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Par Bernard Langlois - Suivre sur twitter - 3 octobre 2011

De la richesse …

 … petite énigme politico-littéraire.

On débat beaucoup ces temps-ci de la notion de richesse, souvent liée à celle de pouvoir. À partir de quel revenu est-on riche et puissant ? Sur ce thème, une devinette (facile). En espérant ainsi vous inciter à la lecture d’un récent ouvrage dont je me délecte en ce moment — par petits bouts, faut pas abuser des bonnes choses ! — et dont le passage ci-dessous, choisi parmi cent autres possibles, vous dira assez comme l’auteur pense juste et dit bien ! (Je bloque les commentaires pour 24 H, publication de vos réponses et de la solution demain.)

Un univers séparé

« Les “ Grands” (quelle que soit la forme de société hiérarchique dans laquelle ils ont amenés à exercer leurs talents de prédateurs) vivent par définition dans un univers séparé — celui de la richesse et du pouvoir. Or chacun sait bien que la richesse — c’est-à-dire le privilège de pouvoir dépenser sans compter — finit toujours par corrompre le sens des réalités, puisque les caprices du riche, par définition, ne peuvent jamais venir buter sur les limites qui s’imposent à l’humanité ordinaire (c’est sans doute ce qui explique que les revenus pharaoniques que les élites globales ne cessent de s’octroyer — et toute honte bue — sont généralement encore plus absurdes qu’indécents [1]).

« Quant au pouvoir que l’on exerce sur les autres (et, par conséquent, l’habitude d’avoir toujours à son service une armée de domestiques — ou de courtisans — dépendants et craintifs, il tend inévitablement à conforter le dominant dans son idéal de toute puissance infantile et son statut d’enfant roi (il suffit de se reporter à la description que donne Tocqueville des effets pervers de l’esclavage sur la psychologie des grands planteurs du sud des Etats-Unis).

« Dans la mesure, par conséquent, où la capacité de se comporter de façon décente suppose toujours que l’on ait réussi à surmonter son égoïsme infantile (autrement dit, que l’on ait acquis cette maturité qui seule rend possible l’accès à l’autonomie véritable), il est évident que le mode de vie des classes privilégiées — en inhibant structurellement leur sens des autres et celui des réalités — ne peut que rendre problématique, dans la plupart des cas, l’apparition d’une véritable conscience morale, voire du bon le plus élémentaire.

« On ses souvient, peut-être, de la magnifique formule de Camus : “C’est un homme libre” — écrivait-il — “personne ne le sert.” Si cet axiome anarchiste est psychologiquement fondé, alors les brillantes “ élites ” qui se sont arrogé le droit de gouverner le monde sont d’abord à plaindre. »

À votre sagacité !

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Mardi 4 Octobre, nouvel extrait : « L’impasse politique dans laquelle nous nous trouvons de nos jours ressemble beaucoup à l’univers des romans de Michel Houellebecq.

« Ces derniers ont pour cadre, en effet, une critique corrosive et impitoyable de la société libérale moderne. Mais tout se passe comme si les héros négatifs que Houellebecq choisit de mettre en scène avaient fini par se faire une raison et accepté d’évoluer sans plaisir et sans illusions dans ce climat désespérant.

« Un peu, en somme, comme des rats qui ne songeraient même plus à quitter le navire quand celui-ci commence à couler.

« De fait, nous n’avons jamais été aussi lucides quant aux nuisances de la logique libérale (et quant au monde inhumain vers lequel elle nous emporte à une vitesse accélérée) mais jamais, cependant, notre sentiment d’impuissance collective n’a été aussi profond et pathétique.

« C’est là le signe le plus évident de la faillite historique de toutes les organisations qui prétendaient, il n’y a pas si longtemps encore, lutter pour l’émancipation du genre humain … »

Et un indice : L’auteur n’hésite pas à faire l’éloge du rétroviseur. (Faut dire que pour sortir d’une impasse, on doit souvent recourir à la marche arrière …)

A vous !

