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Par Denis Sieffert - 18 février 2010

La bataille de l’information

Du point de vue de l’information, la question des retraites est un cas d’école. Depuis des mois, des années peut-être, un même discours est martelé avec la régularité mécanique d’un métronome. Un discours envahissant, exclusif, impératif, anesthésiant. Et, finalement, disons-le, totalitaire, en ce qu’il n’offre aucune possibilité de choix démocratique. Sur le ton de l’évidence, on nous rabâche que la durée de vie allonge, et qu’il faut donc travailler plus longtemps. C’est ça, ou c’est diminuer le taux des retraites. Est-ce si simple ? On devrait toujours se méfier des arguments de « bon sens ». Ne revenons pas sur le fond du débat. Nous l’avons évoqué ici même, et dans notre dossier il y a deux semaines  [1]->9425]. Nous savons qu’il existe d’autres solutions, hors de cette alternative piégeuse, et notamment l’élargissement de l’assiette des cotisations ou l’augmentation des cotisations. Et nous savons aussi qu’en période de fort chômage, le report de l’âge légal du départ en retraite ne sera qu’une fiction coûteuse pour les salariés, et qu’il ébranlera tout notre système par répartition. Tout cela a été dit par quelques voix qui, hélas, ne portent pas assez loin. L’information reste inaudible pour le plus grand nombre. En outre, c’est le génie du libéralisme de faire passer une idéologie pour un fait, et un choix économique pour une donnée naturelle. Quoi qu’il en soit, le résultat est là : la première victoire du gouvernement et du Medef a été remportée sur le terrain de l’information. Et c’est dans le champ clos de la pensée unique que s’est déroulé lundi le rendez-vous social de l’Élysée.

Aussi dures que les murs du palais présidentiel, les limites du débat avaient été dressées auparavant, à force de slogans dans les médias. Fromage ou dessert ? Travailler plus longtemps ou toucher moins ? On ne sortirait pas de cette alternative. Même les organisations syndicales ont du mal à voir au-delà. Or, nous savons bien que cette information hémiplégique induit un contenu social : elle suppose que tout le financement du système doit être supporté par les salariés et les entreprises. Jamais par la finance. Jamais par les revenus non salariaux. Invité mardi de France Inter, Laurent Wauquiez, secrétaire d’État à l’Emploi, fit une réponse incroyable à une question qui lui était posée sur l’élargissement de l’assiette des cotisations : « C’est récusé ! », s’est-il exclamé. Récusé par qui ? Par le Medef, évidemment. Suffira-t-il aux syndicats de récuser le report de l’âge légal de la retraite pour que le gouvernement se résigne aussi vite ? D’un mot, le jeune sous-ministre avait donné tout le contenu social de la politique gouvernementale. S’en est-il seulement aperçu ? Mais à qui la faute de ce déséquilibre ? Pas uniquement à des journalistes préformatés, ou paresseux au point de ne pas aller voir ce que nous disent les économistes d’Attac ou de la Fondation Copernic.

La raison est plus profonde. Dans la logique médiatique, une idée qui n’est pas portée par un parti de gouvernement et qui, par conséquent, n’a aucune chance d’être mise en œuvre à horizon raisonnable n’existe pas. C’est l’autre responsabilité du Parti socialiste. Plus culturelle que politique. La plupart de ses dirigeants semblent avoir intégré cette évidence néolibérale que, dans notre société, ceux qui s’enrichissent à foison de revenus financiers et de stock-options ne doivent pas être dérangés pour des histoires de solidarité nationale.

Le silence des socialistes sur toute autre piste de financement des retraites renforce l’idée d’un débat en trompe-l’œil qui limite les oppositions à des histoires de calendrier et de méthode. Il n’était question que de cela, lundi soir, à la sortie de l’Élysée : « Avant l’été ou après l’été ? » ; « en force, ou après concertation ? ». Cela n’incite guère à l’optimisme sur l’issue. Surtout quand le délégué du Parti socialiste aux questions de santé, le député de Paris Jean-Marie Le Guen, semble hanté par l’idée qu’il va falloir « parvenir à un compromis » avec le gouvernement  [2]. La vérité, c’est que toute une culture sociale a été éradiquée de ce côté-là. Et chacun sait que les batailles sont difficiles quand elles n’ont pas été préparées sur le terrain des idées et de l’information. La résistance des salariés a besoin de se nourrir d’une perspective qui n’est pas seulement celle d’une victoire électorale, mais d’une autre organisation sociale. Le vide idéologique des uns favorise la désinformation des autres. L’opinion publique est préparée à l’aune des solutions néolibérales. Elle y est sans aucun doute majoritairement hostile. Mais l’absence d’une autre logique affaiblit d’emblée sa capacité de résistance. Plus à gauche, les arguments sont développés souvent avec talent par Jean-Luc Mélenchon, par le PCF, ou par les Verts. Il manque à ceux-là ce qu’on pourrait appeler la crédibilité démocratique. Le seuil à partir duquel le discours n’est plus seulement entendu, mais écouté, parce qu’il pourrait être mis en œuvre demain. Ce sont les élections qui donnent ou ne donnent pas cette crédibilité. C’est aussi un enjeu des prochaines régionales.

