Cher Christophe,
La possibilité d’un « bel héritage » oblige à la précision de l’inventaire.
À de rares exceptions près, la dimension critique fondamentale présente dans le mouvement de contestation de Mai 68 est passée sous silence au profit de quelques analyses parcellaires devenues acceptables.
Le dossier de Politis n’échappe pas à ces silences coupables déjà présents dans les commentaires médiatiques de l’époque.
L’objet princeps de la critique mais aussi les origines du surgissement du mouvement manquent et pâtissent à promouvoir la dimension du sens où l’héritage ferait office de clairvoyance sur les conditions d’organisation de l’idéologie dominante actuelle.
L’objet principal de la critique radicale de Mai 68 est la marchandise comme lieu du rendez-vous de toutes les contraintes et comme fétiche de l’idéologie spectaculaire concentrée.
Les contestations des moeurs de l’époque, des pesanteurs sociologiques, du paternalisme « gaullien », des blocs idéologiques Est-Ouest, des guerres coloniales et impérialistes, ne peuvent trouver à être comprises qu’à travers le prisme d’une critique de « la Société du Spectacle » et de son fétiche.
Cette critique (aujourd’hui scandaleusement absente) a été portée par les Situationnistes qui, étrangement évacués (malgré la mention de René Riesel et Guy Debord) du dossier de Politis, sont aussi à l’origine du déclenchement des évènements (nés bien avant le 22 mars) à l’occasion de la diffusion de la plaquette « De la misère en milieu étudiant » à l’Université de Strasbourg.
Oublier cela, oblige à faire de Mai 68 un joyeux remue-ménage sans
conséquence avec la bénédiction des politologues et autres sociologues de tous poils qui n’ont de leur savoir à transmettre que la résignation à l’absence d’une critique radicale devenue aujourd’hui plus que jamais nécessaire.
Amicalement.
Michel.