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Jeudi 6 : Cette fois nous y sommes : il s’agit bien de Jean-Claude Michéa, ce philosophe qui inscrit sa réflexion dans les traces d’Orwell, dont il est aussi le biographe. Le complexe d’Orphée (356 p., 20 euros) paraît, comme ses précédents essais, aux éditions Climats (maison reprise par Flammarion, en effet, mais qui garde sa griffe). Louise (ci-dessous) vous donne à lire la quatrième de couverture, vous savez donc de quoi il s’agit.

Il me reste à ajouter que c’est une lecture vivifiante, comme l’étaient déjà son Impasse Adam Smith, L’empire du moindre mal ou Orwell anarchiste tory, ses précédents essais : on recommande vraiment aux gens de gauche de lire Michéa avec attention, et d’en faire leur miel, histoire de renouer avec le “sens commun”, cette common decency chère à Orwell, sans avoir peur de se retourner et de regarder en arrière, vers ce socialisme originel dont l’auteur souhaite qu’il nous aide à nous ressourcer.

Notes

[1] Comme l’a reconnu récemment Warren Buffett, avec un courage peu fréquent dans ces milieux, si la collectivité confisquait, du jour au lendemain, 99 % de ses biens, il ne s’en apercevrait même pas et rien ne changerait dans sa manière quotidienne de vivre.

Commenter (20)

Commentaires de forum
  • babelouest 3 octobre 2011 à 14:18

    Être libre, c’est bien la chose la plus difficile qui soit, si l’on se réfère à Camus. C’est aussi la plus passionnante. Être libre, au milieu d’autres êtres libres ! Cela signifie : plus de salaire ? Eh oui ! Plus de propriété ? Eh oui ! Mais en revanche, cela signifie que chacun est conscient de sa valeur, et partant de sa dette à la société tout entière, en fonction de ses talents propres.

    Plus de monnaie, mais solidarité totale. L’agriculteur produit, le médecin soigne, le transporteur de personnes transporte, le cordonnier s’occupe des souliers, le préposé aux ordures les amène là où elle peuvent être traitées le plus adéquatement possible, et ainsi de suite. Personne ne paye rien, personne ne reçoit rien. Que la richesse qu’est la tâche des autres mise au service de tous.

    Et les plus anciens sont mis à contribution pour transmettre leur richesse intérieure, au lieu de pointer vainement à un Pot Lent Ploie inutile. Plus de laissés pour compte, plus d’enfants perdus pour l’avenir.

    N’est-ce pas ce qui se passe dans les tribus de "sauvages" qui ont encore gardé la sagesse ?

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  • EdithE 3 octobre 2011 à 14:34

    je pourrai poser la question autrement :
    A partir de quel niveau de dénuement matériel devient-on riche, disponible à la vie et libre ?
    ou encore :
    comment mesurer la capacité à utiliser l’argent "en trop" pour autre chose que se goinfrer, que ce soit de "culture", de voyages ou mets exotiques", d’apparats vestimentaires.... ou s’assurer un avenir dont nul n’est certain, à se construire une bulle de protection contre les microbes, les laisser-pour-compte dont la vue, même l’odeur, dérangent ?
    quelqu’un, me semble-t’il pourrait amener ce débat au niveau national, je l’ai rencontré il y a quelques jours : M. Jeam-Marc GOVERNATORI.
    Donnons-lui les 500 signatures requises.
    Je m’arrête. Il est urgent de disséminer ces idées et embryons de conscience bien au-delà des sphères clos des lecteurs dont l’esprit est déjà plus ou moins ouvert..
    Je n’ai pas les moyens de le faire.
    Quel est le titre du livre ? .... que j’engrange..... mais j’ai peur d’étouffer sous les "bonnes idées".... heureusement que les petits gestes de tous les jours m’assurent l’oxygène nécessaire pour mener le combat à mon petit niveau. Je continue.... d’ailleurs dans le même ordre d’idée : pourquoi ne pas honorer le dernier d’un concours ? il lui a fallu beaucoup de courage pour participer - et ces hommes et femmes qui oeuvrent dans l’ombre avec peu de moyens : ce sont eux mes héros, mes "idoles" si je devais en avoir....
    Nos échelles de valeur sont à reconsidérer, rien que cela.
    Il n’est pas étonnant que ceux qui sont perchés tout en haut s’agrippent et pèsent, pour empêcher que ceux de la base les fassent tomber.
    Prenons simplement conscience que c’est la fondation qui maintient l’édifice. Nous tous....

