Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Australie : « ScoMo, dégage ! »

La polémique sur la tiédeur de la politique climatique de Scott Morrison (droite) monte furieusement, sur l’île continent ravagée par des incendies d’une ampleur totalement inédite. Un virage de l’opinion, alors que ce climatosceptique a été élu Premier ministre en mai 2019. Près de 10 millions d’hectares (l’équivalent de l’Irlande !) ont déjà été dévastés et plus de 20 000 habitations détruites. Près de 30 personnes sont mortes, plus d’un milliard d’animaux ont péri sans compter les poissons, batraciens, chauve-souris et insectes.

« ScoMo » est d’ores et déjà confronté à des appels à démissionner, tant son attitude irrite une partie de la population. Le Premier ministre réplique que le pays a toujours connu des incendies, et qu’il est tendancieux de les attribuer au dérèglement climatique. Pourtant, si les experts identifient le rôle d’une conjonction d’événements météorologiques classiques, ils soulignent que le réchauffement global contribue à l’exceptionnelle violence de l’épisode. Fervent soutien de l’industrie du charbon, dont l’Australie est le premier exportateur mondial, ScoMo refuse, s’agissant d’énergie et de climat, de « s’engager dans des objectifs irresponsables, destructeurs d’emplois et nuisibles à l’économie […] en s’éloignant des industries traditionnelles ». Si l’Australie trône parmi les plus mauvais élèves, le dirigeant renvoie la balle à la Chine et aux États-Unis, argumentant que le pays ne contribue qu’à 1,24 % du total mondial des émissions de CO2. Par habitant, les Australiens sont pourtant, après les Luxembourgeois, les plus gros émetteurs au sein des pays riches.

L’hôpital se soulève

C’est sans précédent : plus de mille médecins hospitaliers, dont 600 qui dirigent des services, démissionneront collectivement ce 14 janvier si le gouvernement n’ouvre pas des négociations sur le budget et les salaires des personnels. Les soins seront assurés, mais pas l’administratif. Car les miettes lâchées fin 2019 par la ministre Agnès Buzyn sont très loin du compte.

Iran : Le retour de la contestation

Finalement, la vague nationaliste qui a semblé submerger l’Iran au lendemain de l’assassinat du général Ghassem Soleimani, impressionnante par le nombre, aura été éphémère. Alors que l’on pouvait penser que le régime allait récupérer à son profit l’opération aventureuse de Donald Trump, un événement a bouleversé les prévisions. La destruction par un missile d’un avion de ligne ukrainien qui venait de décoller de Téhéran a relancé la contestation. Le 11 janvier, des manifestations ont renoué le fil de la protestation durement réprimée en novembre. L’affaire a pris une tournure politique en raison des mensonges du régime, qui a d’abord nié la responsabilité des Gardiens de la révolution dans cette catastrophe, qui a fait 176 morts. Et c’est le guide suprême Ali Khamenei qui a été pris à partie dans les slogans de la rue. Un enchaînement politique qui ne doit cependant pas faire oublier que c’est Trump qui a créé ce climat de tension avec Téhéran.

Les « nazillons » déboutés

Été 2017. Un groupe d’« identitaires » affrètent, sans préparation, un navire pour tenter d’entraver les sauvetages en mer de réfugiés par les ONG, dans une opération baptisée « Defend Europe ». L’initiative honteuse échoue vite. Mais un collectif de militants antiracistes, Defend Mediterranea, se mobilise. Yannis Youlountas, connu pour ses engagements dans le quartier alternatif d’Athènes Exárcheia, diffuse leurs communiqués, où les « identitaires » sont qualifiés de « nazillons ». Ce qui lui vaut, ainsi qu’à un autre militant, d’être attaqué pour diffamation. La Cour de cassation vient de donner définitivement raison aux antifascistes.

