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Par Claude-Marie Vadrot - 5 mars 2012

Poutine élu, avec ou sans tricheries

Le nouveau président russe Vladimir Poutine, élu dès le premier tour dimanche 4 mars, n’avait même pas besoin des tricheries constatées par les observateurs.

Le maître du Kremlin ne change pas. Ce n’est pas une surprise, même si son score (près de 64 %) est inférieur à 2004 où il avait recueilli 71 % des voix mais supérieur à l’élection de l’année 2000 pour laquelle il n’avait obtenu que 52,6 %. Vladimir Poutine devançait déjà, à l’époque, l’inusable Guennadi Ziouganov du parti communiste, recréé en 1992. Le peuple russe en prend donc pour au moins six ans. Au moins, puisque le tsar issu du KGB a le droit constitutionnel de concourir une quatrième fois après avoir fait semblant de céder la place à Dmitri Medvedev pendant quelques années. La réforme constitutionnelle peut conduire l’ancien-nouveau président jusqu’à 24 ans de règne puisqu’il est au pouvoir depuis l’an 2000. Un record digne des potentats du Moyen Orient qu’il défend et approvisionne en armes ; un record qui serait supérieur à ceux de Joseph Staline de Léonid Brejnev.

L’opposition a signalé de nombreuses irrégularités : bourrage d’urnes, doubles votes ou votes forcés dans des urnes apportées aux personnes âgés et malades. Dans le système électoral russe, ces urnes mobiles sont convoyées dans des voitures de police en ville ou d’isbas en isbas pour recueillir le vote. Un sibérien en vacances nous racontait dimanche avoir préféré l’abstention plutôt que de mettre dans cette urne le seul bulletin de Poutine qui lui était offert avec comme explication que les « autres sont épuisés... ». Mais ces irrégularités ne sont pas réellement significatives dans un pays qui compte 109 millions de votants potentiels. Poutine a gagné, vraiment gagné. Et pour être certain que la victoire soit belle et grande, il a simplement, comme depuis des années, mobilisé à son service l’immense majorité des médias, qu’il s’agisse de la presse écrite ou bien entendu de la télévision dont toutes les chaînes sont contrôlées par le Kremlin et les gouverneurs de province qu’il a nommés. Cela a suffi pour transformer une victoire annoncée en triomphe et pour éviter une second tour.

Les intellectuels révoltés et la (petite) partie de la classe moyenne qui a manifesté et manifestera encore à Moscou ou, plus modestement, à Saint-Pétersbourg, n’est pas majoritaire, loin s’en faut. Dans ce grand pays dont le chute démographique est telle que les experts de l’ONU affirment qu’il comptera moins de 130 millions d’habitants dans une vingtaine d’années, le pouvoir repose sur les retraités et sur le clergé orthodoxe qui a repris un contrôle de la population supérieur à celui qu’il était au XIXe siècle.Mais aussi sur les populations des zones rurales et sur tous ceux que le passage au néo-libéralisme débridé a enrichi depuis des années. Sans oublier les nostalgiques de l’Union soviétique qui défilent derrière les portraits de Staline et les drapeaux rouges d’un communisme présenté comme l’âge d’or de la puissance du pays. Ils critiquent Poutine, mais votent toujours pour lui, ne lui reprochant que ses faiblesses face aux attaques de l’Occident et face aux « démocrates ».

Dans l’état actuel de la société russe, Poutine n’a même pas besoin des tricheries marginales des militants de son parti Russie unie pour gagner des élections. Il lui suffit de passer pour ce qu’il est : un homme fort qui se méfie de l’Occident et affirme, par sa télévision, se battre contre les musiques de sauvage diffusées par des radios et la pornographie d’Internet. En digne héritier du soviétisme dont il fut un serviteur efficace et offrant à tous une image virile sautant d’un cheval au volant d’un 4 x 4 en passant par son tatami de judoka, il reprend en prime tous les poncifs des dirigeants communistes d’antan. Tout en favorisant l’enrichissement du noyau dur qui le soutient et en flattant la jeunesse dorée qui l’acclame en sortant des boites branchées de Moscou ou de Vladivostok. C’est tout cela qu’une centaine de milliers de ses partisans sont venus célébrer dés dimanche après-midi, avant même que le décompte des voix soit terminé.

Ceux qui se révoltent dans le désordre contre la corruption et la bureaucratie ont montré qu’ils ne pouvaient rien contre cela, même si leurs protestations représentent un espoir qui risque d’être durement réprimé au cours des prochains mois. La démocratie n’est toujours pas à l’ordre du jour en Russie, mais une majorité de ses habitants, à commencer par la moitié de la population qui ignore tout de l’effervescence d’Internet, n’y voit aucun inconvénient.


- À voir : ce film a été réalisé ces derniers jours par la photographe Victoria Ivleva et des journalistes et photographes de Novaï Gazeta, le seul journal d’opposition de Russie étranglé depuis un mois. Victoria Ivleva est, entre autres fait d’armes, la première photographe qui a réalisé au début des années 1990 les photos du coeur du réacteur explosé de Tchernobyl. C’est l’une des plus grandes et talentueuses photographes russes.

Nota Bene :

Photo : KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

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