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  • Paul 3 octobre 2011 à 15:39

    @EdithE

    Governatori me parait avoir eu un parcours sinueux mais toujours "ni gauche ,ni gauche "
    Son engagement écologiste est peut être sincère , il pose sûrement des questions intéressantes que trop peu de gens à gauche posent et se posent mais de là à en faire un porte parole et un candidat ..........

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  • Gros minet 3 octobre 2011 à 19:28

    Vincent Placé ?

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  • EdithE 3 octobre 2011 à 21:03

    je partage la réponse d’une amie faisant suite à mon commentaire.
    "Ce qui me choque, c’est le deuxième terme de la question de M. Langlois, associer richesse et pouvoir. Ne doit-on pas, à notre époque, dissocier la richesse et le pouvoir.
    Oui, les "gens riches" ont eu le pouvoir, ont représenté, ont été admirés. N’est-ce pas dépassé ? Pas pour tous mais c’est quelque chose qui émerge et qui sans doute devrait se propager.
    Il est temps que nous n’acceptions plus de regarder nos élus comme un élite au-dessus des lois, se battant pour obtenir le pouvoir et se gratifiant de salaires généreux.
    Nous voulons des élus qui se mettent au service du pays en le servant du mieux possible et en vivant une vie exemplaire dans la simplicité et le respect. Nous sommes aussi fautifs. N’accordons pas d’importance aux toilettes, aux vacances, détournons-nous des marques de richesse des gens à qui nous donnons le pouvoir.

    Tu as entièrement raison de poser la question différemment, ce qui élargit le raisonnement. Nous vivons de plus en plus avec la pensée unique. Ces questions différentes élargissent le champ de conscience, permettent d’entrevoir des genres de vie autres et de poser un regard bienveillant sur celui qui n’est pas comme nous.

    Rudolf Steiner disait que tous les citoyens devaient avoir le même revenu, travaillant ou pas. Impensable, ne serait-ce que dans la pensée, actuellement.

    La situation est plus que difficile, nous sommes vraiment en guerre, une guerre économique qui laisse les populations dans une grande précarité et enrichit ceux qui savent et acceptent la spéculation.
    Pourtant nous avons un pouvoir immense que nous ne savons pas exploiter en tant que consommateurs. Nous sommes comme les chevaux qui ne connaissent pas leur force. En nous liguant, nous pourrions orienter nous-mêmes le pouvoir... tout un programme..."

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  • Georges Gerfaut 4 octobre 2011 à 15:27

    Et donc Bernard ? De qui ce texte que je lirais volontiers in extenso ?

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  • Bernard Langlois 4 octobre 2011 à 16:55

    @Georges Gerfaut, et aux autres : Vu que tout le monde sèche lamentablement, je vous laisse chercher encore un peu ( je pensais que l’auteur, au moins serait identifié plus vite) ; mais je vous donne un nouvel extrait du livre, et un indice : en haut, sous le premier texte.

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  • Bouillet 4 octobre 2011 à 19:28

    Ben je ne suis pas sûr mais il me semble que cela ressemble à du Jacques Généreux mais dans quelle oeuvre ? La derniére ?

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  • Louise 4 octobre 2011 à 22:23

    Un anthropologue économiste ?
    Paul Jorion ?

    pas assez de mots, peut-être ?

    ou

    La Démondialisation
    Jacques Sapir

    « Dans ce fétichisme de la mondialisation, il y eut beaucoup de calculs et de mensonges. Il faut donc établir le vrai bilan de cette mondialisation ? de ces apports et de ces méfaits ? pour penser rigoureusement la phase suivante qui s’ouvre. »

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  • Bernard Langlois 5 octobre 2011 à 00:27

    @Louise et Bouillet (et tous) : vos messages sont bien pris en compte mais leur publication est différée.

    (Ni Généreux, ni Jorion, ni Sapir …)

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  • Clomani 5 octobre 2011 à 08:22

    Le dernier ouvrage d’Emmanuel Todd (que je n’ai pas lu mais qui n’aurait que peu de rapport puisqu’il me semble qu’il y évoque la famille)...
    Ou Badiou ? (vu hier soir chez Taddéi) mais dont le bouquin n’est pas encore sorti...