Municipales : Michèle Rubirola intronisée à Marseille

Marseille, ton univers impitoyable. Entre retournements de situation, coups tordus et âpres discussions, une embellie s’est dessinée ce week-end. Michèle Rubirola, conseillère départementale EELV, a été désignée tête de liste du Printemps marseillais, une formation rassemblant des élu·es du PS et du PCF, des militant·es de LFI et d’EELV et des citoyen·nes. Seule candidate après le désistement, la semaine dernière, du socialiste Benoît Payan, Michèle Rubirola a été élue à 96 % des voix des membres du mouvement. Mais la route pour décrocher la mairie est encore longue. Le Pacte démocratique, regroupement de citoyen·nes et d’associations, ne semble pas enclin à la soutenir, pas plus que La France insoumise, divisée sur la question. Sébastien Barles, candidat de la liste Debout Marseille, estampillée EELV, se refuse aussi à l’union. Pour l’heure, ce n’est pas gagné.

Rémi Fraisse : encore un non-lieu…

La cour d’appel de Toulouse a tranché le 9 janvier : non-lieu pour le gendarme qui avait lancé la grenade responsable de la mort de Rémi Fraisse. Comme une impression de déjà-vu, puisqu’elle confirme le premier non-lieu prononcé deux ans avant, jour pour jour. La famille portera l’affaire devant la Cour de cassation, puis certainement à la Cour européenne des droits l’Homme. Car sans procès, pas de réponse aux nombreuses questions autour de la mort du jeune botaniste, le 26 octobre 2014 lors d’affrontement sur le chantier de construction d’une retenue d’eau à Sivens (Tarn). Selon Le Parisien, qui a lu l’arrêt, la justice estime que l’utilisation de cette grenade – qui n’était pas, à l’époque des faits, « classée dans la catégorie des armes létales » – s’inscrivait dans le cadre d’une riposte « proportionnée à la menace ».

Presse : Affinités singulières

Valeurs actuelles, Charlie-hebdo, même combat ? Sur le site de l’hebdo à la rhétorique d’extrême droite, Bastien Lejeune, rédacteur en chef, tresse des lauriers à Riss, qui « revendique le droit de critiquer les totems de l’époque, de l’islam à la PMA en passant par Greta Thunberg ». Dans un email à ses lecteurs, Valeurs actuelles épingle sur un « mur de la honte » douze « marques qui ne sont pas Charlie » : intimidées par le « procédé mafieux » du collectif Sleeping Giants, elles ont cessé de placer leurs publicités sur son site. « La liberté d’expression et le débat contradictoire » loués « après l’attentat islamiste contre Charlie Hebdo […] n’étaient que des vertus de façade », poursuit le courriel à côté d’une reproduction de la Une de Charlie (7 janvier) sur les « nouvelles censures… nouvelles dictatures ».

Macron brasse de l’air

Les 150 membres de la Convention citoyenne sur le climat ont fait passer un oral à Emmanuel Macron sur ses engagements écologiques et l’avenir de leurs propositions, dévoilées en avril. Le président a évoqué trois méthodes : règlement, référendum ou vote par le Parlement. Et a glissé sans ironie : « Si on veut ensemble réussir cette aventure démocratique inédite, j’ai besoin que vous sachiez prendre des options fortes. » Traduction : « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. »

Pollution : La réouverture de Lubrizol attaquée

Le 26 septembre, 9 500 tonnes de produits toxiques partaient en fumée sur le site de Lubrizol, à Rouen. Le 13 décembre, la préfecture de Seine-Maritime a autorisé une réouverture partielle de l’usine, alors même qu’une grande partie des fûts endommagés et potentiellement dangereux n’ont pas été évacués et que l’enquête pénale n’est pas achevée. Le 9 janvier, l’association Rouen respire a déposé un recours devant le tribunal administratif de Rouen contre cette décision « motivée simplement par des intérêts économiques ». L’association demande « des précautions adaptées » et « à ne pas précipiter cette ouverture ». L’association veut également obtenir l’arrêt immédiat du site via un référé déposée par son avocate, Corinne Lepage. En novembre, elle avait réussi à obtenir la nomination d’un expert indépendant pour évaluer les dégâts. Comme l’a révélé le média d’investigation normand Le Poulpe, le parquet de Paris a également demandé aux juges d’instruction, le 19 décembre, d’élargir leur enquête, qui avait été ouverte « contre X ». Cette fois, les entreprises Lubrizol et Normandie Logistique sont visées pour manquements de sécurité.


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