuses d’homophobie. En outre, croire que la chose est à peu près bien acceptée dépend sans doute du milieu dans lequel vous évoluez. Je me rappelle avoir travaillé dans un centre de formation pour apprenti des métiers de l’automobile et du bâtiment, je vous assure que l’homosexualité n’y est pas du tout acceptée, et l’homophobie la norme... Vous parlez d’icône pour cette image, mais je ne peux m’empêcher de penser que vous souhaitez au fond y opposer une autre forme d’icône (la lutte à la papa si je puis dire).

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  • bertjoi 25 octobre 2012 à 17:37

    Dans la presse de droite (sans en être étonné de sa part) et malheureusement aussi de gauche, on parle de mariage gay, de mariage homosexuel mais ce n’est pas de cela dont il s’agit d’acter dans la loi française.
    Si, en fin de compte, le PS et le gouvernement va au bout de ses volontés à ce sujet, il s’agira d’étendre le mariage aux couples de même sexe (2 hommes ou/et 2 femmes).

    Parlons donc de MARIAGE POUR TOU-TE-S.

    Merci d’avance !

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  • etienne 25 octobre 2012 à 17:42

    Pas d’accord avec votre article blasé et sarcastique, qui ridiculise l’acte spontané de ces deux filles.

    L’homosexualité banalisée ? Dans certains médias, mouais, mais la société est loin de l’avoir intégrée ! Et c’est encore l’homosexualité masculine qui passe le mieux à l’écran, les femmes ayant, dans ce domaine-là comme dans bien d’autres, moins le droit à l’image que les hommes.

    L’image ment, parce que ces filles sont en réalité hétéro ? Mais non, elle est encore plus forte, car preuve d’ouverture d’esprit et de solidarité !

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  • José-Angel 26 octobre 2012 à 01:10

    Bonsoir,

    vous trouverez ma réponse ici http://iberenexil.org/je-suis-homo-...

    pour en discuter,
    José-Angel

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  • Ubke 1er novembre 2012 à 13:54

    Cet article est tout à fait consternant, manifestement issu de ce milieu très bobo-parisien autocentré tellement certain de son ouverture d’esprit qu’il en nie les réalités les plus élémentaires. Aucune analyse de fond sur l’IMAGE comme tente de le défendre, sans le moindre argument percutant, son auteure.
    Nul besoin de se mettre en danger pour exprimer valablement une opinion à mon sens. La contestation ne saurait être considérée comme l’unique moyen de de revendiquer ou d’exprimer une position, surtout pas dans une démocratie très imparfaite, certes, mais où la liberte d’expression est relativement preservee. Cette image est jolie, elle s’inscrit dans un débat houleux de société et il n’y a probablement rien d’autre à y voir. Je suis bien déçue de Politis, qui m’a habituée à plus de finesse.

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