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  • Gilbert Duroux 5 octobre 2011 à 11:56

    Je parie que c’est un auteur catho, toujours prêt à faire la morale mais qui ne s’engage jamais vraiment : Jean-Claude Guillebaud ?

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  • Bouillet 5 octobre 2011 à 13:42

    Emmanuel Todd non ? le truc du retroviseur me dit quelque chose

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  • EAU 5 octobre 2011 à 17:54

    "Un coup d’œil dans le rétroviseur" d’Éric Toussaint ? (Aucun mérite si c’est le cas, juste une "gougeulisation"... mais il a l’air bien ce livre)

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  • Louise 6 octobre 2011 à 08:48

    Il est sur france-Culture ce matin :

    Jean-Claude Michéa

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  • Louise 6 octobre 2011 à 09:04

    Le complexe d’Orphée de Jean-Claude Michéa

    Dans cet essai, l’auteur, Jean-Claude Michéa, analyse la situation de la Gauche contemporaine et les coupures historiques (guerres de religion, affaire Dreyfus, premier septennat de François Mitterrand) qui en font, selon lui, une Gauche acquise au mythe du progrès, au marché et à la privatisation. Il en appelle à un nouveau conservatisme, qui privilégie le local sur le global, et la morale.

    Le complexe d’Orphée de Jean-Claude Michéa

    Editeur : Flammarion

    4e de couverture
    Semblable au pauvre Orphée, le nouvel Adam libéral est condamné à gravir le sentier escarpé du « Progrès » sans jamais pouvoir s’autoriser le moindre regard en arrière.

    Voudrait-il enfreindre ce tabou – « c’était mieux avant » – qu’il se verrait automatiquement relégué au rang de Beauf, d’extrémiste, de réactionnaire, tant les valeurs des gens ordinaires sont condamnées à n’être plus que l’expression d’un impardonnable « populisme ».

    C’est que Gauche et Droite ont rallié le mythe originel de la pensée capitaliste : cette anthropologie noire qui fait de l’homme un égoïste par nature. La première tient tout jugement moral pour une discrimination potentielle, la seconde pour l’expression d’une préférence strictement privée. Fort de cette impossible limite, le capitalisme prospère, faisant spectacle des critiques censées le remettre en cause.

    Comment s’est opérée cette double césure morale et politique ? Comment la gauche a-t-elle abandonné l’ambition d’une société décente qui était celle des premiers socialistes ? En un mot, comment le loup libéral est-il entré dans la bergerie socialiste ?

    Voici quelques-unes des questions qu’explore Jean-Claude Michéa dans cet essai scintillant, nourri d’histoire, d’anthropologie et de philosophie.

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  • Bernard Langlois 6 octobre 2011 à 12:41

    Cette fois nous y sommes : il s’agit bien de Jean-Claude Michéa, ce philosophe qui inscrit sa réflexion dans les traces d’Orwell, dont il est aussi le biographe. Le complexe d’Orphée (356 p., 20 euros) paraît, comme ses précédents essais, aux éditions Climats (maison reprise par Flammarion, en effet, mais qui garde sa griffe). Louise vous donne à lire la quatrième de couverture, vous savez donc de quoi il s’agit.

    Il me reste à ajouter que c’est une lecture vivifiante, comme l’étaient déjà son Impasse Adam Smith, L’empire du moindre mal ou Orwell anarchiste tory, ses précédents essais : on recommande vraiment aux gens de gauche de lire Michéa avec attention, et d’en faire leur miel, histoire de renouer avec le ““sens commun””, cette common decency chère à Orwell, sans avoir peur de se retourner et de regarder en arrière, vers ce socialisme originel dont l’auteur souhaite qu’il nous aide à nous ressourcer.

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  • Bouillet 6 octobre 2011 à 15:44

    Merci Louise, merci Bernard pour ce parcours politico litteraire passionnant .
    Je n’ai plus qu’à aller chez mon libraire me procurer ce bouquin.

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  • Georges Gerfaut 6 octobre 2011 à 17:13

    Un grand merci, oui,

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  • Louise 6 octobre 2011 à 18:42

    l’émission de ce matin avec Jean-Claude Michéa était fort intéressante :

    Le complexe d’Orphée, la gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès

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