Retrouvez l’édito en vidéo.

L’AG de « Pour Politis » (suite)

L’assemblée générale annuelle de l’association « Pour Politis » s’est tenue le 6 février à Paris, en présence d’une cinquantaine d’adhérents. Comme toujours, la journée était partagée en deux parties : d’abord la vie de l’association et ses perspectives ; ensuite, un dialogue avec l’équipe du journal (Denis Sieffert a rendu compte de cette seconde discussion ici même, la semaine dernière). La première partie fut l’occasion pour Jean-Paul Hébert qui, pour des raisons personnelles, a souhaité quitter ses fonctions de président, de dresser un bilan de l’année écoulée. Un bilan contrasté : positif par le nombre record de salons et de manifestations couverts, plus mitigé faute d’autres initiatives (les débats notamment). Jean-Paul Hébert a cependant ouvert des perspectives pour l’année 2010 : poursuite du travail de promotion du journal ; poursuite de notre travail de collaboration avec les associations de lecteurs de publications qui nous sont proches ; amélioration de la communication et des échanges entre adhérents afin de constituer un véritable réseau plus dynamique de « promoteurs-lecteurs » de Politis.

Pour ce qui est des finances, les adhérents ont porté au cours du débat un message clair : nous devons faire bon usage des résultats positifs de trésorerie et répondre aux besoins de notre projet. Plusieurs hypothèses ont été évoquées : augmentation du contrat de travail du secrétaire administratif (aujourd’hui à tiers temps), supports de communication améliorés pour les salons (banderoles, dépliants, etc.)… Le rapport moral et le rapport financier ont été adoptés à l’unanimité.

La discussion s’est poursuivie sur les capacités de développement de l’activité de l’association. Sa mission première est évidemment celle d’actionnaire majoritaire de Politis SAS (65 % du capital), assurant ainsi l’indépendance du titre. Elle se doit ensuite d’améliorer la visibilité du journal. L’idée d’un « événement » comme l’organisation d’un colloque (en province ?) autour de Politis a été lancée. Pourquoi pas l’organisation d’un forum sur le développement de la presse d’opinion ? Des réflexions sont en cours, et notamment au sein du conseil d’administration, qui a désormais une présidente : Dominique Noguères. Que nous sommes heureux d’accueillir parmi nous.

Retrouvez plus d’information sur le site Internet de l’association : http://association.pour-politis.org

[1] [« Retraites : contre les idées reçues », Politis n° 1088.

[2] Voir Libération de lundi.

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Commentaires de forum
  • Sourire 18 février 2010 à 16:58

    Je ne suis pas sûr que ce sont les élections qui donnent la crédibilité ou alors seulement comme conséquence d’un enracinement dans les classes populaires. Aucune organisation politique ne peut se prévaloir de cet enracinement parce qu’aucune ne prend en charge véritablement les revendications et les besoins de ces classes dégoûtées par les élections . La plupart des organisations politiques de gauche vont aux élections uniquement pour avoir le maximum d’élus et recevoir la crédibilité du système en laissant croire qu’elles vont pouvoir peser sur le cours des choses. En réalité les classes populaires n’ intéressent personne en dehors de quelques déclarations impuissantes ou gênées et de banalités qui ne dérangent rien. Personne ne prend en charge les difficultés des catégories les plus marginalisées, les plus durement touchées par la crise, celles qui subissent en plus de cela les blessures du racisme et de la stigmatisation religieuse. Qui a un discours et une pratique politiques déterminés pour les familles ravagées par le chômage ou la précarisation, pour les travailleurs pauvres, pour la question du logement, les sans papiers, le respect de l’ islam et des musulmans, les questions internationales si brûlantes.
    On ne s’en sortira pas si on ne met pas en avant les besoins des catégories les plus démunies : besoin de respect, besoins économiques et sociaux, besoins de représentation politique. Il est là le vide idéologique : sur toutes ces questions que personne n’assume hormis les associations. Malheureusement, toutes les organisations politiques de gauche, à des degrés divers, se situent dans le même ensemble idéologique avec les classes dominantes : héritage plus des lumières que du marxisme et survivance inconsciente de la domination des états européens sur le monde.

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